Au nom de Shoji Ueda, on associe généralement ses images prises dans les dunes : étranges mises en scène de personnages - le plus souvent des membres de sa famille -, dont le charme et l’invention n’ont pas d’équivalent dans l’histoire de la photographie. Le reste de l’oeuvre, qui évolue en marge des traditions documentaires et réalistes, est mal connu, du moins en
dehors du Japon. Shoji Ueda est né dans une région qu’il ne va pour ainsi dire jamais quitter, et c’est un aspect original de son oeuvre : elle se nourrit d’éléments visuels recueillis dans un périmètre limité. Il découvre la photographie à la fin des années vingt et part l’étudier à Tokyo. Mais il revient vite dans sa ville natale où il ouvre un studio et exerce une activité commerciale.
Parallèlement, et c’est ce qui va l’absorber de plus en plus, il participe à des concours, publie des images dans les magazines et rejoint des associations de photographes amateurs. Rien ne l’enthousiasme plus que passer des journées entières avec ses amis à chercher des sujets pour ses photographies. Mais il découvrira aussi dans un magazine anglais les recherches avant-gardistes européennes qui lui ouvrent des horizons. Il acquiert très vite le goût de l’expérimentation, autre caractéristique de son oeuvre.
La guerre interrompt son élan. Quand il reprend la photographie, il développe et diversifie son travail au milieu des dunes : il va parfaire son art dela mise en scène, laissant l’improvisation et la spontanéité s’en mêler.
Sa pratique de la photographie est par ailleurs étroitement associée à la vivacité de son regard et à son esprit ludique. Poésie et humour habitent ses images dont les qualités sont reconnues dès la fin des années quarante. Si bien qu’il est aujourd’hui considéré au Japon comme l’un des photographes les plus brillants de son siècle.
Un musée Shoji Ueda ouvre ses portes en 1995, dans sa région natale, qui lui est entièrement dédié ; celui-ci conserve une belle collection de tirages de sa main et à partir de laquelle cette exposition présentée aujourd’hui à Paris a été conçue. Celle-ci prend une forme rétrospective et se décompose en plusieurs thèmes : les premières oeuvres, le théâtre de la dune, la nature morte et le paysage, les enfants, les voyages et le retour aux dunes.
G.B.
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