A l’occasion du 50ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, Magnum Gallery présente un ensemble unique de tirages d’époque provenant des archives des photographes ayant couvert trois temps décisifs de cette période : Kryn Taconis en 1957, Nicolas Tikhomiroff en 1960 et Marc Riboud qui s’est concentré notamment sur la fin du conflit (1961-62).
Pendant les huit années de guerre en Algérie (1954-1962), les questions identitaires et de maîtrise politique font avancer le conflit vers l’indépendance, qui sera célébrée le 5 juillet 1962.
Kryn Taconis (1918-1979), photographe néerlandais, arrive peu de temps avant le début de la « Bataille d’Alger » (janvier-mars 1957) à laquelle prend part le Front de Libération Nationale (FLN) et la société civile contre l’armée française. Il photographie les combattants du FLN près de la frontière tunisienne lors de leurs entrainements; il campe avec eux et les suit dans leur élan nationaliste. Il prend des notes manuscrites et livre sept pages résumant son aventure. Elles seront censurées par l’Agence Magnum qui craint des représailles pour avoir montré des combattants et non des rebelles. Dans ces pages il s’étonne de l’existence même de cette armée, de sa capacité à opposer résistance à l’armée française et de son accueil par la population civile.
Nicolas Tikhomiroff, photographe Français né en 1927, suit l’arrivée de Charles De Gaulle en décembre 1960 ainsi que son déplacement dans les lieux administratifs et au milieu de la foule prête à l’accueillir entre cris et acclamations. Suite au départ avancé du général, Tikhomiroff sera le témoin des deux insurrections des Européens hostiles à la politique d’abandon de l’Algérie et des contre-insurrections musulmanes, entre le 9 et le 11 décembre 1960. Les affrontements entre les gardes-mobiles français et les jeunes opposants se font dans une tension croissante. Les rues seront la scène de contrôles, de répressions et de meurtres.
Marc Riboud (né en 1923 à Lyon) se rend à Alger en 1960. S’approchant au plus près, il prend des clichés lors des entretiens d’Evian (mai 1961 – mars 1962) qui réunissent les représentants français et algériens autour des enjeux de l’autodétermination de l’Algérie, du Sahara et du statut de la minorité européenne. Les photographies de Marc Riboud sont très rares dans le sens où ces négociations sont très encadrées et sécurisées ; il y a accès grâce à ses relations avec certains membres de la délégation algérienne. Marc Riboud sera également présent en juin 1962 lors du départ précipité des Français pour qui la fuite est la
seule issue face aux échanges répétés de tirs entre l’Organisation armée secrète (OAS) et le FLN. Entre mai et juillet 1962, l’indépendance semble se profiler de façon certaine. Il immortalise le jour même du référendum, où plus de 99% des suffrages seront exprimés, et l’euphorie qui s’ensuit en ce jour du 1er juillet. L’indépendance sera proclamée le 3 juillet et célébrée le 5 juillet. Les conflits ne sont pas tout à fait terminés, car pendant l’été 1962 les luttes de pouvoir se font jour suite au départ des français. Marc Riboud revient un an plus tard à Alger, pour photographier les rues enfin apaisées.
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