
© Gage Skidmore
Pour les photographes de presse, la vie n'est pas facile tous les jours. Plus les agences bradent leurs photos, plus leurs fiches de paie diminuent. Alors quand un jeune étudiant américain décide de courir les réunions politiques pour photographier gratuitement les politiciens, et tout aussi gratuitement mettre ces clichés à la disposition de tous sur son compte Flickr par le biais de Wikimédia, forcément cela fait des vagues. C'est le cas de Gage Skidmore, dont les photographies sont reprises par nombre d'hommes politiques aux Etats-Unis. En tête : Donald Trump, bien sûr!
Quand on accède au https://www.donaldjtrump.com/" du milliardaire, candidat à la primaire républicaine, la première photographie qui apparaît le montre à une conférence de 2013, la main droite levée en signe de victoire. Cette photographie, libre de droits, a été prise par Gage Skidmore, un étudiant de 22 ans qui ne voit dans cette activité qu'un simple hobby et ne recherche aucune rémunération pour cela. Ce qui explique pourquoi ses clichés sont tous disponibles sur https://www.donaldjtrump.com/" gratuitement et pourquoi les politiciens en raffolent autant. Seulement, cette nouvelle manière de diffuser et d'accéder aux photographies est en train de bouleverser le photojournalisme.
En réponse à cette pratique - l'amateurisme et la gratuité du photojournalisme -, certains professionnels de l'information tirent la sonnette d'alarme. Sur Facebook, la photojournaliste d'Atlanta, Melissa Golden, n'a pas hésité à prendre énergiquement position : " Je méprise vraiment les organes de presse qui utilisent le travail médiocre d'un non-journaliste couvrant la chose la plus importante que nous couvrons en tant que "watchdogs" de l'Amérique et le présentant comme du photojournalisme. Je pense aussi que les candidats ont besoin de meilleurs consultants pour leur yeux : les photos ne sont pas flatteuses. "
C'est vrai que la photographie de Donald Trump ne le montre pas à son avantage et fait preuve d'un manque de connaissances de la photographie et de la communication politique. Allen Murabayashi, co-fondateur du site PhotoShelter, relève ainsi les qualités et les défauts de ce cliché. Si on ne peut nier ni le côté démagogue - un candidat souriant affichant le signe de la victoire - ni l'aspect gratuit, il faut pourtant relever les mauvais réglages de la balance des blancs - qui ne font que "renforcer le stéréotype du spray autobronzant", le manque de relief et l'arrière-plan trop encombrant. De toute évidence le jeune photographe ne possède pas encore toutes les clés d'une bonne photographie.
Rien à voir avec les photographies de Barack Obama, par exemple, qui s'est offert les services du https://www.donaldjtrump.com/"pour assurer sa communication visuelle. Selon Getty Images, le prix pour une page d'accueil d'une campagne politique est de 1 290 $. Et Allen Murabayashi de conclure : "Avec une campagne largement auto-financée, le miliardaireTrump devrait-il choisir la meilleure photo pour 1 000 $ ou la photo gratuite? Malheureusement, nous connaissons déjà la réponse."
Source : https://www.donaldjtrump.com/"

