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Revoir Magnum Films, et faire vivre la photographie
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Le 2011-10-05 18:29:09

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Vendredi 24 juin 2011, 20h. Le Bal, lieu parisien dédié à l'image-document, accueille un évènement exceptionnel : une projection de 4 films produits par Magnum Films dans les années 1960.
L'évènement réunit la crème des photographes mondiaux : outre Susan Meiselas et l'universitaire Marco Bischof qui animent la soirée, sont présents René Burri, dont le film The Two Faces of China est présenté, Elliott Erwitt, Costa Manos… On repère dans les premiers rangs Harry Gruyaert, Alec Soth, Martin Parr, Antoine d'Agata atablé au Bal Café, et d'autres icônes de l'agence Magnum. Diane Dufour, directrice du Bal et maitresse de cérémonie, veille à ce que chacun d'eux trouve une place assise, et une fois la salle bondée, à ce que personne ne s'adosse à l'imposante fresque de Keizo Kitajima qui orne le sous-sol du Bal.

Les 4 films projetés donnent à voir l'étendue des talents combinés au sein du département Magnum Films, créé en 1964 par Phil Gittelman. Dans Company for Lunch (26 minutes), couverture du meeting annuel de la compagnie Xerox par six photographes de l'agence, c'est 10 000 photos qui sont utilisées, adossées à un montage son, pour rendre compte de l'effervescence bon enfant de la rencontre entre dirigeants et actionnaires. America (9 minutes, 1969) se présente comme un montage d'archives et de nouvelles images sur un hymne américain massacré, reflet des troubles de la société américaine à cette époque.

Les deux films suivants utilisent la vidéo, en couleur : lorsque René Burri explore The Two Faces of China (10 minutes) et qu'Elliott Erwitt suit l'entrainement de jeunes cheerleaders texanes auprès de leur extatique maitresse dans Beauty Knows No Pain (1969, 28 minutes), on est séduit par les découvertes exotiques du premier et l'humour décalé du second. Mais ce sont surtout les deux premiers films, uniquement basés sur des photos, qui impressionnent.

Une image de Beauty Knows No Pain d'Elliott Erwitt (aperçu du film ici: http://www.dailymotion.com/video/xit6gn_beauty-knows-no-pain_travel)

 

Aujourd'hui où la photographie se cherche de nouveaux modèles de diffusion et de financement et que les webdocumentaires se voient consacrés comme une des solutions possibles, on est frappé par la richesse de Company for Lunch, travail d'autant plus titanesque que son montage se fait à l'époque de manière totalement analogique, à partir de films argentiques. La vivacité du rythme, l'originalité des photographies, la coordination entre les images et une bande-son efficace et journalistique, tout concourt à traiter le sujet d'une manière inattendue et extrêmement attractive. On est souvent déçu, aujourd'hui, de la relative «mollesse» de Petites Oeuvres Multimédia qui accolent une bande son en demi-teinte à des photographies dont la séquence n'a pas été conçue pour un déroulé filmique. Ici, la force des personnages, l'ampleur de l'évènement, sautent aux yeux et permettent au récit d'exposer un point de vue personnel sur le sujet.

Entre chaque film diffusé ce soir là au Bal, les réalisateurs ou producteurs prennent la parole, expliquant leurs intentions de l'époque, les moyens dont ils disposaient… Costa Manos, après avoir vu au défiler au générique le nom de certains de ses amis photographes aujourd'hui disparus, cède à l'émotion et la communique au public. Si la moyenne d'âge des intervenants contribue à renforcer l'impression qu'on assiste aux vestiges d'un âge d'or du photojournalisme, leur dynamisme et leur simplicité dresse un constat : plus que les moyens techniques ou financiers, c'est leur créativité qui rend ces projets toujours captivants quarante ans après leur diffusion. Un message à tous les acteurs de la photographie actuelle, souvent prompts à déplorer la crise du secteur plutôt que de se consacrer à rechercher, puis déployer, les talents adaptés au public et aux médias d'aujourd'hui. A chaque époque sa manière d'utiliser la photographie, notamment à des fins d'information : si l'âge d'or de Life et du photo-journalisme grand public est révolu, il est serait déplacé de se contenter de blâmer les rédactions et leur manque d'investissement dans la photo ou de reprocher aux amateurs de parasiter l'activité des professionnels. Les réponses ont plus de chance de se trouver dans l'observation des demandes du public en matière d'image, et dans la proposition de contenus créatifs, personnels, contemporains. C'est ce dont l'agence Magnum faisait vendredi soir parfaitement la preuve avec ces films des années 60.

 

Antoine Soubrier, le 27 juin 2011.



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