Laos, retour au pays des ancêtres et des esprits - Malik Nejmi
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Le 2012-02-07 16:14:20
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Cela fait un an que je côtoie les jeunes lao d'Orléans.
A la demande de la communauté laotienne qui souhaitait documenter ce voyage et en partenariat avec le Secours Populaire, j'ai suivi l'évolution de ces vingt adolescents dans leur projet de retour au Laos. Sensible aux questions de transmission des cultures parentales, j'ai essayé de dresser ici le portrait de la jeune génération laotienne née en France, à travers un voyage unique et sensible, conditionné par l’espoir d’un retour aux sources… Comment photographier et retranscrire cet espoir de voir se reconstituer des liens avec un pays que les parents ont quitté, il y a trente ans ?
La force de ce projet est à l’image de ce que les jeunes ont mis en oeuvre pour le réaliser. D’abord, il y a la communauté laotienne installée à Orléans, une communauté qui vit au rythme des fêtes culturelles et qui est toujours autour de ses enfants. Car la jeune génération, filles comme garçons, qui a le devoir de s’impliquer dans ces moments de communion, s’applique à y reproduire la culture des parents tout en essayant de faire passer la leur, comme une transmission à double sens. Et depuis deux ans, ces mêmes jeunes qui ne désiraient que ce retour à tout prix, ont adopté une posture différente: ils se sont mis en face de leurs aînés pour leur exprimer ce souhait de « partir là-bas », et exprimer également l’envie de communiquer à la communauté cet « autre Laos » qui s’est construit en eux. Ils ont dû dévoiler leurs émotions et leurs sentiments quant à une double appartenance, et dire, non sans pudeur, les différences ressenties quant à leur éducation et celle des autres.
Les jeunes qui évoluent pour certains en zone sensible, banlieue, quartier, étaient incapables jusque-là de partager leur propre culture avec leurs copains qu’ils côtoient au quotidien. D’autres évoquaient la nécessité de séjourner au Laos pour mieux comprendre leurs parents. Et puis, ils souhaitaient aider à la scolarité, construire une bibliothèque pour les jeunes, là-bas.
Ensuite, il faut mesurer le poids du passé. L’exil des parents est douloureux. Revenir au Laos, un pays qu’ils
ont quitté pour certains très jeunes, n’est pas forcément envisageable. Comment transmettre aux enfants autre chose que le fait d’être redevable à la France, de les avoir sorti des camps, quand les souvenirs s’il en est, sont ceux d’un enfant de cinq ou six ans ? Je me suis demandé comment les jeunes pouvaient vivre sans images plus précises du Laos ? Les familles possèdent quelques albums, souvent des portraits, qu'ils ont emmenés avec eux, mais rien finalement ne peut décrire la vie sociale, familiale, l'intimité d'une vie de famille, ou même des paysages. Y voir là "un exil sans images" permettait de penser la vraie nécessité "d'un retour en images", ou comment, la présence d'un photographe pouvait permettre d'imaginer une transmission significative et pragmatique, face à une histoire parfois démunie de témoignages. Un voyage documenté, de surcroît, par leurs propres photos. Des polaroïds réalisés par les jeunes, pour garder des traces actives de leur séjour au Laos. Ce sera leur regard, émouvant, poétique, instantané, drôle, parce qu'eux seuls pouvaient avoir ce regard sur euxmêmes et sur leurs origines. Parce qu'eux seuls avaient cette aptitude à assimiler naturellement la nécessité de faire leurs photographies - et d'en laisser sur placeainsi que cette réserve émotionnelle pour la laisser se décharger sur leur propre histoire.
De mon côté, je devais composer alors avec une distance imposée par les jeunes eux-mêmes, une distance "légale" avec leur filiation et face à tout ce que ce voyage, comme un miroir, pouvait leur renvoyer d'euxmêmes et de leurs parents. Mon travail aura été, finalement, d'être le témoin de cette réconciliation avec l'histoire, de voir comment ces jeunes ouvrent les portes du passé pour se frayer un chemin, comme ils peuvent, dans un pays qu'ils ne connaissent pas mais qui est pourtant le leur ...
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