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Rencontres d'Arles 2006
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Le 2011-10-05 18:29:09

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g L'archipel Depardon La pensée archipélique convient à l'allure de nos mondes. Elle en emprunte l'ambigu, le fragile, le dérivé. Elle consent à la pratique du détour, qui n'est pas fuite ni renoncement. Elle reconnaît la portée des imaginaires de la Trace, qu'elle ratifie. Est-ce là renoncer à se gouverner ? Non, c'est s'accorder à ce qui du monde s'est diffusé en archipels précisément, ces sortes de diversités dans l'étendue, qui pourtant rallient des rives et marient des horizons. Edouard Glissant Au gré des rencontres, le monde change ; ce ne sont pas toujours les mêmes têtes. Notre curiosité est grande et le monde plus vaste encore. François Hébel, dont je me retiendrai de faire l'éloge puisqu'il ne le souhaite pas, va donc plus loin et au grand large en choisissant cette année un voyage d'image et de langage dont les deux pôles seront Raymond Depardon et la francophonie. La gageure peut paraître paradoxale et pourrait faire craindre un repli et une défense. Il n'en est rien. Nous voguerons d'archipel en archipel, dans une errance fraternelle. Raymond Depardon sait et veut tout faire : photoreporter, cinéaste de fiction et du réel, écrivain, créateur au long cours. Globe-trotter paysan, il est parti de la ferme pour découvrir le monde sous toutes ses facettes : les êtres, tous les êtres, paysans et people, hommes politiques et passants, puissants et victimes ; les territoires, tous les territoires : lieux et non lieux, champs de labour ou de bataille, villes innombrables et déserts infinis… Écartelé entre les terres et les hommes, le sol des origines et les bruissements du monde, les éclats du spectacle et des combats, il trace notre portrait et le sien. Depardon est un errant. Il « voit » l'errance et la vit, non comme le moyen d'un regard et d'une prise mais comme le sujet même de la création. Flaubert rêvait d'un roman « où il n'y eÛt qu'à écrire des phrases […] comme pour vivre il n'y a qu'à respirer de l'air. » Mais il y faut du style et peut-être l'abandon du sujet ; ou plutôt considérer que l'écriture, le regard, sont le sujet même de la création. Chacun voyage avec son petit viatique de phrases retenues et souvent remémorées. M'accompagne ainsi un passage du livre de Raymond Depardon « L'errance », dans lequel il exprime cette recherche d'une vérité sans sujet : « Et je me détache du thème, du sujet, je suis content que ça corresponde à ce que j'ai envie de faire, puisque l'errance, c'est l'abandon du sujet, c'est l'abandon de l'intrigue […]. On le voit bien d'ailleurs dans les vieux films, on le voit très bien dans les vieilles photos qui nous intéressent, qui nous touchent. On voit bien que l'intrigue ne joue pas, que même le sujet ne joue pas, que c'est le moment, c'est quelque chose d'autre qui a dominé. Je pense que le sujet est un obstacle à la création […]. C'est la forme, c'est l'esthétique, c'est la force du regard. C'est de ça qu'on se souvient. » L'unité vient de ces moments vécus et de la singularité d'une écriture visuelle. Si la démarche est souvent solitaire, elle recherche l'autre, constamment, le fait voir et entendre : « Afriques : comment ça va avec la douleur ? ». Mais Depardon ne cherche jamais à esthétiser la misère du monde et maintient au contraire un récit tendu et rigoureux. Ce qui n'empêche ni la malice, ni l'émotion. Loin de Dada et de Picabia, il combat l'asthénie et possède lui aussi un oeil cacodylate. Il nous offre à Arles un autoportrait fait du regard des autres. Pas celui que ceux-ci portent sur lui mais le sien porté sur eux et ce qu'ils voient. Pour s'en nourrir, cheminer avec ou transmettre et découvrir : les influences, les compagnons, les émergences. La francophonie est à l'honneur. Grâce à la générosité de Maja Hoffmann et de la Fondation Luma, les Prix des Rencontres d'Arles nous livrent chaque année une brassée de créateurs venus du monde entier. Pour cette édition 2006, François Hébel a eu la belle idée de faire appel à cinq nominateurs francophones, éloignés par la géographie mais unis par la langue. Si nous célébrons l'errance c'est au nom de la langue que nous habitons, comme un domicile véhiculaire, un chez soi qui nous ouvre sur le monde, un intérieur qui visite et accueille tous les dehors. Arles a le privilège de faire vivre en ses murs le Collège International des Traducteurs Littéraires, ces ouvreurs indispensables qui font le passage des cultures et des êtres afin que le monde soit de diversité perpétuée plutôt que d'uniformité imposée. L'image envahit le quotidien comme un flot mêlé où la marchandise et la trivialité emportent toutes les singularités et fabriquent un sabir visuel aussi stupide que l'espéranto, un regard plat, effaceur des reliefs. Marie-Josée Mondzain qui ne cesse de poser la question « Qu'est-ce que voir une image ? » a dit la nécessité de relater image et langage. Le « vivre ensemble », c'est aussi le « voir ensemble », et parler ensemble, c'est encore regarder ensemble. L'entendement est un point de vue. Les choses ont bien changé depuis 2002. Il y avait 14 expositions en 2001 ; on en comptait 58 l'année dernière. Le public accueilli était de 9.000 personnes en 2001 ; il est de 36.000 aujourd'hui et a progressé de 30% entre 2004 et 2005. Le pourcentage des recettes propres et des partenariats privés était de 12% il y a cinq ans ; il atteint maintenant 52%. Nous ne pouvons cependant nous réjouir complètement. Malgré la fidélité de nos partenaires publics : Etat, Région, Département, Ville et cette année les francofffonies ! ; malgré l'apport actif et inventif de nos partenaires privés : Fondation LUMA, SFR, HP, Fnac, Dupon digital lab… ; malgré le soutien et le rayonnement de nos partenaires médias : France Info, France Culture, Arte, que je remercie tous très chaleureusement, notre situation économique et financière reste précaire. Si les Rencontres d'Arles sont plus que jamais le Festival international généraliste de référence, il leur manque encore les moyens indispensables d'une assise et d'un avenir assurés. Comprendra-t-on enfin que la Culture, que le Patrimoine (l'étude menée en PACA par Bernard Millet sous l'égide de Michel Vauzelle l'a montré de façon éclatante), que la Création sont génératrices de développement économique et de ressources financières ? Ne sait-on pas que les industries culturelles sont le premier poste exportateur de l'économie des Etats-Unis ? Et saura-t-on saisir la chance formidable que représente la reconversion des ateliers SNCF ? Saura-t-on y inventer un avenir à la mesure de ces enjeux culturels et des atouts arlésiens ou transformera-t-on cette terre promise en champ de foire ? La réponse dépendra de nous tous et de notre capacité à anticiper le cours des choses. Je ne saurais terminer cette préface – exercice annuel rituel qui peut décourager le lecteur - sans dire les qualités magnifiques d'une équipe jeune, compétente et enthousiaste rassemblée autour de François Hébel. Le miracle n'aurait pas lieu sans cette énergie conquérante. Après le départ d'Alain Arnaudet, notre administrateur général qui vit de nouvelles aventures à la tête de l'Alliance française de Sao Paulo, nous avons eu la chance de pouvoir recruter une jeune femme talentueuse, au profil international, Alice Martin. Qu'elle soit la bienvenue à Arles. L'été arlésien connaîtra cette année encore le plaisir d'accueillir le Ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres. Que cette reconnaissance qui nous touche soit l'augure d'un renouveau confirmé et du pouvoir de l'imagination. François Barré Président des Rencontres d'Arles

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Photographe(s)

Raymond Depardon

Les Rencontres d'Arles
10, rond-point des Arènes
13632 Arles 
France

Voir tous les lieux

Du 04/07/2006 au 17/09/2006

Statut : festival terminé











 




La photographie, c'est un art charmant et abominable.
Julien duvivier   














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