«You press, we do the rest» «Clic-clac, merci Kodak» : la marque américaine, fondée par George Eastman en 1892, n'a cessé d'accompagner le développement de la photo argentique à une échelle grand public.
Aujourd'hui que sa santé économique est menacée et qu'elle se prépare à la faillite (http://actuphoto.com/20649-kodak-sur-le-point-de-remballer-ses-clic-et-ses-clacs.html), on voit dans sa chute un des signes - avec les fermetures de laboratoires, de fabriquants de matériel argentique, de studios, etc - de la fin de l'ère argentique. On s'attriste de la disparition d'un savoir-faire, d'une histoire, d'une qualité d'image aussi, propre à l'argentique, au profit de l'immédiateté du matériel numérique aujourd'hui largement dominant, mais dépourvu d'essence artistique.
C'est aller vite en besogne : en 1888, quand George Eastman lance le premier appareil photo Kodak, portatif et très simple, équipé d'un rouleau de 100 vues que l'utilisateur renvoie à Kodak après l'avoir épuisé ("You press the button, we do the rest") pour ensuite recevoir ses tirages, il ouvre la voie aux photographes amateurs, mais est décrié par les premiers "artistes" de ce nouveau support qu'est la photographie. Les pictorialistes, notamment, refusent de voir l'appareil Kodak comme un outil artistique : trop industriel, trop immédiat. Exactement le genre de reproche que les partisans de l'argentique ont pu adresser au numérique naissant.
Le premier appareil photo Kodak, et son rouleau de film transparent.
La chute de Kodak peut donc se lire comme un symptome du glissement des pratiques amateurs d'un outil vers l'autre, pas uniquement comme la fin d'un monde attaché à une qualité d'image aujourd'hui négligée. Depuis son invention, les amateurs n'ont cessé de faire avancer la photographie, de la moderniser, et d'inspirer le travail des artistes. Ils continueront à le faire grâce au numérique.
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