inscrivez-vous Pas encore membre ? Inscrivez-vous | Connexion Connectez-vous

 
Rubrique(s) : expositions, > OUTRE-MER des mémoires coloniales


OUTRE-MER des mémoires coloniales
+0
moins
plus


Le 2011-10-05 18:29:09

Partager:


g

INSTALLATIONS PHOTOGRAPHIQUES ET SONORES

"On me parle de progrès, de réalisations, de maladies guéries, de niveaux de vie élevés audessus d'eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, de cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées. On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de route, de canaux, de chemin de fer. Moi je parle de milliers d'hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l'heure où j'écris, sont en train de creuser à la main le port d'Abidjan. Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme. On m'en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d'hectares d'oliviers ou de vignes plantés. Moi je parle d'économies naturelles, d'économies harmonieuses et viables, d'économies à la mesure de l'homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières." AIMÉ CÉSAIRE, DISCOURS DU LE COLONIALISME, 1950

DEPUIS QUELQUES ANNÉES, PLUSIEURS ÉVÈNEMENTS ONT SUSCITÉ DES DÉBATS VIFS, ET PARFOIS CONFUS, SUR LE PASSÉ COLONIAL DE LA FRANCE : LA LOI CONTROVERSÉE DU 23 FÉVRIER 2005 SUR « LE BILAN POSITIF DE LA COLONISATION », LA SORTIE DU FILM INDIGÈNES, LE DÉBAT SUR LA DISCRIMINATION POSITIVE, LE DISCOURS DE NICOLAS SARKOZY SUR « L’HOMME AFRICAIN » À DAKAR, L’APPEL « DES INDIGÈNES DE LA RÉPUBLIQUE ».
L’histoire coloniale, longtemps occultée, résonne aujourd’hui encore. Une histoire mal connue, mal digérée qui nous interroge sur nos difficultés à vivre ensemble et à accepter les populations issues des immigrations post-coloniales comme faisant partie intégrante de notre société. Les discours actuels sur le déclin de la France, les crispations sur les questions d’identité nationale, révèlent des peurs individuelles et collectives face à un contexte mondialisé. Les rapports de force se déplacent. La France a perdu la place prépondérante qu’elle avait acquise avec la colonisation. Faut-il pour autant regretter « le temps béni des colonies »? QUELLES TRACES RESTE-T-IL AUJOURD’HUI EN FRANCE DE CE PASSÉ COLONIAL ?

NOUS NOUS SOMMES INTERROGÉS SUR CETTE MÉMOIRE ET SUR LES SIGNES QUI SUBSISTENT SUR NOTRE TERRITOIRE. YO-YO GONTHIER A PHOTOGRAPHIÉ DEPUIS 2003 DES MONUMENTS, DES PLAQUES COMMÉMORATIVES, DIVERS OBJETS, FAISANT RÉFÉRENCE À LA COLONISATION.
La plupart sont des monuments aux morts. Un certain nombre évoquent le sacrifice des soldats coloniaux. Des la conquête, la France s’est en effet appuyée sur ces hommes pour asseoir sa domination. Ils ont également payé un lourd tribut lors des deux Guerres mondiales. Des « indigènes » ont ainsi combattu pour la France des conquêtes jusqu’aux indépendances. D’autres monuments célèbrent ceux qui se sont consacrés à la construction de l’Empire. Ils présentent différents degrés d’apologie de la colonisation. Enfin, un dernier type de monument, beaucoup plus rare, rend hommage à des hommes qui ont combattu ce processus de domination, ou dénonce l’attitude des autorités françaises envers les peuples colonisés. DANS L’IDÉE D’UN DIALOGUE AVEC LES PHOTOGRAPHIES, L’ÉCRIVAIN SOPHIE MAURER A ÉCRIT DE BREFS TEXTES DE FICTION QUI RENDENT COMPTE D’UNE DIVERSITÉ DE PARCOURS, DE POINTS DE VUE ET DE VÉCUS LIÉS À CES CONFLITS.
Inscrits dans un registre plus intime, ils évoquent différents protagonistes de cette histoire, y compris ceux qui sont si rarement cités dans ces monuments officiels, pour interroger sous une forme littéraire les relations qui se nouent entre mémoire, histoire et temps.

EN COMPLÉMENT DE L’INSTALLATION QUI RÉUNIT CES PHOTOGRAPHIES ET CES RÉCITS, NOUS AVONS IMAGINÉ UN SALON COLONIAL, REPRENANT LA FORME ACCUMULATIVE DES CABINETS DE CURIOSITÉS.
Nous y présentons la matière documentaire assemblée depuis plusieurs années autour de ce projet : des reproductions d’affiches ou de cartes postales datant de l’époque coloniale, des objets, des chansons, des articles de journaux, des livres, renvoient au contexte dans lequel ces monuments ont été érigés. Cette documentation permet aussi de mesurer combien la colonisation a marqué la culture française.
L’un des enjeux de ce projet serait de dépasser les douleurs partisanes et de prendre conscience des souffrances endurées par chacun. Chaque groupe impliqué dans la colonisation revendique la reconnaissance de sa place dans le récit national. Cela se manifeste entre autres à travers la réalisation de monuments. Depuis quelques années, une certaine fièvre commémorative s’est d’ailleurs développée. Dans ce contexte, certains demandent à la France réparation pour les crimes commis dans le cadre de sa politique coloniale. D’autres tentent de réhabiliter l’Empire, quitte à nier, ignorer ou relativiser les douleurs et les injustices engendrées par ce système.
Ces différents points de vue sont souvent intimes, affectifs, liés à des parcours individuels ou familiaux.
Les politiques de commémoration ne suffisent pas à apaiser les blessures mémorielles nées de cette Histoire.
Parfois, ces monuments peuvent même raviver la guerre des mémoires. Comme le souligne Eric Savarese, « lorsque les troubles du présent sont convertis en enjeux de mémoire, la célébration peut constituer un obstacle à la compréhension.
Dire la mémoire de façon solennelle et multiplier les commémorations officielles n’apportent rien si les traumatismes ne sont pas expliqués. »1 Nous ne défendons en rien le processus colonial, système de domination politique, économique et culturelle, qui contredit le principe fondamental d’égalité. Certains prétendent que les braises sont encore chaudes et qu’il ne faut pas les ranimer. Sans véhiculer un discours repentant et stérile, mais en restant lucides sur les exactions commises au nom de la colonisation, nous pensons que ces mémoires, ces histoires, aussi contradictoires et douloureuses soient-elle, doivent être révélées et partagées.

LE TRAVAIL PHOTOGRAPHIQUE DE YO-YO GONTHIER NOUS QUESTIONNE SUR CE PASSÉ ET SUR SES RÉMINISCENCES.
CES MONUMENTS NE SONT QUE DES PANSEMENTS SUR DES PLAIES MAL CICATRISÉES.
S’ils permettent parfois une reconnaissance publique des souffrances vécues, ils ne doivent pas se substituer au travail des historiens, essentiel pour accéder à une compréhension véritable de ce qu’a été l’histoire coloniale de la France.
Nous espérons que ce projet amènera le public à poursuivre cette réflexion, à nuancer son jugement sur cette période complexe et à s’appuyer sur la diversité des recherches qui s’y rapportent. Cette exposition permettra peut-être d’ouvrir un espace de dialogue et d’atténuer certaines intolérances qui se sont transmises jusqu’à nos jours.
Marie Guéret, Coordinatrice du projet OUTRE-MER, 22 mars 2008



   Réagissez à cet article


Pseudo


Email (Confidentiel)


Commentaire




Code de validation






Mots clés / Tags : monuments, france, colonisation, histoire, parle, discours, depuis, yo, comm, moire, colonial, hommes, coloniale, indig, projet, autres, domination, vue, ann, contexte,

Partager:

Permalien :


  Articles dans la même rubrique
  Jiang Zhi : « Love Letters »

Jiang Zhi’s photographs consistently communicate with the viewer from the mind of a poet or writer. Poignant in meaning and stunning in their visual arrest, Jiang Zhi’s photographs continue to decode the meaning and fragility of the human heart, and are successful in speaking across native cultures to the greater global, human condition. Longing, memo...

    Lire la suite



  Dominique Fraikin expose ses « Libres voilées »

"Qui sont ces religieuses qui ont adhéré à l’aventure photographique de Libres voilées dans un parfait esprit de collaboration et d’ouverture ?

C’est elles-mêmes, nous parlant de leur vie de tous les jours, qui nous éclaireront, en mots simples, sur leur engage...

    Lire la suite



  Katarzyna Majak : « Women of Power »

Women of Power consists of 29 color photographs depicting Polish witches, healers, sorceresses, visionaries, spiritual leaders and shamanic techniques practitioners.

According to what Ewelina Jarosz wrote about Women of Power : "The title points to Katarzyna Majak's intenti...

    Lire la suite



  Yves Marcellin présente ses « remémorations » à la Kiron Galerie

C’est à une invitation à la sérénité et à un retour sur soi que nous propose Yves Marcellin dans cette exposition inédite, installation photographique consacrée aux cinq remémorations du Bouddha.

Empreint des écrits du vénérable moine bouddhiste Thich Nhat Hanh, et plus particulièrement sensi...

    Lire la suite



  Michael Ruetz « The family of dog »

With "The Family of Dog", Michael Ruetz has created, over the last 50 years, a unique body of photographic work. Superficially, these images might appear to pay tribute to the established forms of animal photography. But a second, more focused view shows that the reverse is true. Ruetz' pictures are as far removed from those of the animal specialist...

    Lire la suite



  Jill Magid : « Failed States »

Failed States is an exploration of coincidence and poetics amid the barriers and bureaucracy of governmental power.

In January 2010, while on a trip to research the history of snipers in Austin, Texas, Magid witnessed a mysterious shooting on the steps of the State Capitol. After attempting to speak with a state empl...

    Lire la suite



  Hell Raisers à la Galerie Les Filles du Calvaire

Une Ford Pick-up, une Pan/Shovel 66, une Custom 2004 (Jeffrey), une Triumph 69 (Vince), une El Camino 64, une Bel Air 65 (peinte par Vince), une Duo Glide 62, une Comet (qui appartenait à Steve Mc Queen), une Special Construction 2000 (toutes, OM), une Harley 1969, une Dyna 2003 (Wes),une Pan 59, une Pan 62, une Pan 65 (John Copeland), une Sportster 68 (Dr...

    Lire la suite



  « L'émouvantail », le conte photographique de Stéphane Fedorowsky

Le conte photographique l’Emouvantail, se veut être « l’Echo » d’une histoire d’amour entre un épouvantail etune jeune femme, la Dame de l’O qui pourrait être celle de chacun d’entre nous… Mais pas seulement…

Souvent associé à un personnage eff...

    Lire la suite



 


Photographe(s)

Yo-Yo Gonthier

Espace Khiasma
15 rue Chassagnolle
93260 Les Lilas 
France

Voir tous les lieux

Du 15/5/2008 au 30/6/2008

Statut : expositions terminé











 




En art comme en amour, l'instinct suffit.
Anatole France   














     Inscrivez-vous


     Dès maintenant et restez informé
     de toute l'actualité photo !