À l’occasion des 30 ans du Mois de la Photo à Paris « Paris Collectionne », la galerie Michèle Chomette, qui lui est à peu près jumelle en âge, attachée comme au premier jour à sa mission d’explorateur, de mineur de fond et d’orpailleur, s’offre un regard en arrière et un bond en avant en présentant « LE FIL », exposition consacrée à François Méchain, le premier de ses artistes significatifs à être entré dans les collections de Paris-Audiovisuel devenues celles de la Maison Européenne de la Photographie.
De « LA MER » triptyque 1984 aux « MURS » 2009-2010, un fil tendu : entre la sculpture, mise en demeure d’existence photographique, et la photographie, traitée comme sculpture du monde. À travers les continents, d’un forage et d’une érection à l’autre, ce fil vibre de l’histoire des lieux, de l’histoire de l’homme, de l’histoire des formes, et déploie un arc plastique bandé par l’idée source de chaque projet puis par le corps qui le met en oeuvre, en pleine nature comme à la butée des villes.
Des pieds et des mains, François Méchain est ancré à la terre, celle qui nourrit la vie, reçoit la mort, et donne les meilleures leçons d’échelle et d’humilité aux artistes ; c’est d’elle qu’il a longtemps et exclusivement prélevé les matériaux bruts, alliant végétal et minéral, de sculptures inscrites sur site comme autant d’actes paysagers éphémères, avant qu’elles ne retournent à la nature, tandis que la photographie, pour le point de vue de laquelle il les avaient bâties, les immortalisait sous un autre statut artistique.
Depuis quelques années cependant, François Méchain a élargi le champ, celui du sens et de la finalité comme celui des matériaux, avec des installations in situ relevant d’un art plus critique, plus politique, dorénavant manifeste au-delà de la grille de conscience qui affleurait déjà sous la plupart de ses oeuvres d’orientation disons écologique. Le fil tend l’arc, des flèches en jaillissent avec pertinence de visée et justesse de tir, quelles que soient la faute, la faille, l’ineptie mises en cause par François Méchain, qu’elles soient planétaires, nationales ou tout simplement humaines, qu’elles appartiennent à l’histoire ou détériorent le présent. Il est un artiste déterminé, agissant sur les sites appropriés pour prendre parti via des dispositifs simples, à portée de lecture par tout un chacun.
L’acte, la présence plastique, relèvent toujours de la sculpture, mais les matériaux sont autres, empruntés au quotidien (containers, lames de couteau, chaises, échelles), le discours est plus radical, plus monolithique, parfois moins poétique, mais il fait bloc, bloc de sens qui frappe et force à réfléchir. François Méchain est passé de l’attitude au questionnement, puis aux prises de position. Et la photographie, où se situe-t-elle ? Alors qu’elle provoquait, innervait, catalysait ses travaux sur site de 1980 à 2005, tout en lui demeurant indispensable, pour les plus récents, elle est plutôt un accompagnement, un organe de transmission visuelle apte à câbler davantage de regards, donc de consciences, par l’exposition et le livre.
Il parait juste dans le contexte de liens et d’impulsions aller-retour, qui fonde le Mois de la Photo à Paris en 2010, de mettre en évidence la route d’un artiste qui a croisé plusieurs fois celle de la MEP au fil d’une fidélité réciproque.
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