Yuki Onodera, La photographie en apesanteur au Musée Nicéphore Niépce
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Le 2011-10-05 18:29:09
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L’univers photographique de l’artiste japonaise Yuki Onodera [née en 1962] témoigne d’un goût prononcé pour tout ce qui est flottant, volant, en apesanteur. Pour réaliser ces images l’artiste se livre à tous types de manipulations techniques telles que les collages et les superpositions. Chaque photographie est le résultat de petits décalages volontaires insérés dans le circuit de l’information. Yuki Onodera accède ainsi à d’autres niveaux de réalité, les enjeux de la perception constituant l’essence même de sa démarche. L’exposition « La photographie en apesanteur » au musée Nicéphore Niépce est la première rétrospective consacrée à Yuki Onodera en France. Elle présentera une sélection de près de soixante dix photographies issues de quinze séries de travaux de l’artiste réalisés entre 1991 et aujourd’hui. Une pièce originale créée à l’occasion de cette exposition rendra hommage à Nicéphore Niépce.
L’événement le plus considérable qui se produit dans cette photographie est son immobilité. Nous prenons graduellement conscience, de série en série, du fait que cet univers visuel ne bouge pas mais flotte. Dans l’ensemble, nous avons vécu, fascinés que nous sommes par nos productions, avec l’idée d’un dynamisme permanent et ininterrompu du système des objets. Tout serait arrangé et ordonné, classifié et posé dans une vision d’un mouvement continu de l’histoire. Ce passage d’un monde pensé actif et logique à un monde conçu statique et irraisonné, implique le refus d’une vision indicielle de la photographie au profit de la fiction poétique. À vrai dire, en affirmant que les objets ne sont porteurs d’aucun dynamisme, que les humains par ailleurs sont eux aussi des réalités fictionnelles, construites, le geste de Yuki Onodera opère un retour vers une pensée prélogique, et suppose l’abandon de toute histoire, de l’Histoire elle-même.
Il serait paradoxal que les objets aient une histoire dans un monde sans histoire. Dans cet espace qui a banni le temps et la temporalité, il ne peut y avoir de place pour la géométrie. Dans cet espace illusionniste ne subsistent que quelques formes sophistiquées, substances surchargées d’énergie, dépourvues de durée et apparemment sans but... Ce monde ne connaît pas la valeur d’usage et la valeur d’échange. La raison des objets ne tient plus à leur fonction mais aux bouleversements de leur usage. Ils s’exhibent, réels. Toutefois, ils proclament leur absence du monde connu et relèvent d’une physique poétique, vecteurs de lumière irradiée et signes insondables.
Nous sommes dans un au-delà photographique. Là, l’intérieur des êtres- choses-images, au degré le plus précis du grain, obéit à une exigence d’intelligibilité que nous ne sommes pas en mesure de comprendre. L’ordre du monde, à la fois continu et discontinu, est un mystère sans cesse repoussé. Les corps s’affolent, les membres se multiplient. L’homme s’ignore comme constellation. Les objets s’élèvent au-dessus du sol. Mystique des êtres et des objets qui, hors d’eux-mêmes, se métamorphosent. Dorénavant, on parlera de phénomènes. Si les objets lévitent, les visages contraints, en transe extatique, ne se libèrent pas de leur poids. La photographie joue avec les lois de la pesanteur. En inversant l’effet Casimir, Yuki Onodera croit pouvoir ordonner des forces suffisamment répulsives qui courberaient la lumière... Bref, quelles sont ces forces qui se révèlent plus fortes que la gravitation et qui tordent le cou au réel ? La photographie est un jeu ouvertement faux sur la perception, sur les transformations des indices, qui se montre in fine plus adaptée en termes de survie qu’une analyse exacte d’une situation, a priori absurde.
La fiction est chimère et se conçoit alors comme une incitation particulière, un appel à recevoir la multiplicité de mondes improbables. L’absurdité apparente des images active des stimuli qui empruntent des chemins neuronaux qui semblent avoir perdu leurs repères au système optique. Les manipulations répétées trompent le système visuel d’un spectateur dévoyé de la réalité. Les constructions optiques ne s’intègrent plus dans la vaste réserve d’images, dans le système référentiel incorporé à notre expérience du monde, mais deviennent créatrices. En s’éloignant du réel, les photographies de Yuki Onodera redéfinissent les limites du connu. L’être-image et l’objet-image en ne faisant qu’un sont traversés par des flux ininterrompus d’énergie et de signes. L’énigme, de fait le fondement de l’œuvre, ne demande pas qu’on la décrypte.
Le sens de l’incongru qui habite Yuki Onodera, la valeur qu’elle attache au pouvoir de création de la photographie appelle l’hypothèse et la remise en question de ce que l’on voit et comment cela se fabrique. Les titres mêmes des séries : C.V.N.I, P.N.I, Watch your joint, Transvest, Liquid, tv and insect ; on reconnaît là une volonté d’obscurcir délibérément le propos, un goût évident pour le labyrinthe. Paradoxe d’une obscurité pleine de l’énergie de l’image qui exclut la clarté pour préserver l’originalité du photographique, le cadeau fait à celui qui sait regarder, la contemplation. À ce moment l’œuvre, qui pourrait prendre le risque de la grandiloquence, conserve l’humilité nécessaire, condition essentielle pour s’imposer dans le temps et l’espace réel des hommes.
Une Ford Pick-up, une Pan/Shovel 66, une Custom 2004 (Jeffrey), une Triumph 69 (Vince), une El Camino 64, une Bel Air 65 (peinte par Vince), une Duo Glide 62, une Comet (qui appartenait à Steve Mc Queen), une Special Construction 2000 (toutes, OM), une Harley 1969, une Dyna 2003 (Wes),une Pan 59, une Pan 62, une Pan 65 (John Copeland), une Sportster 68 (Dr...
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