Jacob A. Riis qui se disait lui-même « un piètre photographe » est un pionnier de la photographie sociale et s’impose comme le premier vrai journaliste-photographe de l’Amérique. Ses photographies ont joué un rôle important dans la politique sociale de New York.
C’est en 1870 que le jeune charpentier âgé de 21 ans émigre du Danemark à New York, faute de pouvoir se marier avec l’élue de son coeur. Il y vit d’abord une période de vagabondage et de pauvreté avant d’y trouver, en 1877, un emploi stable de reporter de faits divers au New York Herald Tribune.
Habitant et travaillant dans le Lower East Side, il est frappé par la misère et la dépravation qui règnent dans ces quartiers déshérités. Désespéré de voir que ses textes et ses discours ne suffisent pas à faire évoluer l’opinion publique en faveur des plus démunis, Riis trouve son salut dans la photographie. En 1887, il apprend par la presse l’invention en Allemagne d’une poudre de magnésium capable d’éclairer une scène pendant l’exposition d’un négatif photographique et de fournir assez de lumière pour prendre une image dans l’obscurité. Riis décide de se servir de cette technique pour changer les mentalités, et le succès est immédiat : ses conférences avec une lanterne magique ainsi que les images qui accompagnent ses articles et ses livres font bousculer l’opinion et lui valent une réputation d’expert de la vie des taudis. Son premier ouvrage majeur How the Other Half Lives paraît en 1890. Entre 1895 et 1897, il occupe la fonction de conseiller auprès du chef de la police, Théodore Roosevelt, et développe une amitié avec celui-ci. Quand Roosevelt devient président, leur amitié assure l’application des réformes sociales importantes.
Journaliste consciencieux, chroniqueur inspiré, réformateur passionné, Riis est d’abord un militant social. Photographe « malgré lui », la photographie lui sert avant tout de témoignage direct et efficace dans la lutte contre la pauvreté des immigrants qui peuplent les taudis de New York : « Plus qu’un passe-temps, la photographie a été pour moi un outil qui m’a rendu service. Je ne lui ai jamais demandé plus », confie-t-il dans son autobiographie The Making of an American. A mi-chemin entre fragments de la réalité brute et constructions esthétiques, tout concourt, dans les images de Riis, à établir une sensation de contact immédiat et direct avec les sujets. Ceux-ci sont souvent photographiés de près, ce qui permet à Riis de contraindre son spectateur à regarder en face la misère, la tristesse et l’impuissance qui se lisent sur les visages.
Aujourd’hui encore, l’oeuvre de Riis dégage une force considérable. Ses reportages sur le New York de l’immigration sont exceptionnels et bouleversants. Ce sont les seuls témoignages photographiques dont on dispose sur ces populations qui, dans les années 1880 et 1890, quittent l’Italie et l’Europe de l’Est pour venir grossir les taudis new-yorkais. Les 60 photographies présentées lors de cette exposition ont été tirées à partir des originaux (épreuves sur papier, plaques de verre) conservés au Musée de la Ville de New York. Il sera également possible de visionner sur place un cd-rom contenant plus de 400 images.
Michael Bjørn Nellemann
Conseiller culturel et de presse
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Also we can recall British film «The Wicker Man» (1973) with its ritual procession of the man-beasts, ho...