Dans le monde feutré des grands prix photographiques soutenus par de puissants mécènes, l'affaire du Lacoste Elysée Prize 2011 fait tâche.
Depuis 2010, le Musée de l'Elysée de Lausanne récompense, à travers ce prix, un jeune photographe à hauteur de 25 000 euros.
Huit candidats avaient été sélectionnés pour participer au prix de cette année et produire trois photographies sur le thème «la joie de vivre», aidés par une bourse de 4000 euros et une carte blanche totale sur leur travail. Le jury devait se réunir fin janvier 2012 pour délibérer.
Mais la marque française Lacoste, mécène du prix, en a décidé autrement : la semaine dernière, elle affirmait dans un communiqué son refus de soutenir le travail de la candidate Larissa Sansour, le jugeant «trop pro-Palestinien», et désirant rester une marque «apolitique». «Le travail de L. Sansour, Nation Estate, présente un état Palestinien de science fiction : un gratte-ciel dans lequel les habitants ont recréé leurs villes aux différents étages ; Jérusalem au 3ème, Ramallah au 4ème, la ville natale de Sansour, Bethléem, au 5, etc».
Après avoir refusé de signer un communiqué du Musée indiquant qu'elle se retirait du prix pour se consacrer à des projets personnels, Larissa Sansour a décliné l'offre du musée de se voir consacrée une exposition personnelle.
Deux messages postés sur le site personnel de l'artiste.
Le musée de L'Elysée et Lacoste ont d'abord signé un communiqué commun, soulignant que le travail de Sansour ne correspondait pas au thème de l'année - «la joie de vivre», avant de prendre leurs distances : Lacoste en annonçant l'arrêt de son soutien à l'Elysée Prize pour "éviter tout malentendu", le Musée de l'Elysée en réaffirmant son soutien à Larissa Mansour et son ambition de défendre «les artistes, leurs oeuvres, la liberté artistique et la liberté d'expression" et en précisant que "la volonté du partenaire privé d'exclure Larissa Sansour, l'une des candidates du concours, est à l'origine de la décision du Musée de l'Elysée (d'interrompre l'organisation du prix)». Le Musée prévoit d'ailleurs d'exposer le travail de la candidate prochainement.
On ne peut que regretter la frilosité du partenaire Lacoste et son veto sur la sélection du Musée de l'Elysée. Un partenariat artistique comme l'Elysée Prize n'avait pas vocation à être entravé par des considérations d'image de marque. Celle de Lacoste en ressort, du moins auprès des amateurs de photo, considérablement appauvrie. Aujourd'hui où les commandes de médias se font rares, projets d'ONG et mécénat d'entreprises sont parmi les rares sources de financement restantes de la photographie. Espérons que le musée de l'Elysée trouve un autre partenaire et puisse prolonger son action en faveur de la photographie émergente.
Antoine Soubrier, le 22 décembre 2011.
Le site de Larissa Sansour : http://www.larissasansour.com/
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