Tous les regards sont actuellement braqués sur le scandale financier qui frappe le géant de la photo japonais Olympus. Aujourd'hui au septième rang mondial, le fabriquant d'appareils photos connait une tourmente qui menace sa position sur le marché.
Le début de l'affaire éclate le 14 octobre 2011, lorsque le PDG britannique Michael Woodford est limogé par le président du groupe, M. Tsuyoshi Kikukawa. Ce dernier déclare l'avoir renvoyé pour ses méthodes de travail « inappropriée s» et sa gestion solitaire du pouvoir – des habitudes qui n'aurait pas trouvé leur place dans le « capitalisme à la japonaise » en vigueur. Mais M. Woodford, interviewé par le Wall Street Journal du 17 octobre, révèle une réalité bien plus sombre. Il aurait été renvoyé pour avoir demandé des détails à M. Kikukawa concernant les prix élevés déboursés par le groupe pour l'acquisition de quatre sociétés entre 2006 et 2008. L'ancien dirigeant n'hésite plus à évoquer de soupçons de «crime organisé».
Suite à ce limogeage pour excès de « curiosité », un comité d'experts indépendants a analysé les trois sociétés japonaises et la société britannique concernées. Les résultats sont accablants ; le groupe aurait dépensé 936 millions de dollars (674,19 millions d'euros) pour acheter les entreprises nippones, et 687 (498,51 millions d'euros) d'honoraires en marge de l'achat du groupe britannique. La direction d'Olympus aurait utilisé une partie de ces fonds pour combler des pertes considérables subies sur des investissements financiers depuis les années 1990. Peut-être sans le savoir, M.Woodford a dévoilé un gigantesque iceberg uniquement en posant le doigt sur son sommet.
Après ces révélations, la valeur de l'action du groupe sa chuté de 70% et connu soncours le plus bas depuis plus d'une décennie. Le président Tsuyoshi Kikukawa a démissionné le mercredi 26 octobre pour céder sa place à M.Takayama. Lundi 7 novembre, selon un rapport du New York Times, le FBI aurait également ouvert une enquête sur le sujet aux Etats-Unis. Ajoutée aux aléas de l'économie mondiale, l'affaire a fait chuter le titre de 29 % dans la seule journée du mardi 8 novembre, provoquant une baisse de 1,27% de l'indice Nikkei.
Ce mardi 8 novembre, le groupe a publiquement reconnu avoir maquillé ses comptes durant des années. M.Takayama a donc renvoyé son vice-président, M. Mori, ainsi qu'un ancien PDG et un commissaire aux comptes de la société, principaux responsables de l'affaire de dissimulation. D'une formule lapidaire, le nouveau président a résumé l'ampleur de la situation : : « Le vice-président Mori m'a rapporté hier que des pertes sur des investissements n'avaient pas été déclarées à partir des années 1990 »
Déjà accablée par la catastrophe du 11 mars et le ralentissement de la croissance mondiale, l'économie japonaise n'a pas pu dissimuler plus longtemps les troubles de l'un de ses fleurons. En touchant l'un de ses secteurs emblématiques, le scandale fait ressurgir les fragilités d'une économie insulaire et parfois opaque : le premier ministre a ainsi demandé au groupe de clarifier la situation le plus vite possible pour éviter de nuire à l'industrie nationale. Mais le scandale touche aussi le groupe en Europe, où trois anciens dirigeants d'Olympus ont été accusés de malversations par la justice allemande. Entre juin et octobre 2003, ils auraient ainsi autorisé quatre paiements sans contrepartie à une entreprise, à hauteur de 640 000€.
Lise Ménalque, le 9 novembre 2011.
Vignette : AFP - Yoshikazu Tsuno. le président du groupe Olympus, Shuichi Takayama.
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