Rimbaud n'a jamais publié ses recueils de poésie. Son oeuvre poétique se présente comme un tourbillon de feuilles volantes, une sorte de fouillis indescriptible qu'il semble pourtant avoir organisé dans l'ordre. De cette manière, jamais aucun enchaînement logique de ses poèmes ne pourra être établi définitivement, et avec exactitude. Une utilisation chaotique de l'écriture le fait apparaître comme un précurseur de la poésie moderne, en faisant l'expérience des limites et de la démesure, mais qui dans le même temps se plaît à jouer avec les mots sans jamais se prendre au sérieux. Il semble signifier l'échec du langage poétique.
Cet intérêt commun pour l'écriture et sa pratique ambulatoire, Clémence Torres et Pierre Paulin, deux anciens étudiants diplômés en juin 2009 de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon, ont souhaité le mettre en oeuvre dans l'exposition intitulée Je est dans l'autre qu'ils organisent en duo à L'attrape-couleurs. Chacun d'eux nous donnant à lire ou à expérimenter dans sa forme singulière, une utilisation de l'écriture au mouvement vertigineux, surréel, voire labyrinthique ou inaccessible.
L'installation Une composition heuristique de Clémence Torres, occupant la plus grande salle de L’attrape-couleurs, est une démonstration de l'application d'un langage spécifique se rapportant à la mémoire. Elle intègre dans l'espace un
travail de dessin superposé à celui d'écriture. « Je m'intéresse aux méthodes de mémorisation inventées par l'individu depuis l'Antiquité telles que les rimes de poésie ou encore le procédé d’ars memoriae. Je mets en place une écriture modernisée de constructions intellectuelles en m'appuyant sur l'utilisation de moyens mnémotechniques, les considérants comme des structures portantes, éléments esthétiques et préfabriqués. Les théoriciens de l'ars memoriae recouraient à l'architecture car ils disposaient leurs souvenirs dans des lieux propices tels que monuments religieux, palais et châteaux. Ces-derniers visitaient plusieurs fois l'édifice, en examinant toutes ses parties, toujours dans le même ordre et, après plusieurs visites, ils étaient capables de se remémorer et de visualiser chacune de ses pièces avec acuité. Cette méthode des lieux utilisée par des grands orateurs permettait de mémoriser un discours et le réciter par coeur par la suite, en associant chaque mot, chaque information à un emplacement précis. »
Dans les dessins présentés ici, Clémence Torres utilise des découpages architecturaux s'apparentant à des images actives, des fragments de texte ou détourages de clichés. C'est un moyen de contraindre l'orientation des souvenirs. Cette disposition superpose de manière poétique et dans un même encadrement, des dessins au crayon, collages de papiers calque et millimétré et l'impression par technique offset d'un texte considéré comme mnémotechnique. Les cadres sont ensuite disposés de manière éparse sur des tables soulignant l'espace de la galerie tandis que la lumière des néons invite le spectateur à déambuler dans une véritable construction de pensée, une sorte de laboratoire qui semblerait faire office de cheminement de la mémoire. Cet espace est divisé comme une chronologie, et c'est ainsi qu'il se visite. Pierre Paulin, qui occupe la deuxième salle de L’attrape-couleurs, propose quant à lui, une critique « amoureuse » du mouvement De Stijl. Une image peut être publiée sous différents formats, dans un journal, un livre, sur Internet… Elle peut être recadrée, retravaillée. Pourtant, il semblerait que nous nous accordions sur la représentation qu’elle véhicule. « J’imagine mon travail, ainsi que la pièce présentée, dans ces glissements entre supports. Il n’est pas pour autant question de représentation, mais de la poésie qui existe dans les modifications dues aux différentes mutations de formats. Par exemple, je m’intéresse à la dispersion d’un livre scanné puis diffusé sur Internet, ou à la forme en constant achèvement d’un blog. La pièce présentée dans la deuxième salle de L’attrape-couleurs est une dispersion poétique, qui s’engouffre dans les glissements entre différents média dans le but de questionner notre héritage du mouvement De Stijl. J’ai d’abord écrit un texte dont le sujet est le rapport critique que j’entretiens avec les mouvements d’avant-garde modernes. Puis j’ai écrit une chanson pour résumer ma relation conflictuelle avec De Stijl. Pour l’écriture du texte, comme pour celle de la chanson, j’ai utilisé une monographie De Stijl comme support papier.
J’ai ensuite détruit une chaise dessinée par Gerry Rietvedl pour en récupérer le bois et construire une guitare. En découpant la chaise, j’ai effacé une fonction pour en fabriquer une autre : un outil pour chanter la chanson d’amour à ce mouvement. Il s’agit d’une sorte de profanation amoureuse. »
Un petit concert aura lieu le soir du vernissage de l’exposition. Je jouerai alors la chanson adressée à De Stijl qui explique pourquoi notre relation n’est plus possible, et pourquoi je ne peux être héritier de ce mouvement.
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«Egyptian pack» evokes many associations - here are both Petersburgers favorite topic of werewolves (see the movie of E. Yufit «Corpsmen werewolves») and references to the Perm animal style.
Also we can recall British film «The Wicker Man» (1973) with its ritual procession of the man-beasts, ho...