Carte blanche à Michaël Duperrin : En son absence
+15
Le 2011-10-05 18:29:09
Partager:
« La photographie s’apparente pour moi à une traversée du Styx, à un constant aller-retour entre ses deux rives. Elle ouvre à un monde étrange, à la fois au passé et au présent, à mi-chemin de la trace qui s’efface et du signe qui perdure. Elle me donne à vivre l’expérience d’Orphée. Remontant des enfers avec Eurydice, Orphée la perd définitivement en se retournant pour la regarder. La saisissant en une image où elle disparaît, il ne peut que tendre vainement la main pour la retenir. Regard qui vient à la fois ruiner l’expérience et lui donner son sens. Retournement sur ce qui, en l’image comme en nous-mêmes, au loin, du fond de l’absence, nous regarde.
En d’autres termes, la photographie me semble tendue entre deux pôles. D’une part, une fonction d’empreinte : dimension de la présence imaginaire, dans laquelle la perte est déniée, où l’image s’apparente à une relique, qui préserverait un reste, comme un prélèvement par contact de ce qui a été photographié, dimension tactile du regard, sensible au velouté du grain, lui-même semblable à celui d’une peau. D’autre part, une fonction d’écriture : dimension dans laquelle l’absence est symbolisée, où il y a bien coupure et perte entre ce qui est photographié et son image, où celle-ci est semblable à un signe (le graphie de photographie). C’est très exactement dans le passage de l’empreinte à l’écriture que se situe mon travail.
Photographier est pour moi affaire d’expérience. Expérience sensible et subjective du monde et des images. Expérience spirituelle, si l’on veut bien ôter toute connotation idéaliste à ce mot, et l’entendre au sens que lui donnait Michel Foucault, d’une expérience qui concerne et transforme le sujet.»
En son absence. « En 2005, ma grand-mère est tombée malade. La sachant à la fin de sa vie, j’ai voulu faire une dernière chose avec elle. Je lui ai proposé de l’accompagner à Lourdes, où elle avait fait le vœu d’aller en pèlerinage. Mais elle est morte avant la date fixée pour cela. J’ai alors décidé d’aller à Lourdes, pour elle, avec mon appareil photo.
Avant même mon premier séjour à Lourdes, j’avais une intuition précise de ce que je voulais photographier et qui allait m’interpeller dans les Sanctuaires : la dimension de ce qui traverse les êtres et fait lien, l’appel et la tension vers un au-delà de soi-même. Je pressentais que cette tension, ce mouvement seraient particulièrement visibles à la Grotte, dans les mouvements des corps, les expressions des visages, les gestes de la main. Mais je ne m’attendais pas à la désorientation que j’allais éprouver face à l’intensité de l’expérience vécue en ce lieu, à ce pêle-mêle de souffrance et d’espérance, de détresse et de joie, de ferveur réelle et de démonstration de piété. Ni au malaise qui allait me saisir à chaque séjour à Lourdes, à la difficulté à trouver une place et une distance justes pour photographier les pèlerins, la bonne approche des personnes et de quelque chose qui m’est étranger et pourtant me touche profondément.
La croyance affirme une présence, un au-delà, promet la résurrection des corps. Pour moi qui suis sans religion, ce qui n’est plus disparaît, et s’il en persiste quelque chose, c’est ici bas. L’absence est nécessaire, il ne s’agit pas de la combler, mais de la traverser, la faire sienne. Le manque, le vide intérieur se font alors espace de liberté. Espace qui permet le mouvement, que la vie, le désir circulent.»
Jonathan Hobin est un artiste canadien, photographe et directeur artistique. Tirant son inspiration de références littéraires, cinématographiques et historiques et de la culture populaire, son travail explore la part sombre et troublante de l'enfance, qui fait la part belle à l'imagination et au récit.
Avec Gypsies, le photographe Patrick Cariou remonte le fil de la migration du peuple Rom de l'Europe de l'est à l'Europe de l'ouest en passant par le Moyen-Orient, pour finalement arriver en Inde, terre de leurs ancêtres. Le résultat obtenu est une collection de portraits et de paysages qui donnent à réfl...
« Je me suis rendu au Liban en septembre 2010. Durant cette période, j’ai tenté d’appréhender ce pays de 10500 Km2. Sa superficie est l’équivalent de deux départements français. La possibilité de se déplacer rapidement d’un point à un autre en fait un territoire privilé...
Son nom est bien connu, mais peu de gens sont au courant de ce qui est à l'intérieur. Je pense qu'il n'y a pas une seule personne, parmi celles que j'ai photographié, qui admette qu'il ou elle a connu le même plaisir à boire maintenant, que lorsqu'ils ont goûté de l'alcool pour la première fois. L'impression de légèret&eacu...
« La photographie s’apparente pour moi à une traversée du Styx, à un constant aller-retour entre ses deux rives. Elle ouvre à un monde étrange, à la fois au passé et au présent, à mi-chemin de la trace qui s’efface et du signe qui perdure. Elle me donne à vivre l’exp&eac...
Horse Project : Une performance photographique en Inde
Depuis deux ans je parcours l'Inde avec une tête de cheval dans mes bagages.
Des lieux incongrus sont le théâtre de performances : je revêts ma tête de cheval, un personnage fantastique, Horse, prend vie au milieu d'une foule dont les réactions ne se font pas attendre...
Les dernières créations de Pierre Alivon, artiste photographe, tournent autour... de la planète Terre. Une juxtaposition de planètes, vues du sol, qui souligne la multiplicité des regards posés sur le monde en fonction du lieu géographique où l'on se trouve. Il nous est proposé de nous mettre dans la peau d'un autre cito...
Dans une société où l'immigration devient de plus en plus contrôlée et connotée, ces quelques personnes ont partagé leurs histoires.
Entre l'art, l'information et la communication, ce projet consiste à réunir leurs expériences d'immigration, les difficultés comme les avantages liés à cette dé...