Proposée par le Mois Européen de la Photographie, qui regroupe les festivals de Paris, Berlin, Bratislava, Luxembourg, Moscou, Rome et Vienne, l’exposition Mutations II / Moving Stills, centrée sur les mutations technologiques et artistiques de la photographie, propose une sélection de vidéos réalisées par des artistes européens que rassemble le goût de l’expérimentation de nouvelles formes d’expression. Un nombre croissant de photographes utilise aujourd’hui la vidéo, faisant évoluer les spécificités qui définissent chacune de ces deux pratiques.
Au-delà de la diversité des partis pris esthétiques et des techniques visuelles utilisées, les créateurs présentés dans le cadre de Mutations II nous invitent à dépasser les logiques territoriales et les définitions académiques qui enclavent chacun de ces champs artistiques afin d’explorer les frontières qui les séparent. Autrement dit, Mutations II nous convie à la découverte des nouveaux territoires de l’image fixe et de l’image en mouvement à travers les tensions qui les animent. Tension esthétique entre l’instantané et la durée comme l’illustrent Peter Aerschmann ou Tuomo Rainio cherchant notamment dans leurs vidéos le moyen d’insuffler à l’image photographique une profondeur temporelle. Tension narrative entre photographie, vidéo et séquence sonore qui nous entraîne dans l’univers onirique et inquiétant de Gast Bouschet et Nadine Hilbert ou nous confronte à la théâtralité de la vie quotidienne en Russie telle que Olga Chernysheva la donne à voir. Enfin, tension perceptive propre aux états transitoires de l’espace et du temps telle qu’on peut l’éprouver dans les oeuvres d’Ori Gersht, Christoph Brech ou Jutta Strohmaier.
Ces artistes européens ont donc en commun de faire subir à la photographie ou/et à la vidéo, chacun selon ses nécessités profondes, un traitement déformateur. Ils explorent ainsi les lignes de fuites qui se forment à la frontière de ces territoires et instaurent un nouveau régime de l’image et de la perception ; par là même, ils poussent les langages photographique et vidéographique vers leurs limites propres, limites qui constituent la condition d’émergence de l’inédit, de l’originalité et du style selon Deleuze.
Gageons que ces nouvelles expérimentations qui poussent la photographie et la vidéo en marge ou en dehors du champ, qui semblait devoir leur être assigné nous donnent une occasion inédite de renouveler notre regard sur le monde, et nous engagent à réinventer notre quotidien, à le « voir selon » l’oeuvre, pour reprendre la formule de Merleau-Ponty.
ARTISTES : Peter Aerschmann, Gast Bouschet & Nadine Hilbert, Christoph Brech,Olga Chernysheva, Ori Gersht, Tuomo Rainio, Jutta Strohmaier Alcatel-Lucent, premier partenaire du Mois européen de la photographie, a réuni, le 9 septembre dernier, le jury international chargé de désigner, au nombre de ces sept artistes, le lauréat du Prix Alcatel-Lucent du Mois européen de la photographie.
Le jury a choisi de distinguer l’artiste finlandais Tuomo Rainio.
Tuomo Rainio (Finlande), lauréat du Prix Alcatel-Lucent du Mois Européen de la Photo 2008-09 Presence of the Crowd.
La mutation, le mouvement et la temporalité constituent les thèmes majeurs des photos et vidéos de l’artiste finlandais Tuomo Rainio (né en 1983).
La pensée visuelle qui caractérise ses oeuvres puristes oscille entre l’esthétique de la photographie en noir et blanc et la tradition de l’art vidéo post-conceptuel. Si l’on devait qualifier le champ dans lequel ces éléments s’entremêlent, on pourrait dire que ce sont des « images en mouvement sans appartenance à un genre spécifique». Que voyons-nous au juste lorsque nous regardons les oeuvres de la série « Tracescape » ? On voit d’abord une image noire, comme un tableau noir, puis apparaissent lentement des paysages urbains mélancoliques et anonymes, des rues et des structures architecturales. Le seul élément de certitude est la ligne du mouvement.
Les oeuvres commencent comme des animations fantomatiques et soudain se transforment en univers reconnaissables sinon familiers. Il y a quelque chose de troublant dans l’atmosphère, peut-être la présence de la foule.
Les oeuvres City (2005) et Crosswise (2006) donnent à voir des carrefours, des chemins et le cycle de la vie urbaine qui se mue en un plan de ville aveugle. Ce sont comme des amoncellements d’images aux rayons X : on peut imaginer un corps vivant, mais son seul support est structurel. Les environnements sonores ancrent les images dans une expérience immersive du quotidien : feux de signalisation, voitures qui passent, tramways, bruits de pas qui résonnent. En même temps, des lignes de mouvement se chevauchent, forment des faisceaux, éclairent l’image. Enfin il ne s’agit plus d’un film avec sa pellicule photosensible, mais d’un algorithme généré par ordinateur qui calcule les images une à une et rend visible chaque mutation.
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