Comme chaque année, les dossiers présentés au Prix Niépce par les personnalités qualifiées, nommées par l’association Gens d’images, étaient d’excellente qualité : qu’elles soient ici à nouveau remerciées de leur participation experte et exigente.
La responsabilité du jury est grande car l’attribution du Prix Niépce constitue
toujours pour le photographe lauréat une consécration doublée d’une aide
appréciable pour continuer à financer son travail grâce à Canon France qui dote le Prix de 8000€ depuis 2001.
La tâche était donc ardue pour départager les 13 candidats : Marie Amar, Eric Aupol, Christophe Beauregard, Valérie Belin, Tiane Doan Na Champassak, Fabiana Figueiredo,
Charles Fréger, Gerald Garbez, Ronan Guillou, Arno Gisinger, Vincent Munier, Jürgen Nefzger et Jérôme Soret.
La diversité des regards, des sujets, des traitements photographiques a demandé beaucoup d’attention de la part des membres du jury et a fait l’objet de vives délibérations pour confirmer et récompenser l’oeuvre du ou de la photographe qui, à mi-parcours de sa carrière, symboliserait le mieux « l’air du temps ».
Jean-Marc Lacabe, directeur de la galerie du Château d’eau, à Toulouse, qui a
parrainé le lauréat 2008, a très bien défini le Prix qui, selon ses propos, doit
distinguer un photographe de métier qui par le sérieux et le respect mis dans ses intentions et pratiques professionnelles atteint à l’Art.
De par le règlement, les délibérations du jury sont secrètes et ne peuvent pas faire l’objet d’une communication détaillée. Il ne m’est donc pas possible de retranscrire ici la tension, les propos et l’alchimie développés pendant cet après-midi de travail.
Ce que je puis dire, c’est que la lutte fut très serrée autour de quelques noms et que la présidente du jury, Sylvie Aubenas, directrice du département des estampes et de la photographie à la Bibliothèque nationale de France, a dû user de sa voix prépondérante pour départager, au final, Arno Gisinger et Jürgen Nefzger.
Comme elle l’a expliqué dans le salon d’honneur de la BNF, le soir de la
proclamation du nom du Lauréat, le 6 juin dernier, le nom de Jürgen s’est imposé face à Arno parce que le nombre de votes en sa faveur, cumulés sur l’ensemble des tours de scrutins, était supérieur à celui recueilli par Arno dont le travail lié à l’Histoire est en tout état de cause passionnant.
Mais plus encore que ces règles comptables nécessaires et déterminantes, c’est le caractère novateur et artistique de son approche documentaire du paysage et des
évolutions de notre environnement qui a emporté l’adhésion des membres du jury et de leur présidente . « Chaque photographie fait sens dans une modernité revendiquée et mise en doute ; elle constitue son propre enjeu esthétique et porte sa part d’émotion » explique Jean-Marie Baldner dans l’ouvrage de Jürgen intitulé Hexagone.
Formé à l’Ecole nationale de la Photographie, à Arles, Jürgen a très bien parlé de son travail lorsqu’il l’a présenté au public de Gens d’images, fin juin, à l’auditorium de la Maison européenne de la photographie. Déterminé, précis, rigoureux, drôle parfois, il critique avec légèreté et bienveillance le monde dans lequel il vit, et ses
photographies n’en sont que plus efficaces pour dénoncer les failles de notre
modernité ; mais sans l’émotion qui les imprègne, tout cela ne serait pas suffisant : C’est ce savant alliage qui forme le talent de Jürgen Nefzger. Et c’est ce talent qui lui a valu le Prix Niépce, décerné chaque année depuis 1955 !
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