La République des Amateurs au Chateau de Tours : pionniers de la photographie !
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Le 2011-10-05 18:29:09
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«Où le beau rôle des amateurs nous apparaît, c’est dans les recherches qu’ils entreprennent, dans les études qu’ils poursuivent avec ardeur. Si l’on faisait la genèse de toutes les inventions photographiques on verrait de suite la part considérable que les amateurs y ont prise ; ils ont toujours été en tête du mouvement et l’ont dirigé avec succès. » Albert Londe (1889).
Les simplifications techniques, que permet au tournant des années 1880 l’introduction du gélatino-bromure d’argent, encouragent la pratique amateur de la photographie. Celle-ci se développe essentiellement dans un milieu social aisé et se structure autour d’associations qui donnent à leurs membres l’opportunité de se réunir, pour échanger et comparer leurs travaux. Nécessitant moins de connaissances techniques et chimiques que pour la génération des pionniers, la pratique de ces photographes se distingue néanmoins de l’extrême simplification technique qu’inaugure Kodak à la même époque. Elle nécessite effectivement un investissement en temps important et une connaissance fine du matériel et des derniers développements techniques, acquise grâce à l’appartenance de l’amateur à des cercles associatifs.
Au sein de ces regroupements de passionnés, l’amateur s’exerce grâce à l’organisation d'activités telles que les excursions, les concours d’épreuves, les soirées de projection et les publications spécialisées. Ainsi, cette pratique studieuse de la photographie s’inscrit également dans une culture du loisir. Dans le cadre de cette sociabilité collective, les photographies des amateurs reflètent les usages photographiques de la période (quête de l'instantané, prises de vues nocturnes, débuts de l’autochrome), mais préfigurent aussi une culture photographique du reportage et du loisir touristique, qui s’épanouit au fur et à mesure des excursions. Fondée par Albert Londe, la Société d’excursions des amateurs de photographie (SEAP) s’impose comme une association exemplaire de ces pratiques. La majorité de ses membres sont également adhérents de la Société française de photographie qui s’affirme alors comme un organe essentiel pour la fédération des échanges de ces amateurs cultivés et férus de technique.
L’EXPOSITION. L’exposition présente un ensemble de plus d’une centaine de tirages modernes réalisés d'après les plaques de projection originales conservées à la Société française de photographie, qui pour la plupart n’ont jamais été exposées. Cette sélection est complétée de plusieurs projections noir & blanc et couleur (plaques autochromes) rendant compte de la manière dont ces images étaient vues et montrées à l'époque.
L’amateur à l'école des associations. Un premier ensemble présente la pratique photographique des amateurs excursionnistes, qui se différencie de celle des autres amateurs de l’époque, et se caractérise par une prétention artistique (le pictorialiste) ou par un usage plus démocratisé grâce la mise sur le marché des appareils automatiques « Kodak ». Dressant, en premier lieu, un portrait de l’amateur excursionniste à travers les appareils utilisés, les comptes-rendus techniques, les publications et surtout les images des photographes en action, ce premier ensemble se poursuit ensuite par des photographies témoignant des défis techniques auxquels se sont mesurés nos amateurs excursionnistes : l’instantané, la lumière et plus tard la couleur. Un focus particulier sur le photographe Albert Londe, grand expérimentateur et fondateur de la SEAP, conclut cette première partie.
« Rappelez-vous cette période de travaux intensifs, de recherches multiples qui ont été nécessaires au début de la photographie. Tout à peu près était à créér et à perfectionner. [...] Beaucoup souriront en se remémorant des luttes ardentes, des discussions passionnées qui avaient lieu dans le champ clos des sociétés de photographie. [...] Or, si certains s'intérèssent à une chose parce qu’elle est difficile, qu’il y a des progrès à réaliser, il n’en est plus de même lorsque les difficultés sont vaincues, que les progrès sont acquis. C’est pour cette raison que nombre des pionniers de la première heure ont quelque peu négligé leur passion favorite. » A. Londe, cité dans A. Gunthert.
La culture photographique de l’amateur. Un second ensemble est consacré aux choix iconographiques privilégiés par les amateurs tout au long de la période (1880-1920), marquée par un intérêt de plus en plus prononcé pour le reportage et le tourisme, alors en plein essor. Le goût du reportage qui se retrouve dans la couverture des évènement sportifs — courses et meetings aériens —, culturels et politiques de la Belle Epoque, est développé de manière presque professionnelle par certains photographes, comme Léon Gimpel et Louis Vert.
Les débuts du tourisme — bains de mer, vacances à la montagne — représentent aussi un vaste réservoir d’images pour les amateurs. Des excursions près de Paris aux voyages lointains, les photographies des amateurs sont teintées de naturalisme et de pittoresque.
LES COMMISSAIRES. Garance Chabert est administratrice de la SFP, secrétaire de rédaction de la revue Etudes Photographiques, critique d’art, et commissaire d’exposition indépendant, notamment au sein du collectif de commissaires d’exposition Le Bureau.
Julie Jones est secrétaire générale de la SFP, chargée de cours en histoire de la photographie à l’Université Paris I - Panthéon Sorbonne.
Carole Troufleau-Sandrin est conservateur au Musée de l’Elysée, Lausanne.
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