inscrivez-vous Pas encore membre ? Inscrivez-vous | Connexion Connectez-vous

 
Rubrique(s) : expositions, > Yves Humbert Vie/Rage


Yves Humbert Vie/Rage
-1
moins
plus


Le 2011-10-05 18:29:09

Partager:


g

Yves Humbert
L’image en état de poésie
« La photographie c’est une question de passion. Moi, j’existe par la photo. Une image, c’est une parcelle de soi-même. Créer, c’est un moyen de survivre et surtout de se créer une autre réalité.» Ce propos d’Yves Humbert peut être considéré comme le credo de ce Nyonnais, poète de l’image et arpenteur de rêves, qui a pendant près de 30 ans poursuivi inlassablement sa quête d’absolu, la résumant à sa manière: «J’essaie de comprendre la lumière, comprendre le paysage, comprendre le pourquoi. Je me baigne dedans…»
Disparu en 1996 à l’âge de 48 ans, Yves Humbert a traversé la vie comme un météore mais en nous léguant une oeuvre éblouissante dont on redécouvre avec émotion la qualité, la richesse et l’ampleur en cette année où trois expositions lui sont dédiées. Une belle occasion de se souvenir aussi, et avec amitié, de l’homme Humbert, ce personnage attachant, sensible, ombrageux, aux coups de gueule légendaires mais à la tendresse à fleur de peau, généreux, exigeant avec lui-même, dont le regard fouillait, transperçait le vôtre pour se traverser soudain d’un éclair rieur et malicieux. Lorsqu’il condescendait à parler de son travail, Yves Humbert ne disait rien au hasard, mais nous entretenait de choses essentielles qui éclairent aujourd’hui l’homme et son oeuvre. Ainsi confiait-il, «je veux faire des choses qui me sortent des tripes, de ce que j’ai de plus profond en moi, que ce soient violences, impulsions, passions.
Une fois que ma démarche m’a conduit à une création, c’est terminé, il y a autre chose de plus important. A la limite, je peux déchirer la photo.»
Dans le secret de son laboratoire, lieu de transmutations secrètes, il a oeuvré en alchimiste inspiré manipulant la photographie, la disséquant, la recomposant en y insérant fragments de lumières lacustres, courbes féminines, ailes d’oiseaux, végétaux. Il dialoguait avec le moelleux papier à la cuve, interrogeait les virages. Pour chercher, inlassablement, «cette autre chose qui est derrière, cette réalité détournée. Une atmosphère…» Pour que l’image épouse peut-être, enfin, son rêve et son angoisse. Ses poudres philosophales ce furent les sels d’argent et surtout d’or avec lesquels il se mit en quête pendant 20 ans d’un bleu (celui du lac) qui dansait dans sa tête. «Lorsque je l’ai trouvé, ce fut magique. J’étais un petit artisan et soudain je me suis senti sorcier.»
S’il est une chose qu’Yves Humbert rejetait avec violence, c’était l’idée de faire «de la belle image». «Cela ne m’intéresse pas. Ce qui me passionne, c’est le regard, puis le cheminement de la pensée. La photo créative, qui est une façon d’exprimer son angoisse, sa vision, sa réalité, devient un art intellectuel. C’est une réflexion permanente donc un art de vivre. D’ailleurs, je ne prétends pas être un artiste. Je suis un rêveur et un contemplatif.» Sa dernière exposition se tint en décembre 1995 à l’Usine à Gaz de Nyon. Cultivant le mystère, il s’engageait de plus en plus sur la voie de l’abstraction. Les formes s’érodaient, se dissolvaient en une écriture de signes, traces allusives, lambeaux de rêves, souvenirs d’émotions. Du cri, on passait au murmure. A la mezzanine, un mobile porteur de photos froissées - construit par son ami Georges Allenbach - tournait doucement, en silence. A terre, on découvrait, symbolisant «des choses terminées», une étrange installation faite d’objets, renard empaillé, squelette de belette, miroir cassé. Un peu funèbre lui avait-on fait remarquer. Yves avait haussé les épaules. «Oui, c’est la muerte. Tu sais bien… la mort, l’amour, la vie… tout ça c’est si proche.» Dix mois plus tard il s’endormait à jamais dans ce lac tant aimé dont il avait magnifié les lumières. Françoise Gentinetta



   Réagissez à cet article


Pseudo


Email (Confidentiel)


Commentaire




Code de validation






Mots clés / Tags : yves, humbert, image, hellip, te, j, alit, choses, photo, chose, comprendre, avait, lumi, oeuvre, inlassablement, vie, belle, ai, res, lac,

Partager:

Permalien :


  Articles dans la même rubrique
  Dmitry Baltermants : 
The Sovjet Union between 1940s and 1970s
War, Life & Glory

DIEHL starts its “Flaneur” selection with 42 works of the Soviet photo journalist Dmitry Baltermants. Best known for his pictures of the Soviet battlefield during World War II.

During World War II, Baltermants covered major battles for Izvestia and for the Red Army newspaper Na Razgrom Vraga. He fought and photographe...

    Lire la suite



  Franck Boutonnet pour une série sur l'Argentine

Le 24 mars 1976, le peuple argentin subit un coup d’état militaire. C’est le début d’une ère de répression sanglante, où quelque 30 000 personnes disparaissent et près de 500 bébés sont volés. Mais s’ouvre également une période d’ultralibéralisme d&ea...

    Lire la suite



  La côte chinoise par Zhang Xiao

Blindspot Gallery is pleased to present Coastline featuring emerging Chinese photographer Zhang Xiao’s award-winning series Coastline that focuses on the continuous 18,000 kilometres of China’s coastline. The series does not merely capture the seaside landscape of these coastal areas, but also witnesses the changes o...

    Lire la suite



  Le "In/Out" de Catherine Lambermont

Du dépouillement des clichés de Catherine Lambermont se dégage une poésie narrative. Ses images composent une suite d’instants d’observation libre. Son travail réhabilite le continuum qui caractérise chaque frontière. La frontière est le lieu du lien. Entre le corps et l’es...

    Lire la suite



  Eric Rondepierre à l'Arsenal de Metz

Eric Rondepierre a choisi de montrer au sein d'un travail multiforme, certaines des oeuvres qui ont partie liée au cinéma, depuis ses débuts en 1992. Sur un parcours de vingt ans, 56 pièces ont été prélevées dans dix séries : Excédents, Annonces, Précis ...

    Lire la suite



  Simone Nieweg, la photographe des paysages

Simone Nieweg is a photographer of gardens and landscapes. Her work, as it has manifested itself over the past thirty years, knows no other interest. At the same time, a certain serenity hovers over her pictures. In them, nature seems entirely focused on itself. One immediately notices that human beings are absent. The allure of colors and shapes...

    Lire la suite



  Les "Corps & Graphie" de Gérard Uféras

« Je ne peux m’empêcher, atteste Gérard Uféras, d’associer la pratique de l’Art à la notion d’amour et de partage ». (extrait de son livre Etats de grâce, éditions du Fantom)

Vingt années durant, Gérard Uféras a &eac...

    Lire la suite



  Du nouveau à la Pobeda Gallery

«Egyptian pack» evokes many associations - here are both Petersburgers favorite topic of werewolves (see the movie of E. Yufit «Corpsmen werewolves») and references to the Perm animal style.

Also we can recall British film «The Wicker Man» (1973) with its ritual procession of the man-beasts, ho...

    Lire la suite



 


Photographe(s)

Yves Humbert

Galerie Focale
4, Place du Château
1260 Nyon 
Suisse

Voir tous les lieux

Du 22/6/2008 au 3/8/2008

Statut : expositions terminé











 




Chaque fois que je photographie une femme, j'ai l'impression de faire reculer les frontières de la mort.
Lucien Clergue   














     Inscrivez-vous


     Dès maintenant et restez informé
     de toute l'actualité photo !