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« Ces photos qui nous parlent. Une relecture de la mémoire familiale » de Christine Ulivucci : une approche psychologique des photographies de famille

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L’essai explique ce que l’image peut dégager et interroge sur la manière de photographier. Le livre des éditions Payot, Ces photos qui nous parlent allie philosophie et psychologie : l'auteur explique la présence des photographies, ou leur absence au sein des foyers, les raisons et les modalités de leur conservation, le besoin de les regarder pour renouer avec le passé, ce qu'elles révèlent de l'inconscient familial. Les clichés de famille, les autoportraits, et photos de paysages révèlent une histoire familiale qui sert aussi de thérapie. Christine Ulivucci démontre les liens entre l’image, son rôle de mémoire et son rôle thérapeutique. Elle pose les questions suivantes : pourquoi prenons-nous des photos ? Pourquoi éprouvons-nous le besoin de nous recontacter au passé par leur biais ? Que nous disent-elles de nous, de notre vie, de notre inconscient familial ?

Christine Ulivucci est psychothérapeute. Après des études littéraires et linguistiques à l’université, elle se tourne vers des études de psychologie et d’histoire de l’art pour travailler dans le domaine culturel et artistique. Elle s’engage finalement dans une formation en transgénérationnel et une pratique thérapeutique qui propose une vision globale de l’individu. En 2004, elle fonde l’Atelier de Recherche sur le Transgénérationnel qui offre des ateliers de groupe et une formation en transgénérationnel. Son approche l’amène par ailleurs à utiliser la photographie comme outil thérapeutique et à travailler sur les processus de création artistique.
« L’acte photographique correspond à une recherche, une mise en mouvement physique et psychique. Tel le flâneur décrit par Baudelaire et repris par Walter Benjamin, le photographe se mue en un observateur qui déambule dans les rues, se laissant guider au hasard, ce regard flottant. Il ne cherche pas à posséder le monde, mais bien à se laisser surprendre par lui ».

 

 

 

Le livre, divisé en dix chapitres, décrit le pouvoir de la photographie : son rôle de mémoire, son histoire et identité familiale, sa cartographie familiale et son rôle thérapeutique. Tout en incluant des images de famille ajoutées aux témoignages, Christine Ulivucci résume ce que peut la photographie : gardien d’un temps immuable, insaisissable de l’instant, document du quotidien.

La photographie aide à se remémorer des instants, à visualiser l’empreinte d’un passé toujours présent. Cette question de temporalité est mise en question tout au long de l’essai. « Un singulier entrelacs d’espace et de temps : unique apparition d’un lointain, aussi proche soit-il ». La photographie étonne Roland Barthes comme si elle avait le pouvoir de faire revivre ce qui a été. Elle n’invente pas, elle est l’authentification même. « La photographie est périssable : elle naît comme tout organisme vivant à même les grains d’argent qui germent, s’épanouit puis vieillit ».

 

 

 

 

Vecteur de l’histoire familiale, l’« autobiographie familiale prend forme tel un puzzle dans lequel s’emboiteraient des lambeaux de mémoire (…) passer de main en main, disparaître, réapparaître, rester dans les mémoires, rappeler les personnes et les lieux ». La maison est utilisée comme le théâtre idéal de la représentation familiale par exemple.

Les images permettent de donner une représentation de ce qui reste indicible et puisent des éléments du passé familial pour les réélaborer. La réalité est redessinée. Le lecteur peut apercevoir une photo d’enfants déguisés en anges avec en fond un par cet des escaliers en évocation à la voie céleste. La mise en scène est étudiée, « comme en architecture, il y a la tentation de la belle façade ». D’autres images montrent les « hidden mother » dissimulées derrière un voile pour aider l’enfant à se tenir immobile pendant les longues poses, tout en s’effaçant de la photo.

 

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En se photographiant, le sujet aborde aussi la question de l’identité : il s’expose au regard et travaille sur sa propre visibilité. L’identité s’inscrit dans un processus d’actualisation. En fabriquant l’image de soi, le portrait participe à une quête de l’identité. L’acteur joue avec son image et se réaffirme : chacun a sa manière de se présenter. Que laisse-t-on transparaître de soi ?

Grâce au partage immédiat, photographier devient un processus thérapeutique où le sujet prend en compte son environnement, se l’approprie à travers cet acte photographique. Les nouveaux portraits pris avec un téléphone mobile (selfie) permettent de symboliser un vécu, un ressenti. Chacun crée sa propre image pour la partager avant d’être commentée, échangée et validée.

 

 

Photographier aide à recontacter son histoire. Dans un témoignage du livre, Cédric, par exemple, a acheté son appareil photo après la mort de sa mère et l’essai entremêlé de biographies, fait le lien entre vivants et morts. Le travail biographique sur la photo et le récit s’interroge sur le lien entre vécu, parcours et trace visuelle.

 

Ces photos qui nous parlent. Une relecture de la mémoire familiale, Christine Ulivucci

Editions Payot

240 pages

23 x 14 cm

19,50 euros



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Mots clés / Tags : familiale, photographie, rapeutique, histoire, image, christine, ulivucci, moire, photos, photo, identit, transg, processus, rationnel, essai,

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