Laurence Leblanc - Rithy, Chéa, Kim Sour et les autres
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Le 2009-05-10 10:03:49
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Les images de Laurence Leblanc sont travaillées par une obsession: la mémoire, la disparition, la fragilité humaine. Visages, corps, objets perdus semblent pris entre un passé chaotique et un devenir incertain, piégés dans un présent de transition.
"En photographiant de jeunes Cambodgiens, elle poursuit son interrogation dans un pays où le souvenir de l’auto génocide perpétré par les Khmers rouges reste à la fois prégnant et tu. Même si ces enfants n’ont pas vécu directement les événements, ceux-ci pèsent sur eux d’autant plus douloureusement qu’ils relèvent d’un non-dit généralisé, tel un lourd secret de famille.
La réussite de Laurence Leblanc est d’avoir, au sens propre, donné corps à ce questionnement : les attitudes, la gestuelle révèlent – plus que l’expression des visages souvent imperceptible – l’univers mental des ces petits mendiants, de ces jeunes serviteurs ou paysans. Sous le voile d’une grâce légère, gravité, incrédulité, amusement parfois se devinent, induits par le poids de la mémoire des adultes, les traces omniprésentes des massacres mais aussi par le désir de vivre.
De quel genre relèvent ces photographies ? D’un non-reportage sur un non événement ? Sont-ce des non-portraits de personnes sans signes distinctifs, donc sans identité ? Rithy, Chéa ou Kim Sour, souvent photographiés à contre-jour, ne sont que des silhouettes dévorées par l’ombre ou l’éblouissement du trop de lumière, érodées par un flou de mise au point. C’est pourtant cette imprécision qui permet d’aller à l’essentiel par simplification, dépouillement du contexte et de l’anecdote. Ainsi, ces corps épurés livrent-ils un secret, celui d’une fêlure, à travers une chorégraphie immobile. Ce ne sont pas des mouvements interrompus que capte Laurence Leblanc mais des parcelles d’éternité qu’elle sertit dans des formats carrés et des compositions centrées qui confèrent à ses images la stabilité et l’intemporalité des icônes."
J.-C. F.
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