Chaque fois que les libertés du Sud ont été menacées, Nîmes s'est naturellement imposée comme le haut lieu au coeur duquel les voix se sont élevées. On se souvient de cette mémorable "levée des tridents" qui, accompagnée par la voix de stentors des personnalités majeures de Languedoc et de Provence, a fait cristalliser les énergies équestres et taurines, et fait reculer les sots qui se refusaient à comprendre et à admettre le culte du Taureau et du Cheval.
C'est dire combien l'amphithéâtre nîmois, de la porte impériale duquel l'architecte romain a fait jaillir devant corps de taureaux voici vingt siècles, joue un rôle éminemment symbolique.
A deux pas donc de la piste où se déroulent des moments
mémorables, Bernard Bouyé nous offre sa vision de l'univers de l'acteur majeur qu'est le gardian.
Qu'il soit professionnel ou amateur, la passion le guide. Passion des grands espaces et des cieux immenses sur les marais, passion de la liberté d'action, relation quasi liturgique avec la dualité blanc-noir qui oppose et réunit à la fois les deux animaux pour lesquels la nuit sur la manade offre le temps mythologique d'un dialogue où l'Homme, fût-il leur gardian, n'a pas de part.
Son rôle est ailleurs : dans les soins quotidiens ; les gestes techniques immémoriaux ; la conduite des cocardiers après leur tri par pays, moment privilégié de prouesses équestres ; la présence aux arènes, où le gardian continue sa vigilance…
Bernard Bouyé s'est voulu témoin de cette vie exaltante, complexe et parfois si simple. Il est à la fois resté observateur neutre d'un univers très affirmé tout en nous révélant l'esthétique qu'une crinière, l'arc d'une corne, un geste de gardian, revêtent. L'arrêt sur image nous permet, dans cet univers d'action rapide (quoi de plus bref qu'un razet ou un "crochet" à cheval pour mettre un taureau dans le droit chemin ?) de saisir toute la perfection ou la beauté de l'instant, dès lors partagé.
Les mots ont beaucoup parlé des gardians (qui sont gens discrets voire secrets…).
Bernard Bouyé donne la "parole" à leurs actes ; allant ainsi dans la voix/voie de Folco de Baroncelli, de Bernard de Montaut-Manse ou du très inspiré Joseph d'Arbaud.
Les "Frères Gardians" de l'auteur de "la bête du Vaccarès" trouvent ici une nouvelle dimension : celle de l'oeil complice qui a su, avec délicatesse et talent, faire partager leurs travaux, leurs jours, leurs gestes et leur noblesse, notamment d'âme.
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