Le 2011-10-05 18:29:09 Partager:
Dans un communiqué du 22 septembre que nous reproduisons intégralement ci-dessous, l'Union des Photographes Professionnels dénonce un concours photo organisé par Wikimédia destiné à mettre en valeur les monuments et musées français, notamment sur Wikipédia. Le motif ? Offertes gracieusement par les participants à l'association Wikimédia, ces images peuvent ensuite être utilisées commercialement par des opérateurs privés ou publics «sous forme de cartes postales, posters, livres ou encore pour d’illustrer des d’articles de presse». Une pratique en expansion contre laquelle l'UPP s'insurge. Problème ; les musées eux-mêmes sont à l'origine du projet... Tentative d'explication avec Adrienne Alix, directrice de Wikimédia France, qui s'apprête à répondre officiellement à l'UPP.
Communiqué de l'Union des Photographes Professionnels, le 22 septembre 2011, Paris. L'initiative Wiki Loves Monuments n'est pourtant pas nouvelle. Après les Etats-Unis et l'Angleterre en 2009 (voir le Flickr officiel : http://www.flickr.com/groups/wikipedia_loves_art), les Pays-Bas avait renouvelé le concours en partenariat avec quarante-six institutions du pays ; grâce à près de 300 participants, plus de 5000 photos avaient été collectées. En France, où Wiki Loves Monuments a été lancé début septembre, la dix millième participation a été atteinte le 20 septembre (voir l'image ici : http://wlm-france.tumblr.com/post/10446402378/10-000). Le concours ayant été lancé avec l'accord des principaux intéressés (les musées et la commission européenne) et ayant déjà rencontré un grand succès public, l'action de l'Union des Photographes Professionnels semble un peu désespérée. Comme le fait remarquer Adrienne Alix, directrice de l'association Wikimédia France - qui représente la Fondation Wikimédia, à l'origine de Wikipédia, Wiktionnaire et Wikimédia Commons, en France - «le concours a déjà eu lieu dans de nombreux autres pays y compris de l'Union Européenne, et c'est la première fois que nous rencontrons un problème». La réaction de l'UPP, qui s'insurge régulièrement contre les concours incitant les participants à céder des droits sur leurs photos, n'est pas surprenante. Mais à Wikimédia, c'est surtout sa vivacité qui a surpris, et la difficulté à dialoguer. Sur le point de répondre officiellement à l'UPP, l'association cherche à s'expliquer. «On comprend bien les difficultés du secteur, qui sont criantes, mais sur certains forums, il est même impossible de discuter. On essaie d'établir le dialogue, et c'est pour ça que je vais immédiatement répondre à l'UPP. On nous associe à certains usages abusifs, au DR, aux microstocks, mais nous sommes victimes de ces mêmes abus. Dans la presse, des images sous licence Wikimédia sont aussi reprises sous DR», fait remarquer Adrienne Alix, en ajoutant qu'à Wikimédia, «on a pas de modèle économique à défendre». C'est bien là une des raisons du conflit : comme d'autres avant lui, le concours Wiki loves Monuments suscite la participation de photographes amateurs, qui ont tout à gagner à être mis en avant voire largement diffusés, mais aussi celle de semi-pro ou professionnels, habitués à être rémunérés pour l'utilisation de leurs images. Qui blâmer dans ce cas ? A cela s'ajoute la spécificité de la licence Wikimédia : «l'UPP nous demande de modifier notre licence, mais c'est justement le principe de Wikimédia de permettre la libre circulation des contenus». Plus exactement, il s'agit de la licence Creative Commons Paternité Partage à l'identique 2.0 France, qui autorise tout un chacun «à partager, reproduire, distribuer et communiquer ses photographies, et à les modifier», selon des conditions de paternité et d'identité précisées dans le règlement du concours : http://www.wikilovesmonuments.fr/reglement.php.
Alors, en s'opposant à l'initiative de Wikimédia et à de telles modalités de diffusion d'images, l'Union des Photographes Professionnels va-t-elle contre le sens de l'histoire ? Chez Actuphoto, nous avions nous-mêmes reçu des critiques pour avoir annoncé un concours dont les conditions faisaient céder, de manière non exclusive et sur une durée limitée, des droits des auteurs sur leurs images ; celles-ci pouvaient alors être utilisées par l'organisateur, à condition de mentionner le photographe : nous avions considéré que ce genre de concours s'adressait avant tout aux amateurs. Mais la réactivité de l'UPP, et sa volonté d'en faire appel aux pouvoirs publics, illustre l'équilibre précaire de la profession de photographe aujourd'hui.
Antoine Soubrier, le 27 septembre 2011.
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