inscrivez-vous Pas encore membre ? Inscrivez-vous | Connexion Connectez-vous

 
Rubrique(s) : expositions, > Thomas Chable L'Afrique suspendue Odeurs d'Afrique - Brûleur - Site de Lucy


Thomas Chable L'Afrique suspendue Odeurs d'Afrique - Brûleur - Site de Lucy
+0
moins
plus


Le 2011-10-05 18:29:09

Partager:


g

Il y a quinze ans, Thomas Chable rencontrait l’Afrique pour la première fois. Décrire cette relation entre le photographe et le continent africain, c’est un peu comme raconter l’histoire de deux êtres qui se découvrent. Il faut d’abord prendre tout le temps nécessaire, écouter, parler, sentir, échanger et faire un bout de chemin ensemble. C’est ainsi que se déroulent ses premiers voyages, Sénégal, Niger, Mali, Burkina Faso, … durant lesquels il réalise les premières photographies d’Odeurs d’Afrique où transparaissent les saveurs subtiles de la rencontre. Et puis il y a le temps si particulier sur ce territoire, qui ne ressemble à rien que l’on connaisse, qui est «comme un vieil élastique», écrit Thomas Chable, «il s’étire et reprend sa place, repart dans un sens, celui où l’on n’en voit plus le bout, et disparaît. Il n’en reste qu’un ersatz dont on se demande à quoi il tient encore*.» Les photographies de ce premier rendez-vous sont baignées de cette ambiance singulière où l’espace semble aussi indocile que les instants qui passent, quand le cadre glisse vers le hors-champ, s’accroche aux ombres ou à des petits riens fugitifs, découpe les corps pour n’en laisser que des fragments énigmatiques. Après trois années, et «des jours comme ça, à essayer d’attraper la queue du temps…*», le projet Odeurs d’Afrique s’achève en 1997.
En 2001, le photographe apporte un nouveau témoignage sur ces populations en partageant avec elles une autre forme d’intimité, celle des Brûleurs. Cette longue enquête dure cinq ans durant lesquels Thomas Chable va accompagner et partager le quotidien des hommes qui abandonnent tout dans l’espoir d’une vie meilleure en Europe. Depuis la région sub-saharienne, d’où viennent beaucoup d’entre eux, il faut parcourir des milliers de kilomètres et traverser le Sahara pour rejoindre Tanger ou Ceuta, sur la côte marocaine. Ces premiers obstacles franchis, il faut survivre dans des abris de fortune et des hôtels miteux, et tenter le passage clandestin encore et encore. Traverser à nouveau les 500 km du désert marocain, à pied, démuni de tout, quand on est pris par les douaniers, déshabillé et emmené en bus par la police marocaine pour être abandonné à la frontière algérienne. C’est cela «brûler la frontière», risquer pendant des mois, ou des années, la traversée de ce détroit qui fait trois victimes par jour. Mais c’est aussi sacrifier son identité en brûlant ses papiers, car il ne reste comme seule issue que de renaître dans l’exil, sans espoir de retour. Troublantes et émouvantes, ces photographies nous font entrer dans ce monde où le temps n’a plus de repères, où la vie ressemble à un bateau à la dérive, et où les hommes n’ont plus de noms et ne laissent derrière eux que quelques mots gravés sur le fond d’un tiroir dans une chambre d’hôtel, traces dérisoires de leur passage, comme une bouteille à la mer. Aujourd’hui, c’est en Ethiopie, la terre de nos ancêtres à tous, que Thomas Chable a choisi de réaliser le troisième volet de cet essai photographique exceptionnel. Il l’a appelé le site de Lucy, comme un souffle de mémoire qui arrive jusqu’à nous.
Annie-Laure Wanaverbecq



   Réagissez à cet article


Pseudo


Email (Confidentiel)


Commentaire




Code de validation






Mots clés / Tags : chable, thomas, temps, tres, photographies, encore, ucirc, faut, afrique, fronti, bout, res, marocaine, traverser, nouveau, hellip, durant, lesquels, premiers, espoir,

Partager:

Permalien :


  Articles dans la même rubrique
  Dmitry Baltermants : 
The Sovjet Union between 1940s and 1970s
War, Life & Glory

DIEHL starts its “Flaneur” selection with 42 works of the Soviet photo journalist Dmitry Baltermants. Best known for his pictures of the Soviet battlefield during World War II.

During World War II, Baltermants covered major battles for Izvestia and for the Red Army newspaper Na Razgrom Vraga. He fought and photographe...

    Lire la suite



  Franck Boutonnet pour une série sur l'Argentine

Le 24 mars 1976, le peuple argentin subit un coup d’état militaire. C’est le début d’une ère de répression sanglante, où quelque 30 000 personnes disparaissent et près de 500 bébés sont volés. Mais s’ouvre également une période d’ultralibéralisme d&ea...

    Lire la suite



  La côte chinoise par Zhang Xiao

Blindspot Gallery is pleased to present Coastline featuring emerging Chinese photographer Zhang Xiao’s award-winning series Coastline that focuses on the continuous 18,000 kilometres of China’s coastline. The series does not merely capture the seaside landscape of these coastal areas, but also witnesses the changes o...

    Lire la suite



  Le "In/Out" de Catherine Lambermont

Du dépouillement des clichés de Catherine Lambermont se dégage une poésie narrative. Ses images composent une suite d’instants d’observation libre. Son travail réhabilite le continuum qui caractérise chaque frontière. La frontière est le lieu du lien. Entre le corps et l’es...

    Lire la suite



  Eric Rondepierre à l'Arsenal de Metz

Eric Rondepierre a choisi de montrer au sein d'un travail multiforme, certaines des oeuvres qui ont partie liée au cinéma, depuis ses débuts en 1992. Sur un parcours de vingt ans, 56 pièces ont été prélevées dans dix séries : Excédents, Annonces, Précis ...

    Lire la suite



  Simone Nieweg, la photographe des paysages

Simone Nieweg is a photographer of gardens and landscapes. Her work, as it has manifested itself over the past thirty years, knows no other interest. At the same time, a certain serenity hovers over her pictures. In them, nature seems entirely focused on itself. One immediately notices that human beings are absent. The allure of colors and shapes...

    Lire la suite



  Les "Corps & Graphie" de Gérard Uféras

« Je ne peux m’empêcher, atteste Gérard Uféras, d’associer la pratique de l’Art à la notion d’amour et de partage ». (extrait de son livre Etats de grâce, éditions du Fantom)

Vingt années durant, Gérard Uféras a &eac...

    Lire la suite



  Du nouveau à la Pobeda Gallery

«Egyptian pack» evokes many associations - here are both Petersburgers favorite topic of werewolves (see the movie of E. Yufit «Corpsmen werewolves») and references to the Perm animal style.

Also we can recall British film «The Wicker Man» (1973) with its ritual procession of the man-beasts, ho...

    Lire la suite



 


Photographe(s)

Thomas Chable

Maison de la Photographie Robert Doisneau
1 rue de la Division du Général Leclerc
94250 Gentilly 
France

Voir tous les lieux

Du 25/9/2008 au 30/11/2008

Statut : expositions terminé











 




Photographier c'est tendre un piège. Soit on met en place la trappe et on attend que la victime tombe dedans, et on appelle cela du reportage ; soit on déplace la trappe pour qu'elle tombe dedans à coup sur, et on parle d'art.
Pierre Movila   














     Inscrivez-vous


     Dès maintenant et restez informé
     de toute l'actualité photo !