
Le site Wikileaks.org, spécialisé dans la publication de documents sensibles ou confidentiels en préservant l'anonymat des sources, a récemment diffusé une vidéo de l'armée américaine en Irak, montrant un groupe d'Iraquiens et deux membres de l'agence de presse Reuters attaqués par un hélicoptère américain, en juillet 2007 à Bagdad.
La vidéo, dont l'authenticité a été confirmée par un haut dignitaire de l'armée Américaine et qui n'avait pas été publiquement diffusé avant début avril, consiste en 38 minutes - le site Wikileaks a également édité une version de 17 minutes - de vidéo aérienne et de conversations entre les pilotes d'hélicoptères Apache, alors qu'ils décident de mitrailler des civils identifiés comme une "force hostile" dans les rues de Bagdad. Le hic, c'est qu'à aucun moment le photographe ou son chauffeur ne montrent de signes d'hostilité. Du haut de leur hélicoptère, les pilotes confondent les appareils photos, équipés de téléobjectifs, avec des armes, et ouvrent le feu. L'attaque fait 12 morts, dont le photographe de Reuters Namir Noor-Eldeen, âgé de 22 ans, et son chauffeur, Saeed Chmagh, 40 ans. Il apparait aujourd'hui que le photographe et son chauffeur réalisaient un reportage sur les milieux haltérophiles locaux, lorsque alertés d'un raid militaire, ils avaient décidés de se rendre sur les lieux.
David Schlesinger, le rédacteur en chef de Reuters News, a annoncé dans un communiqué qu'il s'agissait là de "la preuve visuelle des dangers du journalisme de guerre et des tragédies qui peuvent en résulter". Cette réaction modérée s'explique par la complexité de la situation : des armes ont bel et bien été retrouvées auprès des corps des victimes, et l'armée n'avait aucun moyen de savoir que des membres de Reuters se trouvaient dans la zone. Mais en l'absence de signe de dangerosité de leur part, on peine à comprendre la décision des pilotes, sans doute plongés dans un climat d'instabilité et de fébrilité totale.
La sortie de cette vidéo insiste en tous cas une fois de plus sur la nécessité de protéger les journalistes en zone de guerre. Après les reproches de Claude Guéant aux journalistes de France 3 enlevés en Afghanistant, qualifié d'"imprudents coupables", et la réaction outrée de la profession, ce nouvel évènement souligne les dangers du photo-journalisme, et la mince frontière entre inflitration et sécurité. Une collaboration plus forte entre forces armées et journalistes semble s'imposer...
Pour visionner la vidéo sur Wikileaks : http://wikileaks.org/
Antoine Soubrier