
© Whitney Curtis. Ferguson, 11 Aout 2014
À la rédaction, on regarde des centaines d'images tous les jours. Le tri n'est pas évident et des choix s'imposent. On aurait pu vous montrer la révolution des parapluies à Hong Kong, la destitution de Blaise Compaoré au Burkina Faso ou encore le conflit syrien qui continue de marquer douloureusement nos esprits. Ces photographies ne peuvent pas toutes être présentes dans ce classement. Quoi qu'il en soit, les images de presse gardent une place centrale dans notre sélection. Elles continuent, malgré la situation désastreuse du photojournalisme, de nous informer, nous interpeller et nous faire réfléchir.
Bien sûr les fesses de Kim Kardashian ont leur place dans ce classement, par leur capacité à faire le buzz, mais les images fortes d'Ebola, de la révolution ukrainienne de janvier ou du visage de Malala Yousafzai récompensée à seulement 17 ans d'un prix Nobel de la paix resteront bien plus longtemps dans l'Histoire.
Actuphoto vous propose de revenir mois par mois, sur son année photographique 2014.
♦ Janvier

Un manifestant ukrainien lance un cocktail Molotov sur la police anti-émeute. Kiev, 22 Janvier 2014.
© AFP PHOTO/ VASILY MAXIMOV/AFP/Getty Images
L'année 2014 commence comme 2013 s'est terminée : en conflit. La crise ukrainienne débute en novembre 2013 quand le gouvernement refuse de signer l'accord d'association avec l'Union Européenne. Les manifestations, parfois violentes, aboutissent à la destitution du président Viktor Ianoukovytch en février 2014 (réfugié en Russie), largement critiqué pour son rôle dans la répression (une centaine de civils tués par balle), la corruption d'État et ses liens avec la Russie. Aujourd'hui le pays est en guerre civile, divisé entre pro-européen et pro-russes.
♦ Février

Migrants à Djibouti City, Djibouti.
© John Stanmeyer, Agence VI pour le National Géographic
Cette photographie de John Stanmeyer reçoit en février 2014 le prestigieux prix World Press Photo. Prise en 2013, c'est surtout après cette nomination qu'elle connait une forte médiatisation. On y observe des migrants sur les côtes de Djibouti, levant leur téléphone au ciel pour tenter de capter du réseau, dernier moyen pour rester en contact avec leur famille. Djibouti est devenu l'un des passages obligés pour les hommes, femmes et enfants qui tentent de venir en Europe pour fuir la pauvreté, la guerre et la répression dans leur pays d'origine ( Somalie, Ethiopie, Soudan...).
♦ Mars

Une activiste vénézuélienne anti-gouvernement est arrêtée durant une manifestation contre le président Nicolas Maduro, 13 mars 2014.
© LEO RAMIREZ/AFP PHOTO/AFP/Getty Images
Cette photographie est l'une des plus connues de la révolte populaire au Vénézuela. Entre les mois de février et de juin 2014, le pays d'Amérique du sud subit une série de manifestations et d'insurrections civiles à travers tout le pays. Lancé par des groupes étudiants et des membres de l'opposition, le mouvement veut dénoncer les violences et l'insécurité importante dans le pays, où la majorité des meurtres restent impunis. L'inflation et la situation de pénurie des biens de première nécessité sont également des causes importantes de mécontentement. Le conflit a fait une quarantaine de morts chez les manifestants et on compte plus de trois milles arrestations.
♦ Avril

Michelle Obama poste sur twitter, comme des milliers d'autres personnes, une photo avec le message « Bring Back Our Girls » en soutien aux 237 lycéennes enlevées au Nigéria par la secte Boko Haram.
Image : Twitter/@FLOTUS/Associated Press
Le groupe terroriste Boko Haram veut instaurer la Charia au Nigéria. La secte, dont le nom signifie littéralement « L'éducation occidentale est un péché » refuse l'enseignement laïc dans le pays. Les massacres commis par les extrémistes visent notamment les jeunes filles qui ne devraient pas avoir accès à l'éducation selon eux. C'est dans ce contexte que 297 lycéennes sont enlevées en avril 2014. Elle sont toujours introuvables aujourd'hui, malgré l'intervention de l'armée. Le chef de Boko Haram déclarait en mai : «Je vais les vendre sur le marché, au nom d'Allah.[...] J'ai dit que l'éducation occidentale devait cesser. Les filles, vous devez quitter (l'école) et vous marier. [...] Une fille de 12 ans, je la donnerais en mariage, même une fille de 9 ans, je le ferais ». L'enlèvement des lycéennes et cette déclaration ont entraîné une vague d'indignation dans le monde entier. De nombreuses personnalités ont rejoint le groupe Bring Back Our Girls (« Ramenez nos filles ») sans aboutir à un résultat positif, plus de sept mois après les faits.
♦ Mai

Un homme embrasse son fils, rescapé d'un accident dans une mine turque, le 13 mai 2014.
© BULENT KILIC/AFP PHOTO/AFP/Getty Images
En mai dernier, 301 personnes avaient trouvé la mort dans l'écroulement d'une mine à Manisa, en Turquie. La photographie de ce père embrassant son fils, miraculeusement secouru, avait fait le tour de la presse mondiale. Recep Tayyip Erdogan (à l'époque premier ministre, aujourd'hui président), déjà très décrié pour ses répressions policières et ses affaires de corruption, avait créé la polémique en déclarant que « les accidents sont dans la nature même des mines ».
♦ Juin

L'Uruguayen Luis Suarez (en blanc) après avoir mordu le défenseur italien Giorgio Chiellini (en bleu) durant la Coupe du Monde 2014
© JAVIER SORIANO/AFP PHOTO/AFP/Getty Images
C'est sans aucun doute l'un des moments les plus commentés de la Coupe du Monde 2014. L'attaquant uruguayen n'en est pas à sa première morsure lorsqu'il « croque » l'épaule de Giorgio Chiellini lors du troisième match de poule : en 2010, le cou du marocain Otman Bakkal est lui aussi victime du « cannibale », son surnom. Il recommence en 2013 en mordant au bras le joueur de Chelsea Branislav Ivanovic. Après cette troisième attaque, il est suspendu durant neuf matchs et quatre mois, y compris avec son club, le FC Barcelone.
♦ Juillet

Un Palestinien brandit le corps du petit Noha Mesleh, 1 an, mort dans une école des Nations-Unies attaquée par des chars israéliens.
© MAHMUD HAMS/AFP
En juin 2014, l'enlèvement et l'assassinat par le Hamas (groupe islamiste officiellement considéré comme terroriste par l'Union Européenne et les USA) de trois jeunes juifs israéliens marquent le début d'un regain de violence dans le conflit israélo-palestinien. Il s'en suit une vague d'arrestations menées par l'armée israélienne et le meurtre d'un jeune Palestinien. Des tirs de roquettes lancés par le Hamas depuis la bande de Gaza entraînent le lancement de l'opération Bordure protectrice qui comprend le bombardement de Gaza et une offensive terrestre. Plus de 2000 civils (palestiniens pour la plupart) sont morts dans ce nouvel épisode du conflit.
♦ Aout

Un homme afro-américain est sur le point d'être arrêté à Ferguson durant une manifestation dénonçant la mort de Michael Brown.
© Whitney Curtis. Ferguson, 11 Aout 2014
Les États-Unis font face à de violentes manifestations depuis le mois d'août, date à laquelle Michael Brown, un jeune Noir de 18 ans a été abattu dans la ville de Ferguson de plusieurs balles par un policier Blanc, Darren Wilson, alors qu'il n'était pas armé. Les tensions sont montées d'un cran depuis l'arrêt des poursuites à l'encontre du policier. De nouveaux drames se sont ajoutés et participent à la crise de confiance en la justice américaine : Tamir Rice, un enfant noir de 12 ans a lui aussi été tué en quelques secondes par la police alors qu'il jouait avec un pistolet factice. La scène, filmée, a entraîné une vague de violence sans précédent. Le 3 décembre, un autre policier a été acquitté. Il était accusé d'être à l'origine du décès d'Eric Garner, mort d'un arrêt cardiaque après une arrestation musclée durant laquelle le policier l'a étranglé. La population afro-américaine, forte de de 39 millions d'individus, se sent plus que jamais victime de traitements racistes, les arrestations et les bavures policières impunies se multipliant ces derniers temps.
♦ Septembre

James Dorbor, 8 ans, est amené par des agents de l'Unité de traitement d'Ebola (ETU). Il mourra quelques heures après.
© Daniel Berehulak. Monrovia, Liberia, 5 septembre 2014
L'épidémie d'Ebola qui touche l'Afrique de l'Ouest est la plus meurtrière depuis la découverte du virus en 1976. On compte aujourd'hui plus de 6 000 morts, dont au moins la moitié pour le seul Libéria, pays le plus touché. Il n'existe pour l'instant aucun vaccin ou traitement efficace pour lutter contre ce fléau dont le taux de mortalité avoisine les 70 %. Le photographe Daniel Berehulak a été particulièrement marqué par cette scène. Il explique au http://instagram.com/p/wW1E_Eq6xR/?modal=true" : « Je pense régulièrement à ce jour. Je revois James convulser devant son père en train de vivre la mort prématuré de son jeune fils et ces gens autour de lui incapable de faire quoi que ce soit pour l'aider».
♦ Octobre

Malala Yousafzai est désignée pour le prix Nobel de la paix en octobre 2014.
AFP PHOTO / OLI SCARFF/AFP/Getty Images
Combien connaissent le nom du président pakistanais ? Certainement moins que celui de cette jeune fille, qui a 17 ans reçoit le prix Nobel de la paix pour sa lutte contre l'intégrisme et son combat pour l'éducation des filles. En 2012, elle est victime d'un attentat par les Talibans pakistanais. Touchée d'une balle en pleine tête, elle survit miraculeusement. Son combat pour l'éducation devient mondialement connu, tout comme son courage. Elle sort en 2013 un livre, Moi, Malala, je lutte pour l’éducation et je résiste aux talibans. Elle reçoit la même année le prix Sakharov par l'Union Européenne.
♦ Novembre

Kim Kardashian -PAPER-
© Jean-Paul Goude
Kim Kardashian est (malheureusement ?) l'un des symboles de notre société moderne où une star de télé-réalité est mille fois plus populaire qu'un prix Nobel de littérature. A la manière d'une Paris Hilton, Kim Kardashian se fait connaître sans véritable raison : grâce à la télé-réalité ( L'incroyable famille Kardashian) et surtout par la divulgation d'une « sextape ». En novembre dernier, elle fait littéralement le buzz en faisant la couverture du magazine américain PAPER. Photographiée par Jean-Paul Goude, elle http://instagram.com/p/wW1E_Eq6xR/?modal=true" du photographe français. On ne connait pas encore le résultat des ventes du magazine. En revanche on sait que depuis la sortie de PAPER, sa sextape a explosé les records de vente, détrônant celle de Pamela Anderson. Elle aurait rapporté 50 000 $ en une semaine à Ray J, le propriétaire et acteur de la vidéo, selon le site américan http://instagram.com/p/wW1E_Eq6xR/?modal=true".
♦ Décembre

Serge Lazarevic, après sa libération, le 9 décembre 2014 à Niamey, au Niger.
©Hama Boureima/AFP
On avait presque oublié son visage. Les images de sa libération resteront probablement les plus médiatisées de ce mois de décembre. Serge Lazarevic faisait 120 kg lors de son enlèvement. Il en a perdu une vingtaine en trois ans de détention dans le sable du Sahel. « Mais ça va, je suis en forme » précisait-il lors de sa première apparition depuis sa libération, le 9 décembre. L'entrepreneur indépendant franco-serbe a été enlevé au Mali en novembre 2011 par Aqmi en compagnie de Philippe Verdon qui connut un destin plus tragique, assassiné par ses ravisseurs.
Si vous êtes surpris de ne pas voir figurer les seins de Madonna, ou toute autre photographie, dites-le nous, nous sommes curieux de connaître votre année 2014 en image !
Jérémy Maillet

