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L'Amour, comment ça va ? Radiographie de l'amour
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Le 2011-10-05 18:29:09

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g A la Villette, une expo sur l'évolution du lien amoureux depuis les années 70 à travers des photos et des installations. par Antoine de BAECQUE Le pavillon en pierre de taille est brut de béton à l'intérieur, et les tubulures des layers, qui supportent les images et la circulation, sont elles aussi à vif. Plus loin, les architectes-scénographes Patrick Bouchain et Isabelle Allégret ont construit un pavillon de bois aux couleurs vives, jumeau de l'ancien mais dédoublé. C'est ça l'amour, c'est liquide et ça circule dans tous les coins ; c'est d'abord une énergie qui emporte tout sur son passage, laissant (ou révélant) les choses dans leur vérité nue. Là, c'est-à-dire partout, les deux commissaires, Arlette Farge l'historienne et Rose-Marie Lagrave la sociologue, ont conçu une exposition originale composée de photos (beaucoup), d'installations (quelques commandes) et de fragments de films (les documentaires passent bien, les fictions moinsE). Observatoire. L'Amour, comment ça va ?, avec ce titre à la Depardon et ce thème casse-gueule, on pouvait craindre force sourires, gens heureux et petits oiseaux, ou au contraire grosse déprime, mélodrame et amours déçues. Farge et Lagrave ont pris l'amour autrement : une force commune, une énergie sociale circulant entre l'intime et le collectif, ayant le pouvoir de sculpter un être ensemble fluctuant. Cette forme matricielle, depuis les années 70 (la libéralisation des moeurs et l'affirmation du féminisme, borne amont de l'exposition), jusqu'à nos jours de reformulations tous azimuts, on peut la nommer «mariage», «pacs», «célibat», «monoparentalité», «homoparentalité», «homosexualité», «famille recomposée», «fêtes», «manifestations», mais elle est surtout un observatoire avec vue imprenable sur les grandes et petites évolutions de la société occidentale des trente dernières années. «C'est pourquoi on commence par le travail, l'usine, les bureaux, le conseil d'administration ; l'amour n'est pas qu'un lien privé mais le produit d'une culture, d'une politique, d'une société, c'est un sentiment fortement environnant», explique d'emblée Arlette Farge face aux photos monumentales d'Andreas Gursky ouvrant l'exposition, en vis-à-vis des errances antonioniennes de Monica Vitti dans la banlieue industrielle de la Ravenne du Désert rouge. Surmontant le champ visuel largement photographique du rez-de-chaussée, sur une mezzanine visible de partout, a été placée l'installation en triptyque de Sylvie Blocher, une femme «trampolinée» au ralenti, fragmentée sur trois écrans selon trois angles différents. Une manière de s'envoyer en l'air sÛrement, mais plus certainement encore, selon Arlette Farge, les signes visibles de «l'arrachement au monde qu'est l'amour des autres». Ce premier mouvement visite ainsi les différents contextes sociaux et économiques influant sur les comportements et les liens amoureux : comment les «ruptures» s'opèrent (classe ouvrière rayée de la carte mentale, les plans de restructuration, les corps abîmés par l'absence, la fin du monde paysan à l'ancienne, la fragilité des petits métiersE) et comment des protocoles compassionnels ont endossé la douleur du manque d'amour social (tous ces métiers et ces fonctions ­ humanitaires, infirmières, bénévoles, prostituées, aides personnalisées, soins palliatifsE ­ qui se sont créés pour aimer les laissés-pour-compte). Ce que l'exposition démontre, en l'incarnant par l'image de façon souvent émouvante, c'est la manière dont nous avons fini ­ même inconsciemment ­ par parler de la société avec le vocabulaire, les métaphores et les symboles du discours amoureux. Toucher du désir. Les mains d'un ouvrier perdant peu à peu leur sensibilité, donc le «toucher du désir», d'un côté (Avec le sang des autres, documentaire de Bruno Muel) ; de l'autre, les manifs prises dans l'objectif de Gilles Favier et de Stanley Greene («Une manif c'est une effusion, j'y embrasse tout le monde, voire le mondeE» s'emporte l'historienne), ce sont les deux pôles de cette socialisation du sentiment amoureux qui mène de la peine de coeur du travailleur solitaire au lyrisme du grand plongeon désiré dans l'Histoire. «Il pleut des pierres sur l'amour», résume alors Arlette Farge, en reprenant un film de Ken Loach, Raining Stones, pour dire ces avatars du désir dans une société qui va plus mal que bien. Mais il y a aussi quelques «échappées belles». Ces petits gestes de faible intensité incarnant la tendresse, une caresse, une cigarette partagée, un regard, une simple relation à l'autre, saisis par Louise Oligny dans ses Histoires sans bruit, ou ces «objets de grève» (un paquet de Gauloises, une écharpeE) transmis par le musée du Monde ouvrier pour dire la fierté retrouvée de la lutte («la grève comme acte d'amour», dit toujours l'historienne). Et encore ces portraits photographiques légèrement flous (Sabine Delcour) de paysannes ayant repris, seules, des exploitations agricoles qui dépérissaient, avant de «reprendre un homme». Ordre des sexes. Enfin, autre échappée, celle du désir social photographié par Sophie Brändström : ces gens qui rêvent de devenir autre chose que ce qu'ils sont (jongleur, comédien, femme, sportif, menuisierE), portés par un intense acte d'amour alternatif. Une part plus historique sur les revendications féministes des années 70 à aujourd'hui ponctue l'exposition, affirmation d'un ordre des sexes réinventé face à la virilité et à l'ennui de la vieille société bourgeoise française. Ce qu'on voit illustrer par de beaux fragments de films, de Y a qu'à pas baiser de Carole Roussopoulos au monologue d'Alexandre dans la Maman et la putain, du Cinétract d'Agnès Varda au Do You Remember Revolution? de Loredana Bianconi. L'exposition s'achève ­ forcément ­ par la subversion des liens amoureux de ce début de siècle ; petits changements et grandes transformations qui revisitent les couples, leurs élans et leurs peurs, les relations entre le masculin et le féminin, les jeux de séduction se soudant en mariages, démariages et compagnonnages, les filiations de plus en plus adoptives et électives. Cette «nouvelle hospitalité», l'immense robe de mariée de Gary Hulton la montre au mieux, incarnation de l'amour d'aujourd'hui placée en queue de visite, surplombant la sortie : à la fois toit protégeant des agressions extérieures, et maison ouverte à tous les vents du désir et des rencontres ; aussi bien robe unie de la fête et de la cérémonie joyeuse que pièce rapportée faite de tous les tissus et papiers d'une identité multiface et multiculturelle en voie de désagrégation. Comment va l'amour ? Aussi varié que divers : ça va ça vient





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Maison de la Villette
boulevard MacDonald, porte de la Villette, Paris XIXe. Jusqu'au 13 août, entrée libre. Rens. : 01 40 03 75 75, www.villette.com
  


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Du 28/04/2006 au 13/08/2006

Statut : expositions terminé











 




La photographie est une sorte de lecture symbolique, qui vous invite à faire un plongeon plus profond au coeur du sens.
Ethan LEVITAS   














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