
Le Food Porn connaît un franc succès aux Etats-Unis depuis plusieurs années déjà, tandis qu'en France il prend une ampleur considérable. Ce phénomène - qui n'a pourtant aucune connotation sexuelle - est le fait de réaliser des images des plats que le photographe en herbe s'apprête à manger, que ce soit chez lui ou dans un lieu public, puis de les publier sur les réseaux sociaux. Son nom vient de l'esthétisation des éléments prêts à être mangés, car bien évidemment, la pratique veut que l'image soit réussie, vivante, et donne envie.
Nombreux sont les sites et tumblr dédiés à cette pratique 2.0 (commehttp://-foodporn.tumblr.com/" ou encore http://-foodporn.tumblr.com/") et il est difficile, en allant dînant au restaurant, de ne pas prendre en flagrant délit ce genre de paparazzi de la nourriture.
Pourtant, ce phénomène commence sensiblement à agacer les restaurateurs et chefs français, pour différentes raisons. Tout d'abord, pour une question de propriété intellectuelle explique Gilles Goujon, chef trois étoiles dans l'Aude à http://-foodporn.tumblr.com/" « On enlève aussi un peu ma propriété intellectuelle, on peut être copié. Sans compter qu’une photo prise avec un smartphone pas terrible est rarement bonne. Ça ne donne pas la meilleure image de notre travail. C’est embêtant. »
Mais aussi - et ceci comme pour beaucoup de clients du restaurant également - les chefs considèrent que cette pratique gâche le moment culinaire agréable qu'il souhaite faire passer à ses clients. Désormais, plus de photo de famille, de groupe, le modèle est l'assiette et c'est seul que l'image est prise. Dommage, lorsqu'il s'agit d'un moment à partager.
Si l'idée est difficile à interdire, un restaurant de Los Angeles aurait trouvé une parade en offrant une remise de 5% à ses clients qui accepteraient de laisser leurs smartphones à l'entrée. D'autres ont essayé le symbole de l'appareil barré sur la carte, comme Alexandre Gauthier, chef à La Madelaine-sous-Montreuil, mais davantage pour pousser son client à s'interroger.
D'autres pourtant, sont ravis de cette pratique, qu'ils voient comme une publicité gratuite de leur cuisine « Il faut vivre avec son temps » prône David Toutain, jeune chef adulé des critiques.
Vivre avec son temps oui, mais tout en restant poli.
Claire Mayer

