Il n’y a pas une ombre d’humanité qui affleure sur les murs de la vaste entreprise photographiée par Francesca Bertolini. Il n’y a aucune trace : seulement les objets, papiers, cintres pour les vêtements – il s’agit d’une entreprise connue du secteur de la mode – vieilles affiches avec des coiffures d’un autre temps, téléphones poussiéreux, tables.
Dans ces espaces Bertolini a travaillé pendant plusieurs années. Elle a regardé ce lieu avec la mélancolie qui frappe à chaque fois que l’on se trouve dans un endroit abandonné où l’on a passé de longues périodes de sa vie.
Son travail ne veut pas susciter les larmes ou émouvoir facilement.
Il s’agit plutôt d’images de la mémoire. Ici le temps s’est arrêté. Les travailleurs sont partis le vendredi en emmenant le strict minimum. Et le lundi ils travaillaient déjà dans le nouveau siège de l’entreprise.
Une année après cet abandon, Francesca Bertolini est entrée pour photographier des absences qui deviennent dans ses images des présences. Ce sont des photographies de sensations, de perceptions subtiles.
La lumière est toujours naturelle : la lumière artificielle aurait révélé une mise en scène non voulue.
Ainsi s’explique le choix de travailler en noir et blanc, en contraste avec les images de mode de notre temps, presque toujours en couleurs.
Ce sont seulement des photographies des intérieurs, aucun regard vers ce qu’il y a au-delà de la fenêtre, à la vie qui bat, au monde qui continue à vivre.
A l’heure « h » les espaces se sont vidés. A partir de ce moment-là a débuté, ailleurs, une nouvelle vie pour l’entreprise.
Dans ses images, construites avec soin, émerge la tentative de fixer le moment de la fin. Il s’agit d’une attente silencieuse, immobile, qui réussi à révéler la poésie des petites choses qui sont apparemment, mais seulement apparemment, dépourvues de sens.
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