
L'agence de presse Reuters doit découdre du décès de Molhem Barakat le 20 Décembre dernier, et plus généralement, de ses pratiques journalistiques.
Zone de conflit désormais quasiment inaccessible, la guerre en Syrie dure depuis trois ans.
Documenter et publier des images d'un conflit dans de telles conditions relève de l'impossible, notamment pour les journalistes étrangers au pays. Seul source de confiance et exploitable pour les agences de presse : la population syrienne restée sur place.
Exploitable. Voilà un terme délicat et controversé, d'autant plus lorsqu'il s'agit d'éthique journalistique, et que le conflit en question compte plus de 146 000 morts et deux millions d'immigrés.
Après la polémique liée aux clichés du mystérieux « César » qui aurait traduit en images des séances de tortures sur l'opposition par Damas depuis janvier dernier, c'est au tour de l'agence Reuters d'essuyer des accusations portées par le New-York Times.
Après le décès de Molhem Barakat, 18 ans, qui couvrait le conflit Syrien pour Reuters, un des journalistes pour le New-York Times a enquêté sur les méthodes de recrutement de l'agence anglophone.
Recruter des activistes directement sur les zones de conflit n'est pas condamnable en soi. Pourtant, les méthodes et la rémunération mises en application seraient considérés comme douteuse par le géant de la presse américaine. Avec la somme de 150 dollars la journée, les photographes sur le terrain ne recevraient ni formations véritables, ni cours de défense ou de premiers soins de sécurité. Certaines des photographies diffusées auraient mêmes été mises en scènes.
Dans un communiqué public, Reuters se défend de ces accusations, refusant chacune d'entre elles, les déclarant fausses et injustifiées : « Reuters a précisé au Times pendant ces trois mois d’enquête que leurs allégations étaient fausses. Nous avons réfuté en détail tous leurs exemples précis de présomption de malversation.
En dehors des accusations anonymes, l’article ne fournit aucune preuve que les photographes de Reuters aient mis en scène leurs photos, en Syrie ou ailleurs. Nous avons attentivement examiné la question et nous n’avons rien trouvé de tel. La mise en scène d’images est une infraction et Reuters prendrait les mesures appropriées si un tel évènement nous était rapporté. »
Avec près de 2400 journalistes à son actif, et dans un contexte où la critique médiatique est facile, l'agence de presse doit plus que jamais veiller à respecter les lois éthiques et morales. D'autant plus délicates lorsqu'il s'agit de photographie, et d'une tragédie qui, malgré sa gravité, semble voir les consciences collectives se lasser d'une actualité peut-être trop nourrie en images.
Charlotte Courtois

