Le photographe Bruno Lasnier a parcouru l’arc atlantique de l’Islande aux Açores, réalisant un travail original qui révèle la dimension maritime de l’Europe. Ses photographies en noir et blanc captent l’essence d’un paysage et d’un patrimoine commun fait de lumière, d’eau et d’horizon.
L’image panoramique déploie l’espace et rend sensible sa structure, ses lignes de force et de fuite, l’ordonnancement secret du regard qui fait sens et récit et permet la mise en paysage du réel. Les photographies ont été réalisées dans le Sud de l’Islande, en Ecosse (Highlands), Irlande (Connemara, Kerry), France (Bretagne et Aquitaine), Espagne (Pays Basque, Asturies et Galice), Portugal, à Madère et sur l’île de São Miguel, aux Açores.
La démarche a consisté à découvrir les lieux, les apprivoiser, puis à faire apparaître les similitudes entre les paysages et la cohérence du patrimoine maritime de l’arc atlantique.
Il ne s’agit pas d’enregistrer la réalité, ni de constituer des archives, mais de donner vie au paysage selon un point de vue, de nourrir la mémoire collective, de produire du sens. Le paysage définit la relation qui s’établit, en un lieu et à un moment donné, entre un observateur et l’espace qu’embrasse son regard. L’angle de vue que choisit le photographe témoigne de cette relation. Le paysage naît du regard.
Le philosophe Alain Roger qui a consacré plusieurs ouvrages à la question du paysage, a bien montré que jusqu'au XVIIIe siècle, du moins en Occident, l’espace est un « pays » avant d’être un « paysage », et qu’il faut pour passer de l’un à l’autre la médiation de l'art. Sans l’éveil d’un sentiment esthétique chez le sujet, le réel n’est pas mis en paysage.
Le paysage cumule et archive une bonne part des oeuvres du passé. Les formes plus récentes composent avec les formes anciennes. Si le paysage porte les traces de l’histoire, il entretient également des rapports avec des états relevant de temporalités plus courtes, souvent cycliques : celles des saisons ou des heures du jour.
L’exposition, soutenue par le Conseil régional d’Aquitaine, sera présentée en divers lieux et fera l’objet d’un catalogue – livre d’art, à paraître en 2009 aux éditions Le Bord de l’Eau, avec une préface du navigateur Yves Parlier et des textes de Didier Arnaudet.
« La mer, la terre et le ciel, ces trois éléments se conjuguent sous l’objectif de Bruno avec toute la dimension humaine que cela représente. Trait d’union entre les éléments et aussi les hommes, ce livre est la rencontre des terres du monde de l’océan. J’ai parcouru l’Atlantique à la voile tout au long de ma vie, j’y ai connu de grosses tempêtes et des calmes plats, riches en couleurs et en mouvements. Le présent passe, les clichés noirs et blancs de ce livre me rappellent une à une, les escales où mes bateaux m’ont mené. Parce que l’homme n’est ni poisson, ni oiseau, la terre est son havre de paix. Il est attiré par la mer et par le ciel qu’il ne peut apprivoiser, maîtriser que par son intelligence et son courage. Ces photos nous emmènent à la frontière d’un monde qui n’a de limite que l’horizon, ligne chargée d’imaginaire et qui appelle l’homme à chercher l’au-delà. Ces peuples qui vivent la mer, n’en forment qu’un. Ils vivent au rythme des marées ; le vent et les vagues font partie de leur quotidien. A chacun d’imaginer qui sont ces hommes, leurs points communs, les aventures qu’ils ont vécues sur la mer, les drames qu’ont connu leurs côtes, les rêves qui les habitent. Isolés géographiquement, ces habitants prennent la dimension de la planète à travers l’eau et la mer, ces éléments universels, vecteurs de communication entre tous les continents. Ils connaissent les menaces qui pèsent sur cette côte si fragile : tempêtes, pollution, montée des eaux, béton.
Bruno nous invite au voyage, ces Terres d’Atlantique, évoquent en nous à la fois la surprise de paysages nouveaux et nous rappellent ce sentiment que j’ai en moi depuis mon enfance quand je passais mes vacances au bord de l’océan : la mer est notre source de vie. »
Yves Parlier
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