L’exposition comprend 40 tirages photographiques argentiques barytés virés au sélénium et sépia.
Ces grands formats carrés de 1m20 sur 1m20 d’une rare qualité, sont le témoignage de la richesse et de la beauté du noir et blanc.
Une exposition exceptionnelle réservée aux amateurs de photographies classiques.
Quelques mots de Francis Hodgson sur la photographie de Josef Hoflehner
Un certain type de photographie restitue au paysage ces qualités qui, au XIIIème Siècle, suscitaient un sentiment quasi d’horreur en confrontant la taille infime de l’être humain à la nature et ses terribles pouvoirs. Certes, la photographie est toujours plus ou moins littérale mais ce genre de paysage ne cache pas ses intentions d’être traité comme une métaphore. Josef Hoflehner est en passe de devenir un des plus éminents représentants de ce type.
C’est ainsi qu’on ne peut regarder sur une photo de Joseph Hoflehner la minuscule Statue de la Liberté sur son île marécageuse sans penser à ces cultures lagunaires disséminées sur la planète, en ces lieux - tel Venise en première place ! - où l’oeuvre humaine est sans cesse menacée. Nous nous sommes habitués depuis le 11 septembre 2001 à voir planer une menace sur Manhattan. Vue sous cet angle, l’élévation des eaux de l’Atlantique de quelques centimètres apparaît comme un grave danger permanent. Hoflehner a le don de créer cette sorte d’impression, et il sait comment l’entretenir.
Il y a diverses origines à la photographie sublime contemporaine, telle cette lignée britannique pour qui le noir et blanc est tout autant un spectre moral qu’un spectre chimique. Le ton avait été donné par les paysages de Bill Brandt - dont les contrastes se sont fait plus marqués au fil de sa carrière - et Hoflehner a certainement hérité de certaines de ses qualités, sans doute par le biais de remarquables descendants de la lignée Brandt comme Michael Kenna. On trouvera une autre origine à ce type de photographie dans les arts anciens du Japon, la calligraphie et la gravure sur bois notamment, dont l’essence a été transmise par de grands poètes du minimalisme: Hiroshi Sugimoto ou Shoji Ueda, entre autres. Une dernière parenté est celle de la photographie paysagiste du XIXème siècle par la manière dont Hoflehner traite l’eau, grâce à ses longues expositions (à 1/250e de seconde) qui rendent à l’élément sa fluidité après des années de gel. Rien de tout cela n’est le fruit du hasard. Hoflehner utilise peu de matériaux mais fait passer un message d’une grande richesse. Ses plus belles photos méritent d’être regardées souvent et longuement, car elles nous invitent à revenir sur nos intuitions et à nous livrer à une lecture métaphorique. Voyez ce petit arbre fermement soutenu de tous côtés : est- il malade ou prisonnier ?
Une des plus remarquables vertus des photos de Hoflehner est que celles-ci exigent que le spectateur s’implique personnellement. Vous ne serez peut-être pas en mesure d’en conclure dans quel camp politique se situe Hoflehner, mais vous constaterez son engagement envers la nature et sa prise de position contre ce que l’homme lui inflige. Ce sont donc des photos d’un artiste qui nous demande simplement de lui donner raison. Ils sont assez nombreux sur ce créneau-là, direz-vous !! Non, voilà des photos qui invitent le spectateur que vous êtes à réfléchir davantage encore dans sa contemplation avant de s’abandonner à ses seules intuitions.
Souvent, en photographie, l’air est transparent et intervient peu dans la manière dont nous observons. Chez Hoflehner, l’air a toujours une densité qui lui est propre et que notre regard a du mal à percevoir. Ce n’est pas seulement que la photographie affectionne particulièrement les effets de condensation ou de demi-jour, mais parce qu’il nous presse de porter un regard aussi lent que le sien. Un exemple : il a réalisé dans le passé une série d’études de manches à air, ces cônes orange qui claquent au vent sur les aérodromes pour indiquer la direction et la force du vent.
Pour la plupart d’entre nous, ce sont des objets vaguement identifiables qui accrochent l’attention mais qu’on oublie aussitôt. Hoflehner, lui, leur a donc consacré toute une étude. Sous son regard, les manches à air sont devenus des structures de facture humaine au sein d’un environnement apparemment naturel, les signes visibles d’une météo invisible, en quelque sorte des indicateurs économiques dont des lignes, dures ou douces, sont insérées, sont inscrites dans les mêmes objets insignifiants. C’est bien là la manière de travailler de Hoflehner: chercher une matière à réflexion autant qu’un objet de contemplation. Nous pouvons être certains que la raison pour laquelle il nous offre à regarder sa sélection finale atteste qu’il a trouvé quelque chose, aussi banal que ce soit, dans chacune de ses photos.
Il existe un verbe qui se conjugue assez mal dans le domaine de l’art, c’est le verbe compter. Or, Hoflehner veut que ses photos comptent. Certes, elles sont dignes d’offrir un vrai plaisir visuel au spectateur. Mais si vous n’avez vu dans cette collection que des tons gris harmonieusement combinés, il vous faudra y revenir à deux fois, car Josef Hoflehner photographie en engageant toutes les ressources de sa riche culture. Ce n’est pas seulement le travail d’un photographe qui maîtrise toutes les finesses de son métier. C’est de la photographie plus rare encore, celle d’un homme et d’un artiste qui s’adresse à son public pour l’émouvoir et l’amener à réfléchir. Et il approche par là du sublime, au sens propre du terme.
Francis Hodgson
Francis Hodgson est commissaire d’exposition de photographie depuis plusieurs années et, actuellement critique de photographie chez Sotheby’s.
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