Topographies de la guerre, au Bal : comment montrer la guerre aujourd'hui ?
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Le 2011-12-19 17:45:42
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Le Bal (http://actuphoto.com/annuaire/lieu/le-bal-5885.html) est l'un de ces lieux de la photographie que l'on visite avec la certitude d'y découvrir des projets singuliers et aboutis. Un constat renouvelé vendredi 16 septembre 2011, lors de la présentation de l'exposition qui marque la première année d'existence du Bal, Topographies de la Guerre.
Privilégier "une lecture de la guerre par sa géographie", tel est l'objectif de l'accrochage qui réunit dix artistes et photographes explorant le langage de territoires meurtris par des conflits ; on est donc bien loin ici de "photos de guerre" au sens classique (que l'on peut encore voir par exemple à la MEP - http://actuphoto.com/19112-l-ombre-de-la-guerre-maison-europeenne-de-la-photographie.html).
Ainsi, l'italienne Paola de Pietri a traqué, dans les Alpes, les stigmates de la Première Guerre Mondiale. An-My Lê a photographié 29 Palms, camp d'entrainement de l'armée américaine situé en Californie, simulant une base irakienne et construit par des techniciens d'Hollywood dont viennent également des figurants destinés à rendre la base plus crédible. Avec Outposts, le photographe irlandais Donovan Wylie a suivi le destin des British Wachtowers, tours d'observations autrefois installées entre les Irlande du Sud et du Nord et aujourd'hui réimplantées en Afghanistan… avant d'être repositionnées dans l'Arctique ! Les images majestueuses de Wylie évoquent des stratégies militaires archaïques, alors qu'en face, l'installation The Space of this Room is your interprétation d'Eyal Weizman et Luc Delahaye revient sur les derniers dispositifs conçus par l'armée israélienne et expérimentés à Naplouse (Palestine) en 2002 : «pour ne pas se déployer à découvert dans les rues des villes, les soldats israéliens passent de maison en maison, à travers les murs et les planchers des habitants palestiniens».
Parmi les documents vidéos de l'exposition, Serious Games d'Harun Farocki documente l'usage par l'armée américaine de logiciels de simulation de guerre ; ceux-ci servent à la fois à entrainer et à soigner le traumatisme de soldats revenus de la guerre, dont 20 % seraient aujourd'hui recrutés à partir de forum internet de jeux vidéos… L'oeuvres de Till Roeskens est sans doute celle qui laisse la plus grande part au récit subjectif de la guerre ; l'artiste allemand a demandé à des habitants du Camp Aïda à Bethléem de dessiner les cartes de ce qui les entoure ; leur récit se superpose aux dessins en train de se faire, introduisant l'idée d'une géographie personnelle de conflits internationaux.
Aux côtés de Walid Raad, Jo Ractliffe et Jananne Al-Ani, tous les artistes de l'exposition Topographies de la Guerre observent, à la manière de Sophie Ristelhueber avant eux, les cicatrices de territoires marqués par la guerre. S'éloignant de la représentation directe des conflits, ils interrogent la capacité de la photographie a raconter les guerres d'aujourd'hui, toujours aussi meurtrières mais sans cesse plus abstraites et invisibles. Une exposition qui sait rendre captivants et accessibles des projets documentaires riches, qu'on ne saurait trop vous conseiller.
Antoine Soubrier, le 19 septembre 2011.
Comment imaginer qu’autre chose que la bataille puisse représenter la guerre ? Les oeuvres photographiques ou vidéo réunies dans cette exposition laissent délibérément l’affrontement, le corps, la chute, la blessure, la mort, hors cadre. Toutes réalisées depuis 2000, elles ont en commun une ambition documentaire déclarée, manifeste : le parti pris d’une totale désincarnation de la guerre et, de ce fait, une focalisation sur les sites, les positions, les espaces géologiques ou construits. Des essais topographiques en quelque sorte, qui, sans renier le coût humain des combats, privilégient une lecture de la guerre par sa géographie.
Ces options iconographiques coïncident, dans le domaine stratégique, avec l’usage accru des techniques de simulation, la propagation d’armes agissant à très longue distance, mais également avec la censure médiatique exercée par les états-majors et la quasi-impossibilité pour les photographes et vidéastes d’opérer librem
ent sur le terrain. Le territoire de la guerre est-il en train de devenir une donnée abstraite, une construction idéologique, une donnée irreprésentable ?
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