Instantanés de vies volés à la réalité des choses et des êtres, dans une errance personnelle au travers des villes où je déclenche le plus souvent l’appareil de manière instinctive et physique, sans forcément viser, comme on joue du hasard, comme une paupière qui cligne, pour capter et garder les mouvements spontanés et les couleurs changeantes de la vie.
Regards sur notre quotidien où des individus se cherchent, se trouvent, s’absentent ou se fondent dans des décors urbains parsemés du langage imagé et signifiant : pictogrammes colorés, sigles et signes codifiés, chiffres et lettres, représentations figées et modelées du monde et des hommes, des règles et des lois de notre société.
Comme on chercherait à évaluer les limites entre ce que l’on nous impose et ce que nous vivons, comme on chercherait à mesurer le poids de tous ces éléments sur nos existences, je juxtapose ce double regard sur notre quotidien dans l’association de deux images, extraites du bloc-notes visuel où j’accumule chaque jour mes “visions” du monde.
Et dans la dualité de deux univers jusqu’alors séparés, de deux images qui pourraient se lire “à part”, se créent de nouveaux rapports, connivence ou affrontement où les couleurs et les formes s’appellent, se répondent, se fondent, se fuient, où les mouvements s’opposent, s’associent, s’imbriquent ...
Ces recompositions de la réalité sont comme des interrogations personnelles sur le sens de nos existences dans une période paradoxale et plurielle où les valeurs s’entrechoquent et où je me cherche et me retrouve dans l’apparence des choses et des êtres que je photographie.
Elles sont surtout autant de lectures possibles et multiples d’histoires qui se racontent à celui qui veut bien les regarder.
Des histoires qui n’ont pas encore eu lieu, qui vont avoir lieu, que rien ne pourra empêcher d’avoir lieu, les histoires de nos vies.
Catherine MERDY – 2000
2Ce travail a commencé en 2000. Etrange coïncidence que cette date, sans doute aussi, tout un symbole : un chiffre si clair, un deux suivi de trois zéro.
Je venais d’avoir 32ans ; je collectionnais depuis deux années une foule d’images de mon quotidien, retrouvant peu à peu le goût de la photographie, médium d’expression que j’avais délaissé au profit de l’image en mouvement dans la pratique de mon métier de cameraman.
Dans l’utilisation de « toyscamera », j’allais redécouvrir la liberté de déclencher sans aucune contrainte technique, de manière instinctive et spontanée ; un besoin viscéral et vital de re-déclencher l’appareil et de m’approprier une partie du monde qui m’entoure.
Mon travail sur l’instantané photographique est un travail sur notre quotidien dans son contenu et son environnement. Mon regard s’arrête sur des instants de vie, le détail d’un geste, un regard, le mouvement de ceux que je croise au hasard ou de ceux qui m’entourent. Il s’attarde aussi sur les signes, les chiffres, les lettres, les symboles, sur tout élément de notre décor urbain que souvent, nous ne voyons plus, devenu commun, voire insignifiant.
Dans ces détails banals, dans ces couleurs que je sature et dont je joue, dans ces mouvements figés, dans le flou, dans ces décadrages involontaires, je veux y voir et révéler la poésie de la vie, celle-là même que l’on oublie si vite dans nos vies urbaines et qui nous fait si souvent défaut.
Le « 2 » est né de la volonté de recomposer à partir de toutes ces images isolées une nouvelle image, composée de la juxtaposition systématique de deux images le diptyque comme logique binaire.
Ces associations se veulent être comme des histoires, la mienne, celle de ceux qui m’entourent, la votre, la Notre.
Je suis ce chiffre 1 qui additionné au 2 pourrait créer la rupture.
Je suis cet oeil rouge et vif qui jette son éclair sur le souvenir mouvant mais figé d’un instant magique. Je suis cet enfant au milieu d’un monde si fragile. Je suis cette femme en escale qui emporte avec elle le rouge passionné d’une liaison secrète.
Je suis cette femme, je suis cet enfant, nous le sommes tous un peu, vous l’êtes peut-être beaucoup.
Comme on monte un film, je confronte, je lie, j’affronte. Je joue du raccord parfait, du champ contre champ, de la violence d’un faux raccord, de la douceur d’un fondu-enchaîné, laissant chaque image recomposée du « 2 » en suspens à l’interprétation personnelle de mes spectateurs.
Il n’y a pas de guide pour expliquer. J’aime l’idée que les regards voyagent dans mon pays imaginaire du « 2 ».
On pourrait expliquer le « 2 » par le simple fait qu’il s’agit de l’association de deux images, mais le deux est partout aussi bien dans la forme que dans le contenu : double regard, le mien, le votre ; la paire, le double, le couple, un choix. Je joue de l’am- BIvalence dans le deux en un, je m’amuse de l’amBIguïté dans le sujet ou dans l’association. Je laisse le choix de deviner les différents DEgrés de lectures possibles et la possibilité à chacun de trouver un DEvenir personnel à chaque composition.
Toutes mes images sont une quête personnelle à travers l’errance : promenades nocturnes, déambulations citadines.
Les deux premières saisons sont parisiennes et bruxelloises.
Mais peu m’importe le lieu, si ce n’est l’idée que par ma seule présence et par ce geste simple de photographier, je deviens l’actrice d’une histoire qui ne m’appartient pas encore. Mon travail n’a de sens que dans cette « pulsion » de déclencher l’appareil pour aller à la découverte des choses et des êtres. Il n’y a dans mon travail aucune mise en scène, aucune volonté de raconter une histoire pré-établie, ni de rapporter une oeuvre documentaire.
Je traque la vie à l’état brut et mes associations sont un regard personnel sur notre monde contemporain.
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