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Humain, très humain Photographies en Aquitaine, 19



En partance pour Bordeaux, j'apprends, presque à mots couverts, que le travail de Christian Delecluse ne sera pas exposé dans l'exposition "Humain, très humain". la raison n'est pas clairement évoquée. J'en déduis que le "problème" est une quequette d'homme trop visible. Une femme nue c'est admis, un homme non. Quelle époque !
Ce qui me scandalise, entre autres choses, c'est que le "scandale" a éclaté la veille du vernissage, nous mettant , nous les photographes, devant le fait accompli, sans avoir le temps de nous organiser, de pouvoir en discuter avec les commissaires de l'exposition et le directeur du musée d'Aquitaine, qui connaissait pourtant le travail de Christian Delecluse.

D'où est partie la volonté de décrocher les œuvres de Christian Delecluse ? est-ce le directeur M. Hubert ? ou le cabinet municipal de M. Juppé ? est-ce le maire en personne ?

Combien d'œuvres ont fait l'objet de censure ? quatre, six ou huit ? les versions ne sont pas concordantes.

J'arrive à Bordeaux dans l'après-midi de vendredi 11 avril, et après m'être installée à l'hôtel, je me rends au Musée pour voir ce qui s'y passe, découvrir aussi l'installation de l'exposition. Aucun accueil n'est prévu avec les artistes, et oh ! surprise, le travail de Christian Delecluse est accroché en toute hâte, parce qu'un accord a été trouvé avec l'intéressé. Mais les photographies incriminées ne seront pas présentées, pas pour le vernissage. Elles le seront (mais pas toutes...) plus tard, avec un message de mise en garde, comme quoi certaines images pourraient choquer la sensibilité du spectateur... quel enfantillage. La censure est toujours d'actualité.

Le discours du directeur du musée a été aussi un grand moment de non dit. Un communiqué a été lu pour expliquer que l'"incident était clôt", les photographes et leur travail n'ont pas été présentés. Rien non plus sur le fait que Denis Darzacq avait décidé de décrocher son travail, parce qu'il ne voulait pas être associé à des gens qui pratiquaient la censure. Quant à Alain Juppé... il a parlé de AGORA, l'autre événement du week-end.
J'ai eu l'impression que c'était le vernissage du maire, pas celui des auteurs des images.

D'ailleurs, Rip Hopkins a aussi demandé à décrocher ses œuvres, je ne sais pas s'il est revenu sur sa décision ou s'il n'a pas été écouté.

Le dîner aurait pu être, en dernier recours, le lieu de rassemblement... je trouve pour ma part que, malgré le titre "Humain, très humain", il manquait justement cette humanité. Ne serait-ce que lancer les présentations, pour savoir qui est qui et qui fait quoi. Mais visiblement la fête était gâchée et malgré les efforts pour faire comme si tout allait bien, la cacophonie régnait tout comme le bruit du restaurant où nous étions réunis, qui n'arrivait pas à couvrir un silence assourdissant.

Dans Sud-Ouest de samedi 12 avril, l'article était dédié à l'affaire, au scandale et la foule qu'il avait provoqué. Rien sur l'exposition, son propos, son importance dans une ville où la photographie n'a pas de place. Rien, toujours rien, sur les artistes, qui pourtant ont donné leurs œuvres à voir. Rien non plus sur Denis Darzacq et ses œuvres manquantes.

Quelle médiocrité. Quel gâchis. Quelle vulgarité.

J'en appelle à Frédéric Delpech et Catherine Vigneron (les commissaires de l'exposition), au directeur du musée François Hubert, et bien sur à Christian Delecluse, pour qu'ils expliquent, clairement cette fois, pour qu'on sache exactement ce qui s'est passé. J'estime que nous avons droit à un peu plus de respect et considération.

Pour moi l'incident n'est pas du tout clôt.

Patrizia di Fiore

PS
voir aussi les articles de libebordeaux.fr

Patrizia di Fiore, photographe

Par Patrizia di Fiore, le 15/04/2008 à 09h31



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