Martin d'Orgeval - Réquisitoire, Le plancher de Jean
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Le 2011-10-05 18:29:09
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Martin d'Orgeval est né en 1973 à Paris, où il vit et travaille. En même temps qu'une formation poussée en histoire de l'art, il édite le travail du photographe François-Marie Banier, en organisant plusieurs de ses expositions et en publiant un certain nombre de ses livres, dont Perdre la tête (Villa Medicis, 2005, Steidl, Prix du meilleur livre de photographie allemand 2006) et Le Chanteur muet des rues avec l'écrivain italien Erri De Luca (Gallimard, 2006). Réquisitoire est sa seconde exposition.
« OEuvre unique, manifestation d’Art Brut ou art des fous, le plancher de Jean, exposé de manière permanente à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, est un cri qui ne peut laisser aucun de nous indifférent. Sculpté par un homme atteint de schizophrénie, ces quatre grandes pièces de bois, telles un testament, témoignent d’une profonde souffrance.
Dans un souci de vérité documentaire, Martin d’Orgeval a photographié le plancher de Jean comme il a été percé, gravé, incisé : dans sa position horizontale d’origine. Selon une perspective soit frontale soit axiale, il a saisi le plancher non pas comme un tableau, mais comme un élément de la vie quotidienne, le sol sur lequel on marche, on vit, et cela à la lumière naturelle.
Le texte inscrit dans le bois prend d’emblée la forme d’un réquisitoire féroce contre la religion, responsable selon Jean de tous ses maux. Son champ sémantique, décrypté par les photographies, mêle sérénité, agressivité, haine et peur d’une conscience menacée. Des mots accumulés qui disent la violence contenue et les obsessions d’un homme muré en lui-même – culpabilité, guerre, mort, paranoïa. La démarche de Martin d’Orgeval met aussi au jour la brutalité des coups de couteau sur le bois, tous les accidents et dérapages de la lame qui laissent deviner les blessures corporelles. La matière trouée et entaillée ainsi que les parties rongées par l’humidité ajoutent au caractère torturé du personnage et finissent de donner au plancher une dimension expressionniste.
Le regard de l’artiste nous conduit à la rencontre de l’émotion et de l’esthétique : il est un complément au regard médical. »
Jean-Pierre Olié, chef de service de l’hôpital Sainte-Anne
Extrait du livre Réquisitoire, Editions du Regard, 2007
Edité à l’occasion de la présentation de l’exposition à la MEP Paris
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