Retrospective Jane Evelyn Atwood à la MEP : Mère des Douleurs
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Le 2011-10-05 18:29:09
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Première grande rétrospective consacrée à la photographe américaine Jane Evelyn Atwood, l’exposition rend compte de trente-cinq ans de travail, des prostituées de la rue des Lombards aux rues de Port au Prince. Organisés autour de six séries majeures (les prostituées, les aveugles, les femmes en prison, Jean-Louis/Vivre et mourir du sida, les victimes de mines antipersonnels, Haïti) et d’une vingtaine de photographies inédites sur différents sujets, les quelques 200 tirages de l’exposition retracent le parcours d’une photographe sans concession, sensible aux destins de ceux que leur condition et les drames de la vie ont rejeté à la périphérie, loin des regards de la société.
Pour voir le reportage Actuphoto à la MEP : http://www.dailymotion.com/video/xjrwbb_l-ete-2011-de-la-maison-europenne-de-la-photographie-jane-evelyn-atwood-xavier-lambours-de-l-air_creation
Née à New York et vivant à Paris depuis 1971, Jane Evelyn Atwood fait l’acquisition de son premier appareil photo en 1975 et commence à photographier un groupe de prostituées à Paris. C’est en partie la force de ces images qui lui valut d’obtenir la première bourse de la Fondation W. Eugene Smith en 1980 pour un autre sujet qu’elle venait d’aborder : les enfants aveugles. Elle n’avait encore jamais publié de photo.
Au cours des années suivantes, Jane Evelyn Atwood réalise plusieurs séries choisies avec soin, parmi lesquelles un reportage de dix-huit mois sur un régiment de la Légion étrangère où elle suit les soldats de Beyrouth au Tchad ; une chronique de quatre mois et demi sur le premier malade du sida en France, qu’elle accompagne jusqu’à sa mort ; et une étude de quatre ans sur les victimes de mines antipersonnels qui la conduit du Cambodge en Angola,en passant par le Kosovo, le Mozambique et l’Afghanistan, toujours avec le même regard personnel et engagé.
En 1989, elle entreprend de photographier les femmes incarcérées et parvient à avoir accès à certains des pires centres pénitentiaires et prisons du monde, y compris aux quartiers des condamnées à mort. Ce travail monumental de dix années, portant sur quarante prisons dans neuf pays d’Europe et aux États-Unis, reste aujourd’hui un témoignage photographique déterminant sur le sort des femmes emprisonnées. Il a fait l’objet d’un livre publié en anglais et en français et continue d’être exposé dans le monde entier.
Les femmes sont à nouveau au coeur des préoccupations de la photographe dans un projet intitulé A contre-coups, conçu et réalisé en collaboration avec Annette Lucas. Quinze portraits écrits et photographiques livrent le récit de violences faites aux femmes, refusant le misérabilisme, ces portraits témoignent avec force du courage et du sentiment de liberté que ces femmes ont su reconquérir.
En 2005, Jane Evelyn Atwood se rend à Haïti, sa vision rompt radicalement avec l’imagerie que l’actualité impose régulièrement pour évoquer ce pays. Fascinée par ses habitants, la photographe choisit d’utiliser la couleur, avec ses ombres et ses contrastes, pour témoigner de la dignité et des espoirs d’un peuple qui ne se résout pas à la fatalité.
L’œuvre de Jane Evelyn Atwood traduit une profonde intimité avec ses sujets, tissée au fil des années. Fascinée par les personnes hors normes et par la notion d’exclusion, elle pénètre des mondes que la plupart d’entre nous ignorent ou décident d’ignorer. Elle se consacre entièrement aux sujets qui la mobilisent, donnant à chacun le temps nécessaire - parfois plusieurs années - pour le sonder au-delà des apparences.
Si cette exploration, en profondeur, caractérise sa démarche photographique, elle a néanmoins couvert ponctuellement des événements de l’actualité, tels le tremblement de terre de Kobe en 1995, les attentats contre le World Trade Center du 11 septembre 2001 et la Convention démocrate de 2004.
Jane Evelyn Atwood qualifie sa méthode d’ “obsessionnelle”. Elle ne passe à un autre sujet que lorsqu’elle a le sentiment d’avoir pleinement compris celui qui l’absorbait et sa relation personnelle avec lui, jusqu’à ce que ses images traduisent cette empathie.
«A travers ses choix personnels, Atwood va toujours, semble-t-il, vers la difficulté, comme un défi, se plaçant souvent, au regarde des autres, de nous, spectateurs, à la frontière de l’interdit. Les prostituées de la rue des Lombards, un asile de vieillards, les légionnaires, un malade du sida, la pauvreté, les femmes en prison... toujours une histoire d’enfermement et de frontière, de gens à part et, à chaque fois, la photographe s’immerge dans son sujet, s’y engage corps et âme, à ses risques et périls, avec un désir de témoigner ou de changer certaines idées reçues sur ces mondes clos et les drames qu’elle rencontre en révélant à la fois la beauté et la cruauté, la mélancolie et l’ambiguïté ».
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