Photographe de 19 ans, Paul R. Mouginot a été initié assez tôt - 6 ans - à cet art par son père, qui parcourut l'Afrique et immortalisa ses voyages sur pellicule. Il l’a sensibilisé à la composition d’une image, à l’exploitation des lignes de forces, à l’humour dans la photographie. Pour cette série, le photographe s'est inspiré de la démarche créative souvent suivie par Albert Elbaz, le styliste de Lanvin : il s’est imposé un thème général, et un ensemble de détails techniques devant figurer dans les clichés. Une fois ces critères à l’esprit, pouvant attendre très longtemps avant de prendre un cliché, il s'est consacré entièrement à cette série.
Le thème est la Nuit. Débutée en 2007, la série tente de célébrer et capter cette période de la journée où l'on est, souvent, plus productif, car elle apporte cette distanciation que l'on ne peut avoir le jour.
Pour prendre les photos présentées à la Galerie Atelier des Ombres Paul R. Mouginot a longtemps flâné dans les rues de Lyon et d’Oslo, les deux villes qu'il pense connaître le mieux et qu'il aime. Quelques photos furent aussi prises à Paris. Il s'agissait pour lui d’être une sorte de "voyageur de la nuit", qui puisse appuyer avec facilité sur le déclencheur à n’importe quel instant, effectuant une recherche picturale poussée sur le rêve, la couleur, la composition, le temps, la beauté.
« J’aime la nuit.
Le temps où tout devient impalpable. Le temps du toucher et de l’odorat. Le temps où nos peurs prennent corps. Le temps de l’angoisse et de la distanciation.
Je ne me considère pas comme un artiste. J’étudie les mathématiques abstraites, non sans douleur. Mais j’ai besoin de créer. La création est un acte difficile, si on ne veut se dévoiler de quelque manière. Créer me rend vulnérable. La nuit me donne le courage.
Il est environ minuit au moment où j’écris. Dans quelques heures, quand je relirai ce texte, j’aurai peut-être honte, je me dirai « comment ai-je pu écrire cela ! ». Je saurai, par expérience, que j’aurai réussi mon pari. Je crois au pouvoir des mots qui trop éblouis le jour par la lumière ambiante attendent la nuit pour – peut être, peut-être pas – prendre corps.
Souvent quand le soir tombe, j’aime à errer dans la ville et capturer la lumière qui reste.
Mes photos sont souvent jaunâtres : le sodium des réverbères. Chaque photo raconte une histoire. Celle de la jolie fille perdue dans la jungle urbaine. Celle d’une ville qui reprend son souffle.
J’ai toujours eu peur de perdre la mémoire, de perdre le souvenir des gens que j’aime, oublier jusqu’à l’existence de ma Muse. Les personnes que j’ai aimées m’ont bien souvent déçu voire brisé : je me sens souvent vide ; et quand l’angoisse m’interdit de faire le « travail des rêves », la nuit est mon espace infini pour méditer et trouver à tâtons les pièces manquantes dans le puzzle minuscule de mon existence.
La nuit, le regard des autres s’estompe sous l’aura des réverbères vacillants.
La nuit libère. »
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