
Il aurait été difficile de rendre hommage à la journée de la femme sans écrire à propos du travail de Stéphanie Sinclair.
Bien connue à travers son reportage sur les mariages forcés et la circoncision, la photojournaliste a été récompensée pour une œuvre au contenu et à la forme remarquable.
Membre de l'Agence VII et résidant à Brooklyn, Stéphanie Sinclair est diplômée à la fois en journalisme et en photographie. Alors qu'elle termine l'université, la jeune femme démarre une collaboration avec le Chicago Tribune, lequel l'enverra couvrir la guerre en Irak, puis au Liban. Elle suivra alors l'actualité de la région pendant six ans, en tant que photographe freelance.
Aujourd'hui encore, Stéphanie Sinclair collabore régulièrement avec les plus grands quotidiens ou hebdomadaires : The New York Times Magazine, National Geographic, Time, Newsweeek, GEO, Marie-Claire, et d'autres encore.
Lauréate de nombreux Prix et récompenses, elle remporte deux Visa d'Or ainsi que trois Word Press en 2004, 2007 et 2012 ( il faut également citer le prix de la photo de l'année UNICEF, le Care International Award en 2008, le FiftyCrows International Fund for Documentary...)
Engagée et militante, Stéphanie Sinclair est une investigatrice redoutable, mais aussi une femme humaine et passionnée. Son reportage le plus connu est en ce moment exposé non loin de chez elle : au Bronx Documentary Center, récent centre culturel, fondé en 2011 par l'ancien photojournaliste Michael Kamber.
Son projet Too Young to Wed ( réalisé en 2006), traite d'un phénomène relativement connu, que les consciences collectives semblent pourtant abandonner aux simples faits médiatiques : difficilement sondable, avec le temps souvent mis de coté car inaccessible et lointain, le mariage forcé a été mis en lumière et documenté par la photographe d'une façon délicate, touchante.
Au fil de la route, en traversant le Népal, l'Afghanistan, l’Éthiopie, l'Inde et le Yémen, Stéphanie Sinclair rencontre ces fillettes qui sont devenues des épouses. Du haut leurs 8 ans, elles sont désormais terrorisées par l'homme, et dans l'attente d'un signe de confiance pour parvenir à se confier à une femme.
Plus tôt en 2008, la photographe avait voulu documenter un fait de société également considéré comme arriéré et destructeur pour la vie des femmes : les mutilations génitales. Encouragées, rémunérées par la fondation Assalam et les services sociaux islamiques, la circoncision à lieu dans un lieu de culte ou à au sein d'une école primaire élémentaire.
En Indonésie cette pratique concerne 96% des familles, elle sévit également en toute tranquillité dans quinze pays d'Afrique.
Stéphanie Sinclair n'est pourtant ni juge ni complice. Bien sûr elle assemble des preuves et immortalise des instants clés, mais la distance que la jeune femme impose entre le sujet et son objectif est une façon de retranscrire l'émotion, sans pour autant appuyer sur le pathos de l'image, alors évident en ce qui concerne de tels sujets.
Des couleurs éclatantes, des coutumes et une culture mise en relief, offerte à l'intelligence de celui qui observe. Les sujets sont bien réels, et les visages, les corps, semblent une déferlante de regards à travers lesquels le public doit impérativement s'interroger.
La photographe capture sans mise en scène aucune, et si le spectaculaire doit poindre le bout de son nez, il sera seulement incarné par l'évènement en soi.
Une façon d'éveiller les consciences collectives, de lutter pour une plus grande justice et une meilleure appréhension de ce que le spectateur ne connait pas du monde.
Charlotte Courtois

