Lorsqu’il se crée, il y a vingt ans, le collectif Tendance Floue, tout en affirmant une volonté de rester inclassable, se situe.
C’est souvent le propre des projets qui se veulent différents – et qui le sont – car, autant ils se fondent sur ce qu’ils refusent et tentent, au nom des utopies qui les portent, d’inventer de nouveaux chemins qui contournent les balises, autant il leur est difficile, parce qu’ils avancent, d’être éternellement « ailleurs ».
En se nommant « collectif », les cinq fondateurs affirmaient d’abord ne pas appartenir – ou refuser – la structure des agences qui ont connu en France un devenir spectaculaire qui leur fit dominer, au niveau mondial, le terrain de l’information par la photographie. Ils anticipaient à leur manière intuitive la « crise », déjà existante.
Parce qu’ils voulaient rester, profitant de cette belle exception française, une « association à but non lucratif », ils ne choisirent pas le modèle de coopérative – auquel ils viennent d’adhérer – qui permit l’existence et le développement de Magnum. Pour la même raison et parce qu’ils souhaitaient que les photographes restent entièrement maîtres de leur contenu et donc de l’entrée éventuelle de nouveaux photographes, ils refusèrent également d’être une « agence de photographes » sur le modèle de VU’ dont ils pouvaient se sentir proches en tant qu’auteurs. Ils furent donc un collectif.
C’est-à-dire une entité, mais qui ne saurait exister sans que l’on soit plusieurs. Et, dans la pratique et dans la cohérence de la pensée utopique, sans que chacun, à l’intérieur du groupe, ne reste parfaitement indépendant, voire individualiste.
La souplesse du terme « collectif » permet évidemment de l’habiter et de le remplir de bien des envies, des désirs, des pratiques. Et des rêves.
S’ils ont été copiés, aussi bien dans l’appellation que dans les grands principes, « les » Tendance Floue restent les seuls, sur la durée, à vraiment avoir élaboré et réalisé des projets collectifs.
Jusqu’à ce que, parfois de façon un peu caricaturale, chacun disparaisse dans l’identité du groupe.
Engagés, concernés par les situations sociales, les enjeux politiques et géopolitiques, farouchement attachés à affirmer leur écriture et leur démarche individuelle, ils ont essaimé dans la presse et l’ont enrichie avant qu’elle ne se transforme en peau de chagrin. Mais ils ont toujours, et de façon souvent originale, considéré et mis en oeuvre le livre et l’exposition, les interventions sauvages, les projections, une forme de décalage qui ont nom liberté.
Pour un groupe qui aime la fête, qui en a organisé de mémorables, qui peut faire rimer sans problème fêtard, pétard et pinard, qu’est-ce que cela peut donc signifier de « fêter les 20 ans » ? La réponse est au fond de leurs yeux, dans le cheminement parfois déroutant de leur pensée, entre leurs mains et celles de ceux qui les accompagnent.
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