
© Christian Deroche, gagnant du concours de la 25e heure de Deauville
Chaque année depuis le début de Planche(s) contact, festival de photographie de Deauville, a lieu le concours de la 25e heure, organisé par la ville, et sponsorisé par Swatch. Le principe est, en apparence simple : imaginer, en une image, ce que représente cette « 25e heure » battante, flottante, qui s’immisce dans le changement de l'heure d'été à l'heure d'hiver. Au moment où chacun se prépare à reculer sa montre d'une heure, ce 28 octobre, les quelques 150 candidats du concours prenaient place dans Deauville pour immortaliser ce que signifie cette heure pour eux.
Un moment amusant d'ébullition créative. Les participants ont tous pris le départ de la Villa Le Cercle, pour vaquer à leurs projets. Beaucoup ont installé leur studio temporaire sur les planches, symbole de Deauville par excellence.
Nous avons suivi Théophile, un jeune garçon prometteur, très motivé à l'idée de participer au concours. Il avait choisi Maria Barkova, étudiante photographe participant au concours de la fondation Roederer, pour être son modèle. Il l'avait repéré lors du vernissage où il accompagnait son père, et « elle portait une robe de soirée, c'est ce que je cherchais pour mon projet ». Une chose est sûre, Théophile est sûr de lui. Il a tout préparé : son matériel, et les accessoires nécessaires à la réalisation de son idée pour le concours.
A minuit pile, c'est parti, je suis Maria et Théophile qui partent d'un pas pressé vers les planches. C'est l'endroit qu'a élu Théophile pour ses photos.

Théophile participe au concours de la 25e heure à Deauville © Actuphoto
Il a préparé des lampions colorés, seuls accessoires nécessaires. Le temps file, et Théophile doit faire vite. Pourtant, la pluie commence à tomber, venant troubler quelque peu la séance. Malgré le froid polaire, Maria, touchée par l'initiative du jeune garçon, garde le sourire en portant les lampions lumineux, bras nus sous la pluie. Théophile essaie de faire vite, et manie avec précision son appareil photo. Son père n'est pas loin, il est son assistant, l'aide à déplacer le pieds de son appareil ou à installer sa lumière, rien de plus. Pour le reste, c'est avec une facilité déconcertante que Théophile appuie sur le déclencheur.

Maria Barkova joue les modèles pour Théophile, qui participe au concours de la 25e heure © Actuphoto
Tout se passe très vite, tant le climat hivernal et le temps court et précieux qu'il possède l'empêchent de prendre son temps.
Tout comme Théophile, tous se pressent pour réaliser leur image dans les temps. C'est avec amusement que nous vivons avec eux cette effervescence : les flash crépitent, des bribes de voix se font entendre, les photographes se pressent et donnent leurs directives à leurs modèles.

Maria Barkova pose pour Théophile, dans le cadre du concours de la 25e heure © Actuphoto
Puis, branle-bas de combat, les minutes tournent, il est temps de rendre ses images. Nous pressons le pas, comme tous les participants, nombreux à s'avancer vers la Villa Le Cercle. Il est une heure, tous font la queue, et déchargent leurs images sur les ordinateurs des organisateurs. Théophile est content, mais le plus important pour lui n'est pas de gagner : il voulait surtout essayer de mettre en place son idée lumineuse, à tous points de vue.
Maria Barkova, quant à elle, est trempée et frigorifiée, mais heureuse de l'avoir aidé. « Il est tellement mignon, et je suis toujours touchée par les idées créatives des enfants ». Rappelons-le, Maria a participé au concours de la fondation Roederer, et son thème était les enfants, qu'elle photographiait, et leur demandait ce qu'ils voulaient faire plus tard. La vie est bien faite pour Théophile, qui a trouvé, sans le savoir au départ, le modèle idéal pour son sujet !
La suite s'est jouée le lendemain, à 11h, lors des délibérations...
Claire Mayer
Concours de la 25e heure – Deauville : les délibérations !
« Dormir une heure de plus ou vivre une heure de plus ? » : tel était le dilemme lancé par le concours photo Swatch de la 25e heure organisé dans le cadre du festival de photographie de Deauville, Planche(s) Contact.
Le concours était ouvert à tous les amateurs de photographies : un vrai succès puisqu'ils ont été 150 à braver la pluie, le froid, la fatigue pour répondre à l'appel de la passion de la photographie. « Cela nous réchauffe le cœur » a affirmé le maire de Deauville, Philippe Augier.
Malgré l'heure tardive à laquelle ils se sont couchés, la plupart des participants et de nombreux curieux se sont rassemblés à la Villa le Cercle, dimanche 28 octobre à 11h30, pour l'annonce des résultats. Tous se pressent dans une salle où les clichés sont affichés, chacun cherchant sa photo tout en appréciant l'ensemble du travail présenté. La diversité des photos affichées est à l'image de la disparité d'âges, de personnalités, de région des concurrents.
Comme tout concours, la sélection n'a pas été des plus faciles. Le maire de Deauville remercie tous les participants et loue la qualité des œuvres qui s'améliorent d'année en année : « Beaucoup des photographies qui nous ont été présentées donne la sensation d'une longue préparation qui laisse penser que les participants y réfléchissent longtemps à l'avance : c'est devenu un vrai rendez-vous ».
4 tours de sélection ont été opérés, au gré des coups de cœur du jury : 25 photos se sont détachées, avec une mise en avant particulière de quatre lauréats, ces derniers n'étant pas encore affichés … « Un suspens volontairement entretenu » explique le président du jury, Alain Genestar, qui ne manque pas de mettre en émoi ceux qui n'ont pas encore trouvé leur photographie...
Swann Arnoux, 10 ans, a d'ores et déjà trouvé sa photographie : il fait partie des 25 présélectionnés, ce qui le ravi !

Swann Arnoux devant ses images de la 25e heure © Actuphoto
Originaire de Trouville, il a déménagé il y a un mois à Deauville. Ses parents ont beau être des artistes peintre-sculpteur, Swann a tenu à réaliser seul sa photographie pour ce concours. Il s'est rendu à minuit sur la plage avec ses playmobils immortaliser « sa 25e heure », en compagnie du Canon 50D de son père. Son idée, il l'explique avec déjà beaucoup de professionnalisme : « Tout a commencé lorsque j'ai réfléchi à la dynamite. Ca m'a fait penser au temps qui passe. Et alors, je me suis dis que la bataille du temps qui passe, c'était très intéressant ! ». Un futur photographe en herbe ? « Je ne sais pas, mais j'aime beaucoup prendre des photos alors pourquoi pas ! ».
Fin de l'attente, voici les résultats tant attendus …
La quatrième place revient à Sarah Vervish, qui a photographié, comme en plaisante Alain Genestar, « un animal qui devrait se développer à Deauville au vue du temps : un pingouin » ! Une idée originale, qui a su séduire le jury.

© Sarah Vervish
La dernière marche du podium est occupée par une jeune lycéenne, Laura Dronne. Malgré son look haut en couleur, sa photographie n'est pas sans rappeler Brassaï au vue du travail effectué sur le noir et blanc.

© Laura Dronne
La deuxième place, d'après les propos d'Alain Genestar, « symbolise bien la ville de Deauville, car c'est bien elle qui reste la star malgré la venue de grands noms de la photographie pendant ce festival ». Il s'agit d'un cliché d'un baiser réalisé par Laurent Lachèvre.

© Laurent Lachèvre
Enfin, la première place est dévoilée et revient à … Christian Deroches, qui remporte un week-end à Arles pendant le festival de photographie « Les rencontres d'Arles » 2013.
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Christian Deroches, gagnant du concours de la 25e heure de Deauville © Actuphoto
Né en 1950 à Chalons sur Saône, il a ensuite déménagé sur Paris, et possède un pied à terre à Deauville. La photographie gagnante, réalisée en collaboration avec sa femme Claire, peintre, s'inspire d'une oeuvre d'Edward Hopper : « Nous avons vu l'exposition d'Edward Hopper au Grand Palais la semaine dernière, et c'est à partir de là que nous avons eu cette idée de reconstituer dans notre appartement un détail d'un de ses tableaux » explique Christian Deroches. Pourquoi une telle idée pour ce concours ? « Il nous a semblé que l'immobilité des personnages correspondait bien au flottement du temps entre minuit et une heure ».
Au coup d'envoi à minuit, ils se sont dépêchés de rejoindre leur appartement pour se photographier dans leur cuisine. En arrière-plan, l'horaire inscrit sur le four le prouve : la photo a été prise à 00:03 ! Chaque détail était millimétré, sauf un impromptu mais c'est, selon lui, « ce qui est improvisé qui se révèle être intéressant » : il avait oublié la cravate, et a donc été obligé d'utiliser un collant de sa femme pour se le nouer autour du cou !
Une fois la photographie prise, commence alors tout un travail de retouche pour parvenir à faire revivre les couleurs de la peinture. « On s'est pris au jeu, ce fut long et difficile, mais ça paye ! ». Christian Desroches avait déjà participé l'année dernière, mais il pensait qu'il fallait « valoriser obligatoirement la ville ». Cette année, il a mis l'accent sur la créativité, car « (il) a compris que ce que Bettina Rheims valorise, c'est l'aspect créatif : il ne s'agit pas de faire de la promo, mais de faire une photo ! »
S'il travaillait jusqu'à présent dans la publicité, Christian Deroches n'exclut pas de se lancer dans la photographie professionnelle : « On peut rêver ! Déjà, je ne croyais pas du tout avoir ce prix. Quand je ne voyais pas ma photo affichée, j'ai même cru que le jury l'avait éliminé ! Mais ça me fait très plaisir d'avoir gagné, et ça m'encourage à continuer dans cette passion, voire pourquoi pas plus ... ».
Cette troisième édition du concours de la 25e heure est donc une grande réussite. Le jury a d'ores et déjà donné rendez-vous l'année prochaine pour la quatrième édition lors du dernier week-end d'octobre alors, à vos agendas !
Claire Barbuti

