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Cité Nationale de l'histoire de l'immigration Palais de la Porte Dorée 293 avenue Daumesnil 75012 Paris France
Sélection de photographies prises de 1905 à 1920 par Augustus Frederick Sherman, employé administratif à Ellis Island, ces portraits témoignent à la fois de la fascination de Sherman pour les nouveaux arrivants ainsi que des tensions xénophobes à l’œuvre à l’heure où l’image participait à la classification des races et des types... Située face à la ville de New York dans l’Etat du New Jersey, Ellis Island fut le lieu de transit où débarquèrent, de 1892 à 1954, douze millions de migrants. Devenue à la fois symbole de l’immigration américaine, monument historique et musée, « l’île » comme l’écrivait le cinéaste et auteur Georges Perec « n’est pas un lieu “américain”, mais un lieu d’exil universel ». Photographe amateur, Augustus Frederick Sherman décide de photographier certains des nouveaux arrivants, candidats à l’immigration. Il met en scène chaque cliché, photos de groupes, de familles, d’enfants et, dans ses portraits, les immigrants apparaissent souvent vêtus de costumes traditionnels. Ses photographies ont été réalisées alors qu’un vif débat sur l’immigration agitait toute la sphère politique nord-américaine. L’œuvre de Sherman participe autant du désir de saisir l’événement et de le peindre, que d’une volonté politique de classer et répertorier les migrants par races… Cette exposition dont le commissaire est Peter Mesenhöller a été produite par l’Aperture Foundation de New York. L’Aperture Foundation est une association fondée en 1952 par des photographes (Ansel Adams, Dorothea Lange, Barbara Morgan et Minor White), des historiens (Beaumont Newhall) et des auteurs (Nancy Newhall). Le magazine Aperture, édité par l’association, est aujourd’hui reconnu comme l’un des meilleurs médias nord-américains consacrés à la photographie. L’exposition est placée sous le haut patronage de Son Excellence Craig Roberts Stapleton, Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique en France. Les photographies s’insèrent dans le paradigme scientifique de l’époque. En 1899, l’économiste William Z. Ripley publie The races of Europe, ouvrage dans lequel il établit une classification des races : Teutons, Alpins, Méditerranéens… La question des différences raciales est le sujet principal de nombre d’ouvrages, comme celui du statisticien et économiste Francis A. Walker (1840-1897), du Massachusetts Institute of Technology, qui publie dans l’Atlantic Monthly un article intitulé «Restriction of Immigration» dans lequel il promet un "suicide racial" si les Anglo-Saxons continuent d’accepter l’entrée des Slaves, des Latins et des Juifs. On essaie alors d’établir des critères pouvant déterminer avec certitude l’infériorité de race des nouveaux arrivants. Les photographies de Sherman ont donc été réalisées au moment d’un vif débat sur la politique d’immigration aux États-Unis. Des groupes d’influence, telle le Boston Restriction Immigration League créé en 1894, voient le jour et font évoluer la loi vers une plus grande restriction de l’immigration. La question des origines des immigrants est le sujet principal de deux lois : le Chinese Exclusion Act de 1882 et l’Immigration Act de 1924. Cette dernière loi met en place des quotas favorisant l’entrée d’immigrants venus des pays d’origine des "old immigrants" comme l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Irlande, et réduit les chances des Arméniens, Russes, Slaves et Italiens.