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Entretien avec Diane Grimonet, photographe phare de la précarité en France
Le vendredi 03 août 2012 15:13:22
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« Je suis devenue photographe par hasard. J'ai pris un appareil et c'était parti ».
Au départ, Diane Grimonet photographiais la scène. Elle faisait des portraits de stars, de comédiens. A l'époque, elle vendait ces clichés pour la presse. Puis elle a bifurqué vers le reportage. Marre de ce milieu, marre du climat misogyne.

A ce moment-là, le grand mouvement des chômeurs soulève le milieu des travailleurs. Alors Diane Grimonet décide de se lancer dans le périlleux milieu du reportage sur le thème de la précarité. Mais en France.

Elle travaille à l'époque pour Libération, y publie ses photos, ses témoignages forts qui dérangent. Justement parce qu'on est en France.
Elle présente ses photos à Jean-François Leroy, directeur de Visa pour l'image. Il a tout de suite cru en son talent. Elle expose alors en 2002 à Perpignan pour Visa son travail « Paris ville de lumières ».

Pour Actuphoto, Diane Grimonet explique son projet et nous fait découvrir la vidéo de cette idée qui germe chez elle depuis un moment. Rencontre avec une femme qui n'a pas froid aux yeux.


Comment vous est venu cette idée de reportage « rideau noir » ?

J'ai retrouvé les portraits de ces femmes, que j'avais fait à l'époque pour les remercier, dans un centre de pavillon d'urgence. Je me suis dit que ça pouvait faire un travail en lui-même. J'ai commencé à travailler sur le sujet, je suis tombée sur le salon social pour la beauté des femmes, salon de beauté qui permet aux femmes les plus démunies de prendre soin d'elles, à travers des soins d'esthétique ect. C'est là que j'ai fait la connaissance d'Hélène Bérard, directrice artistique au départ dans la mode.

Quel est le rôle d'Hélène Bérard dans ce projet ?

Elle a travaillé avec les plus grands noms de la photo comme Jean-Baptiste Mondino dans le milieu de la mode. Elle a maintenant envie de donner son acquis dans une autre sphère, elle veut sortir du mannequinat.
Elle m'accompagne partout, dans tous mes déplacements. C'est un travail d'équipe. Elle va trouver le détail que moi je ne vais pas déceler. Le mélange des deux, un reporter avec une directrice artistique, qui ne sont normalement pas du tout fait pour se rencontrer, c'est ce qui donne cet échange, mais aussi cette puissance dans les photos.
J'ai toujours travaillé toute seule, et quand on est habituée, c'est pas toujours facile, mais ça a surtout de très bons côtés.

Comment vous y êtes-vous pris pour faire ces séries ?

C'est un travail d'enquête journalistique, il faut trouver les filles et surtout qu'elles acceptent... Ce n'est pas évident de dénicher des gens qui acceptent de se mettre devant un rideau noir, avec deux projecteurs de cinéma braqués sur eux. Ça a été un travail de deux ans d'investigations.

J'ai trouvé les réseaux au salon social pour la beauté des femmes, j'ai rencontré d'autres femmes de bouche à oreille ect... Après il faut rencontrer les gens, discuter avec eux, apprendre à les connaître... C'est un travail de longue haleine.
J'installe mon rideau noir en plein milieu de nulle part, c'est compliqué à installer !

Pour la série sur les SDF que l'on a fait dernièrement avec Hélène nous sommes passées par Médecin du Monde, nous sommes allées à Strasbourg dans un centre spécialisé. Là-bas nous avons établi notre rideau, notre projecteur. Mais nous sommes aussi allés chercher des SDF dans la rue, et ça a été très compliqué, eux étaient d'accord, mais pour les faire venir jusque devant le rideau... Les taxis ne voulaient pas nous prendre, ils avaient tous des chiens, beaucoup d'entre eux ne venaient pas parce qu'ils avaient trop bu la veille...

 

 


LE RIDEAU NOIR par grimonet1

 


Est-ce que ça n'a pas été trop dur, en tant que femme, de photographier ces femmes « en errance » ?

Sincèrement, je viens de terminer un travail sur les SDF, et les hommes dans la misère, cela m'a choqué énormément aussi. C'est également très intéressant, car on comprend beaucoup mieux le pourquoi du comment, pourquoi l'homme va battre sa femme, en étant très schématique bien sûr.

J'ai rencontré un homme, Dimitri, ses parents lui mettaient de l'alcool dans son biberon quand il était petit. Comment voulez-vous qu'à l'âge adulte il ne soit pas devenu alcoolique ? Et justement, lui aussi battait sa femme. C'est un cercle vicieux, l'éternel recommencement.

Est-ce qu'en tant que photo reporter, vous avez eu envie d'en faire plus, n'avez-vous pas été tentée de les aider ?

Non, ce n'est pas possible, ce n'est pas mon métier. Il y a des associations pour ça, un gouvernement, des gens dont c'est réellement la fonction. Après évidemment on donne des adresses, des numéros. C'est très compliqué de rentrer dans ce genre de situations.

Ces femmes que vous avez rencontré, n'avaient-elles pas peur, ont-elles été toutes d'accord pour ce projet ?

Elles étaient d'accord, car elles voulaient témoigner, elles étaient en train de s'en sortir, elles avaient quitté leurs maris violents, elles avançaient.

Comment avez-vous été aidée pour ce travail ?

Pour le dernier travail que l'on vient de terminer sur les SDF, nous avons été aidé par Médecins du Monde, c'est très difficile de trouver des financements. Ils nous ont donné des contacts, payé les déplacements ect... C'est une forme de partenariat.

Vous travaillez en numérique ? En argentique ?

Pour toutes les commandes de la presse, je travaille en numérique. Mais pour mes propres reportages, je fais tout en argentique. Hors de question de faire ces clichés en numérique. L'intégralité de la série « rideau noir » a d'ailleurs était réalisée en argentique. Je travaille avec un Leica. Mais ce qui fait une bonne photo c'est pas l'appareil, c'est le regard. Et l'optique.

Quel est votre meilleur souvenir lors de votre série « rideau noir » sur les femmes ?

C'était très dur et franchement il n'y en a eu peu. Il y a eu des moments de relâchement bien sûr. Ces femmes – et ces hommes que je viens de faire – à partir du moment où ils rentrent dans le rideau noir, une symbiose d'installe entre eux et moi, et ça c'est un très beau moment. Ils m'ont tous dit que ça avait été un instant de pause dans leur vie, une parenthèse.

Quel est votre photographe de prédilection ?

J'aime beaucoup le travail de Salgado. Mais ce qui compte, ce sont les photographes qui témoignent d'une réalité.

 

 

Propos recueillis par Claire Mayer
 

Vidéo : Diane Grimonet



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Photographe(s)

Diane Grimonet







 




Je suis triste de ne pouvoir photographier les odeurs. j'aurai voulu, hier, photographier celles de l'armoire à épicerie de grand-mère.
Jacques-henri lartigue   














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