inscrivez-vous Pas encore membre ? Inscrivez-vous | Connexion Connectez-vous

 
Rubrique(s) : expositions, > Philippe Favier LUCKY ONE - Les Pirates (XVII), 2007, photogramme sur verre tiré sur papier baryté


Philippe Favier LUCKY ONE - Les Pirates (XVII), 2007, photogramme sur verre tiré sur papier baryté
+0
moins
plus


Le 2011-10-05 18:29:09

Partager:


g

Dans un entretien avec Jean-Maurice Montremy daté de Janvier 93, Jean Tardieu disait de la comédie qu’elle est « le sentiment d’être dedans et dehors ». Le travail de Philippe Favier est empreint de cette distanciation ironique.
L’ironiste dit autre chose que ce qu’il pense, mais à la différence du menteur ou de l’hypocrite, il fait comprendre autre chose que ce qu’il dit. L’ironie  s’arrête en chemin, et brise la continuité par trop linéaire  d’un discours, pour instaurer la dialogue. « Vanité » de la série MATA-HARI  est ironique. Elle fait montre d’une tonalité dérisoire qui incline une conscience neutre vers le sourire.
L’art est poreux comme un os et c’est à travers lui que les mondes communiquent. Le réveil de l’ardeur morale à l’âge baroque se traduisit, entre autres, par l’apparition d’un nouveau discours sur la mort, le QUOTIDIE MORIOR, lequel requiert une constante préparation à la mort, par le biais d’exercices spirituels propres à en rappeler aux hommes l’imminence. La méditation sur le crâne et les efforts de vision apriorique du cérémonial funéraire en font partie. Dans le travail de Philippe Favier, le propos moraliste est atténué.
Approchez le crâne…au-delà de l’allégorie, il condense toutes les questions de la représentation. La drôlerie s’allie à l’étrangeté, qui pourrait être terrifiante si elle n’était pas médiatisée, désamorcée par le titre. Philippe Favier a été impressionné, enfant, par les squelettes de Lucas Signorelli (« La résurrection de la chair » à la Chapelle de San Brizio). L’œuvre elle-même interroge, y compris dans son mode de composition, à savoir le photogramme.
Le photogramme sur verre tiré sur papier baryté est selon la définition de Man Ray « une photographie obtenue par simple interposition de l’objet entre le papier sensible et la source lumineuse ». Il bouleverse nos habitudes et conventions liées à la perception visuelle, où le noir est perçu comme forme et le blanc comme fond (par exemple la page blanche sur laquelle on trace des lettres noires). Le photogramme opère un renversement de ces habitudes en produisant un effet de distanciation entre l’objet réel de départ et sa représentation. Dans la vie courante on regarde les objets, mais rarement leur ombre ; dans le photogramme, les ombres deviennent des objets de contemplation.
Et de songer à cette belle pensée de Tardieu : « L’espace : étant donné un point, que se passe-t-il derrière ? ». D’ailleurs, le travail sur la graphie est une constante du parcours  foisonnant de Philippe Favier. La suite de gravures dites « Abracadavra » est née de la rencontre fortuite, sur un marché aux puces, de l’artiste et d’un lot de plaques de cuivre ayant appartenu à un graveur de cartes de visite. Dans le sillage du cadavre exquis surréaliste, l’artiste entremêle mots, rébus, figures. Ce prolongement d’objet est, pour reprendre Philippe Favier lui-même, une »métempsycose laïque ». Le rébus, le spectre, ou la douce ponctuation du manifeste et du latent. La graphie est un besoin assumé qui « cloue le bec aux images ».
Mais chez cet artiste obsessionnel du classement et pourtant inclassable (qui s’en plaindrait ?), il y a aussi la miniaturisation. Un travail se doit d’être regardé, pas simplement  vu. Comme une mélodie se doit d’être comprise et pas seulement entendue-enregistrée.  Toujours entre l’équilibre et la chute.
Des paysages hantés de petits squelettes très affairés. Esseulés, ils errent, se déhanchent, imprimant de leur fuite un long sillage. Squelettes miniaturisés au creux de vastes espaces, la série ETHER D’AMBONIL joue avec les frontières imperceptibles de notre regard. Une histoire familière et inquiétante nous est narrée : toujours la vanité. OMNIA VANITAS. De petites scénettes ou la mort s'étire et mime nos travers. La mort se joue de nous. A regarder de plus près, elle est un éternel mouvement. Ces petits os nous ressemblent et ils dispensent le docte enseignement de la ponctuation. Les boîtes en bois théâtralisent leur monde, le circonscrivent. La couleur est le contrepoint de cette énergie insufflée aux vivants. Un grand débordement qui s'écoule en ligne de fuite. Si le squelette est l'architecture du vivant, cette suite en est la mise en abime dédramatisée. Philippe Favier a réussi à nous faire don de petits sarcophages portatifs et méditatifs.

Les passions de Philippe Favier apparaissent en creux : on peut songer à Paul Klee, qui demandait à ses étudiants du Bauhaus, à la fois d’écrire et de dessiner, tour à tour  pour compliquer ou défaire les clivages entre image et écriture. Le même qui signait de ses initiales, PK associées au dessin d’un trèfle (« Klee » veut dire trèfle en allemand), Philippe Favier choisissant lui le chou-fleur, signe fétiche en même temps que label. Autre empreinte, identité, jeu, je, multiplicité. Le rébus, dans son entrecroisement permanent au graphe nous étonne.  Les énigmes de Philippe Favier  questionne la relation au sens. Par ce travail, nous sommes dans l’absence et son vertige, et simultanément dans  le référent et sa promesse.  Un petit précis d’égratignures à tous ceux que la représentation satisfait, mais qui aiment par dessus tout aller regarder du côté des marges. Dans un entretien avec Françoise-Claire Prodhon daté de Mars 2001, à la question interrogeant son travail sur les cartes de visite, Philippe Favier répond : « C’est l’intuition qui décide, je m’engouffre dans les choses quand j’y perçois un  pré-sens. Cette pulsion de prolongement est la seule façon que je m’octroie de donner la vie ! ».En écho (mais silencieux) à Paul Klee : « L’art est à l’image de la création. C’est un symbole, tout comme le monde terrestre est un symbole du cosmos. » (« Théorie de l’art moderne »)

Françoise FAUCHE-GROS



   Réagissez à cet article


Pseudo


Email (Confidentiel)


Commentaire




Code de validation






Mots clés / Tags : philippe, favier, travail, mort, photogramme, artiste, petits, art, repr, squelettes, objet, klee, sentation, tr, bus, si, fle, ponctuation, vie, graphie,

Partager:

Permalien :


  Articles dans la même rubrique
  Dmitry Baltermants : 
The Sovjet Union between 1940s and 1970s
War, Life & Glory

DIEHL starts its “Flaneur” selection with 42 works of the Soviet photo journalist Dmitry Baltermants. Best known for his pictures of the Soviet battlefield during World War II.

During World War II, Baltermants covered major battles for Izvestia and for the Red Army newspaper Na Razgrom Vraga. He fought and photographe...

    Lire la suite



  Franck Boutonnet pour une série sur l'Argentine

Le 24 mars 1976, le peuple argentin subit un coup d’état militaire. C’est le début d’une ère de répression sanglante, où quelque 30 000 personnes disparaissent et près de 500 bébés sont volés. Mais s’ouvre également une période d’ultralibéralisme d&ea...

    Lire la suite



  La côte chinoise par Zhang Xiao

Blindspot Gallery is pleased to present Coastline featuring emerging Chinese photographer Zhang Xiao’s award-winning series Coastline that focuses on the continuous 18,000 kilometres of China’s coastline. The series does not merely capture the seaside landscape of these coastal areas, but also witnesses the changes o...

    Lire la suite



  Le "In/Out" de Catherine Lambermont

Du dépouillement des clichés de Catherine Lambermont se dégage une poésie narrative. Ses images composent une suite d’instants d’observation libre. Son travail réhabilite le continuum qui caractérise chaque frontière. La frontière est le lieu du lien. Entre le corps et l’es...

    Lire la suite



  Eric Rondepierre à l'Arsenal de Metz

Eric Rondepierre a choisi de montrer au sein d'un travail multiforme, certaines des oeuvres qui ont partie liée au cinéma, depuis ses débuts en 1992. Sur un parcours de vingt ans, 56 pièces ont été prélevées dans dix séries : Excédents, Annonces, Précis ...

    Lire la suite



  Simone Nieweg, la photographe des paysages

Simone Nieweg is a photographer of gardens and landscapes. Her work, as it has manifested itself over the past thirty years, knows no other interest. At the same time, a certain serenity hovers over her pictures. In them, nature seems entirely focused on itself. One immediately notices that human beings are absent. The allure of colors and shapes...

    Lire la suite



  Les "Corps & Graphie" de Gérard Uféras

« Je ne peux m’empêcher, atteste Gérard Uféras, d’associer la pratique de l’Art à la notion d’amour et de partage ». (extrait de son livre Etats de grâce, éditions du Fantom)

Vingt années durant, Gérard Uféras a &eac...

    Lire la suite



  Du nouveau à la Pobeda Gallery

«Egyptian pack» evokes many associations - here are both Petersburgers favorite topic of werewolves (see the movie of E. Yufit «Corpsmen werewolves») and references to the Perm animal style.

Also we can recall British film «The Wicker Man» (1973) with its ritual procession of the man-beasts, ho...

    Lire la suite



 


Photographe(s)

Philippe Favier

Galerie Sollertis
12, rue des Régans
31000 Toulouse 
France

Voir tous les lieux

Du 16/12/2008 au 17/1/2009

Statut : expositions terminé











 




Vivre, la vie. et la mort. l'amour pour la vie et la mort. c'est une photographie.
Nobuyoshi araki   














     Inscrivez-vous


     Dès maintenant et restez informé
     de toute l'actualité photo !