L’intitulé «Notre histoire» dit l’expérience partagée, les émotions et les souvenirs, l’histoire de l’Europe contemporaine, l’histoire d’engagements qui décident d’une vie.
Cette histoire appartient à tous, elle s’incarne dans le Centre André Malraux, qui a célèbré ses 15 ans d’existence à Sarajevo en décembre 2009, et aujourd’hui à Paris chez agnès b. le 6 avril 2010 en même temps que Sarajevo commémore sa libération du 6 avril 1945...
Le 6 avril 1992, avec le début du siège, la nuit tombe sur Sarajevo, elle durera quatre ans.
Cette histoire est l’histoire d’un combat, un combat qui n’a pas cessé depuis : tout à la fois combat politique, combat éthique, combat culturel. Un combat qui n’a pas cessé avec la fin du siège ni les accords de paix, et qui donne aujourd’hui son sens à l’action exemplaire du Centre André Malraux, et de ceux qui l’accompagnent: artistes, écrivains, pédagogues, journalistes, dont ces grands photographes qui exposent, aujourd’hui, leurs images.
«Notre histoire» n’est pas seulement leur histoire, ils en ont été aussi les témoins et les passeurs. Qu’ils aient réalisé des clichés durant le conflit était leur métier, ils l’ont fait avec talent et courage. Qu’ils soient aux côtés du Centre aujourd’hui, 15 ans après les accords de Dayton, est leur honneur, et la vérité de cet engagement.
Ce même engagement fut aussi, sans relâche, celui d’agnès b., depuis les heures noires du siège, aux côtés de l’association Première Urgence ;
du Festival de cinéma dirigé par Miro Purivatra dans la ville encore sous le feu des snipers, et qui a joué un rôle majeur dans la renaissance au monde de la ville martyre ; et de l’association Reconstruire la Bosnie-Herzégovine par l’éducation fondée par le Général Jovan Divjak. Et bien sûr cet engagement fut et reste l’accompagnement du difficile travail du Centre André Malraux au cours des années de paix.
«Notre histoire» reprend le titre du beau film de Jean-Luc Godard. L’existence même de l’exposition, et son intitulé participent aussi du refus du cynisme et des arrangements des lendemains gris. Les oeuvres réunies, dans la diversité des regards personnels suscités par cette tragédie collective et ses suites, témoignent avec éclat du sens de cet inlassable travail de rencontres, de partages, d’écoutes que tissent avec opiniâtreté, en Bosnie, en Europe, celles et ceux qui font vivre le Centre André Malraux.
Avant-propos à la réedition du livre d’Ozren Kebo «Bienvenue en enfer, Sarajevo mode d’emploi» éditions La Nuée Bleue, à l’occasion du 15ème anniversaire du centre André Malraux Quinze ans Jorge Semprun et Jean-Marie Laclavetine «Les histoires doivent toujours continuer. Imaginez ce que serait Sarajevo sans le Centre André Malraux [...] ou sans l’histoire elle même.
L’idée de ne pas témoigner est presque insupportable. Quelle direction prend une route sans témoins ?»
Colum McCann
Quinze ans. On regarde en arrière, on n’arrive pas à y croire. Ce livre résume une expérience humaine unique. Peut-être inutile, qui sait, mais précieuse justement pour ne s’être pas posé la question de l’utilité.
Il y a quinze ans naissait ce qui allait devenir le Centre André Malraux de Sarajevo. Dans la ville assiégée, un Français, Francis Bueb, était venu apporter une idée. Pas de celles qui volètent dans les pages des journaux ou des revues pour s’évanouir en quelques minutes dans nos consciences assoupies : une idée faite de chair, de révolte et de foi. L’Europe était là, dans le geste d’un homme seul qui venait apporter des rations de survie à une population abandonnée de tous, des rations d’art et de pensée. Aussitôt, des photographes, des écrivains, des comédiens, des cinéastes, des chanteurs ont compris que leur place était près de lui. Ils sont venus nombreux ; entre chacun d’eux et Sarajevo s’est noué un lien indestructible.
Leurs noms forment entre 1994 et aujourd’hui une chaîne sans fin et à toute épreuve. Car ensuite Francis Bueb a fait beaucoup mieux: il est resté. Avec Ziba Galijasevic et l’équipe qui l’ont immédiatement accompagné, il a fait du Centre André Malraux un foyer incontournable de la vie culturelle à Sarajevo et de la présence française en Bosnie-Herzégovine. Quinze ans plus tard, le Centre est toujours là. Certains considéreront qu’il s’agit d’un miracle ; il s’agit en réalité d’un acte politique.
Le livre d’Ozren Kebo témoigne de cette obstination, non seulement par son contenu, mais par son existence même. Écrit durant le siège, il a été publié une première fois en 1997 grâce au Centre André Malraux, à Rémy Ourdan, à Bernard Reumaux et à la traduction de Mireille Robin qui cerne au plus près l’humour, la délicatesse et la puissance de chaque phrase.
Pour célébrer le quinzième anniversaire, l’idée de republier ce livre s’est vite imposée. Rien ne pouvait représenter plus justement ce qu’a pu être et ce qu’est toujours le Centre André Malraux de Sarajevo. Bienvenue en enfer est mieux qu’un symbole, mieux qu’un témoignage, mieux qu’une oeuvre littéraire inoubliable. C’est une voix vivante, et qui refuse de se taire.
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