inscrivez-vous Pas encore membre ? Inscrivez-vous | Connexion Connectez-vous

 
Rubrique(s) : informations, > Inaction, réaction


Inaction, réaction
+0
moins
plus


Le 2011-10-05 18:29:09

Partager:


g

Trop, c'est trop. Le photographe Jean-Baptiste Avril–Bodenheimer ne veut plus se laisser malmener par le système. C'est pour dénoncer les dérives de celui-ci et protester contre l'exploitation des artistes par les structures culturelles, médiatiques et autres qu'il souhaite, au nom du peuple créateur, poser un acte symbolique le 11 janvier prochain. Ainsi, à cette date, il mettra le feu publiquement à son oeuvre photographique consacrée à l'architecture Bauhaus de Tel Aviv, Israël. L'autodafé du photographe aura lieu à Chalon sur Saône, sa ville de résidence.


Angelika Zapszalka


Plus de détail sur la manifestation de Jean-Baptiste Avril-Bodenheimer dans l'article de Pierre Assouline, paru dans l'édition magazine (week-end) du Monde à la date du 24 décembre 2009 :

"Tout autodafé est singulier mais celui qui se déroulera le 11 janvier 2010 à Chalon-sur-Saône le sera davantage encore. Car s’il arrive de voir anéantir une œuvre, il est rare que son propre créateur en soit le destructeur. Sauf douteux happening, ce qui n’est pas du tout le propos. Ce jour-là, le photographe français Jean-Baptiste Avril–Bodenheimer brûlera publiquement les négatifs originaux de la remarquable série en noir et blanc qu’il a consacrée à l’architecture Bauhaus de Tel Aviv. Soit 17 planches de 36 poses chacune. De cette série, l’artiste ne veut conserver que 12 tirages barytés originaux de 60 x 90 cm, certaines images en double exemplaire, la plupart en exemplaire unique, qu’il mettra en vente. De cette aventure, il ne lui restera que des scans de ses images.

Ca s’est donc passé en Israël mais le photographe prévient d’emblée que cela pourrait se passer aussi bien n’importe où dans le monde en Europe ou aux Etats-Unis. Ce n’est pas le lieu qui importe mais le geste qui dénonce un principe. Il entend ainsi frapper les esprits par un acte symbolique. Il s’agit rien moins que d’alerter l’opinion sur des dérives qui sont devenus le lot quotidien des artistes : « Ce qui était à une époque les limites d’un système est devenu aujourd’hui un système et c’est partout pareil » dit-il.  Il avait travaillé un an à cette série, sous les encouragements. Une fois achevée, il l’exposa, sous les applaudissements. Que des photos d’une exigence et d’une rigueur remarquables par leur fidélité à une esthétique. Et après ? Rien. De toutes les institutions privées et publiques qui avaient suivi son travail d’auteur, aucune n’a rien trouvé à redire : toutes l’en ont félicité mais aucune ne l’a soutenu financièrement. Pour lui donner davantage de visibilité, il avait accepté de la publier dans la presse et de l’exposer gratuitement pendant des mois au Musée d’art moderne de Tel Aviv et au siège de la plus grande compagnie d’assurances israélienne. Jusqu’au jour où il s’aperçut qu’il était systématiquement vampirisé. De partout, on lui demandait son œuvre pour les cérémonies du centenaire de la ville, mais partout on assortissait la demande de la même réponse désolée : « Pas de budget… ». Les mêmes, qui auraient jugé scandaleux que leur salaire ne leur fût pas versé le dernier jour du mois, trouvaient normal que des artistes travaillent pour rien : c’est bien connu, ceux-ci se nourrissent de l’air du temps et s’enivrent de l’esprit de l’époque. Il n’y eut guère que le dynamique Institut Français de Tel-Aviv pour lui offrir un billet d’avion afin de lui permettre d’assister au vernissage de l’une de ses expositions.

Le 11 janvier 2010 donc à Chalon sur Saône, ça sentira le négatif brûlé. Un feu qui ne sera pas de joie sous l’objectif d’une caméra qui filmera une disparition  et d’un huissier de justice qui l’attestera. Jean-Baptiste Avril-Bodenheimer ne s ’y est pas résolu de tout cœur ni par une recherche de la publicité ou par goût du tapage médiatique. Tout son travail depuis vingt ans le situe aux antipodes d’un tel travers. Il ne le fait pas pour lui, ni seulement pour les photographes, mais pour les créateurs. C’est le seul moyen à sa disposition pour rappeler à la société que l’oeuvre d’un artiste représente du travail, et que ce travail-là aussi se paie. L’avertissement est on ne peut plus opportun à l’heure du grand débat mondial sur la gratuité des œuvres de l’esprit dès lors qu’elles sont en ligne.

Cela dit, un autodafé rappelle toujours de mauvais souvenirs. Ceux des inquisiteurs du Moyen-Age précipitant blasphémateurs non repentis et convertis insincères au bûcher. Ceux des sections d’assaut hitlériennes brûlant les livres d’auteurs juifs, communistes ou antinazis. Le mot vient du portugais auto da fé, mais il faut naturellement chercher son étymologie dans le latin actus fidéi qui signifie « acte de foi ». Ce qui est exactement le cas".



   Réagissez à cet article


Pseudo


Email (Confidentiel)


Commentaire




Code de validation






Mots clés / Tags : ucirc, aviv, travail, rien, syst, oelig, baptiste, jean, bodenheimer, avril, photographe, jour, partout, acte, chalon, rie, artistes, autodaf, isra, sous,

Partager:

Permalien :


  Articles dans la même rubrique
  Edito : une carte de presse pour Actuphoto !

Ce jeudi, nous tenions avant tout, et avec une image ridicule en vignette, à partager avec vous une nouvelle avancée dans le projet d'Actuphoto, après la reconnaissance en tant que service de presse en ligne par le Ministère de la Culture cet été : l'attribution d'une carte de presse à un de nos journal...

    Lire la suite



  Chaises musicales chez Canon France

Canon, leader mondial des solutions de gestion de l’image et du document, annonce la nomination de François de la Rüe du Can, 55 ans, diplômé de l’Institut Supérieur de Gestion et de l’IMD (International Institute for Management Development, Suisse), au poste de de Directeur de l&...

    Lire la suite



  Décès du fondateur de Sigma

L'entreprise japonaise Sigma vient d'annoncer la mort de son fondateur, M. Michihiro Yamaki, décédé le 18 janvier 2012 à l'âge de 78 ans.

"Nous tenons à exprimer toute notre gratitude pour le soutien que vous lui avez apporté jusqu'à aujourd'hui.", ont s...

    Lire la suite



  L'édito d'Actuphoto : l'ICP ouvre les perspectives

Les nouvelles expositions de l'International Center of Photography, ouvertes depuis le 20 janvier, donnent un bon aperçu de la politique de ce lieu incontournable de la photographie, qui avait déplacé une partie de sa collection à Paris Photo 2011.

Les planches contact des photographes de l'agence Magnum, r&eac...

    Lire la suite



  Un photographe de l'AFP récompensé par le prix Rückblende

Le photographe français John MacDougall, membre de l'Agence France-Presse, vient de recevoir le prix allemand "Rückblende" (flashback), une des distinctions les plus prestigieuses du photojournalisme.

Le cliché primé a été réalisé durant une cérémon...

    Lire la suite



  Un peintre borgne du XIXeme perturbe le marché de la photo ancienne

Ce lundi 23 janvier, Rue 89 est revenu sur l'affaire Charles de Crespy Le Prince, qui secoue le monde de la photographie depuis plusieurs mois. Ce peintre borgne a t-il vraiment réalisé les clichés et négatifs en 1848, mis aux enchères par Artcurial ?

Après la vente du 2...

    Lire la suite



  Kodak en faillite...entre en guerre contre Samsung

C'est fait. Le (jadis) géant Kodak est depuis hier sous le régime du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Désormais à l'abri de ses créanciers, le groupe va tenter de se restructurer et revendre ses quelques 1100 brevets pour sortir la tête de l'eau.

L'...

    Lire la suite



  L'edito d'Actuphoto : Images du Nouveau Monde

Ouvertes cette semaine, les nouvelles expositions de la Maison Européenne de la Photographie et du Bal mettent à l'honneur la photographie Sud-Américaine.

A la MEP, c'est la collection Itaú, riche de douze mille oeuvres, dont est présentée une sélection ; 36 tirages de photographie modernis...

    Lire la suite



 


Photographe(s)

Jean-Baptiste Avril–Bodenheimer

Du 11/1/2010 au 11/1/2010

Statut : informations terminé











 




Si je veux prendre une photo, je la prends, peu importe ce que c'est.
Nan Goldin   














     Inscrivez-vous


     Dès maintenant et restez informé
     de toute l'actualité photo !