
Partout, aux abords de la ville et jusque dans la ville : les usines.
Resita, que l’on prononce Réchitza, est toute en longueur, avec, en son milieu, ce musée des locomotives, grosses baleines noires échouées là, en plein vent, gentiment à l’abandon, vestiges des gloires anciennes.
La sidérurgie est née ici : 1771, proclame fièrement TMK (repreneurs russes, m’a-t-on dit.) J’y ai retrouvé ce vacarme, l’odeur du feu et de l’acier, photographiés il y a quinze ans, en Normandie, à la SMN…
C’est ici que la sidérurgie se meurt : usines fantômes, désossées, vidées de leur sens, pas complètement détruites pour autant; y demeurent encore vigile invisible et chiens errants, féroces, paraît-il.
La ville au présent garde trace, dans son paysage, dans sa conception même, de ce passé de haut-fourneau. Chaque rue est perspective sur l’architecture besogneuse de l’usine, on y perçoit partout l’activité et l’arrêt de l’activité.
Et puis cette attirance que nous avons, nous, pour l’étrangeté un peu désuète de l’Europe de l’Est, lourde d’histoire et comme en retard, tellement avide de le combler… Se jouxtent alors un Centre-ville flambant neuf, avec sculpture monumentale, rutilante, et ce marché couvert, au quotidien, ses fruits et légumes poussés pas bien loin, ses monceaux de quincailleries obsolètes, ses pâtisseries curieuses et ses cigarettes de contrebande.
Et tout le temps cette qualité de l’accueil fait au photographe que je suis, à celui qui vient voir…
Tristan Jeanne-Valès. Mars 2008


