La galerie Taiss participe activement à " l' Année France - Russie 2010 " en organisant, sous le commissariat d’Olga Sviblova, directrice de la Maison de la Photographie de Moscou, quatre expositions, monographiques et collectives, explorant les différentes facettes de la création contemporaine russe, de la photographie au dessin, en passant par l’installation in situ et la vidéo.
A la date symbolique du 12 janvier, veille du nouvel an russe, elle inaugure cette saison avec une exposition de Leonid Tishkov, originaire de l’Oural, qui vit et travaille à Moscou. Dans la galerie transfigurée par celui-ci, le visiteur est convié à voyager dans l’imaginaire de l’artiste, à travers ses peintures, dessins, sculptures et installations poétiques. Les créations les plus récentes de Tishkov seront présentées pour la première fois en France, notamment ses installations associant des éléments parfois triviaux du quotidien - un lit en fer, un seau, un sac poubelle… - à une lumière irréelle qui leur confère une aura poétique. Tel est le cas de Lac de rêve (2009) : un grand lit métallique, qui provient de la maison natale de Leonid Tishkov, est recouvert de sel, évocation des lacs enneigés
de sa région d’origine. Au centre, une projection de lumière creuse l’ensemble. Sur le rebord du lit, un petit personnage – alter ego miniature de l’artiste ? – semble perdu dans la contemplation de la trouée lumineuse. Le décalage des proportions entre cette figure et le lit lui-même n’est pas sans évoquer l’enfance peuplée de mondes mystérieux pour lesquels la fascination perdure.
Dans un autre espace, tous les sens, ou presque, sont convoqués par l’intermédiaire de Solveig (2004). Cette installation vidéo prend la forme d’un paysage enneigé dans lequel évolue une figure seule, de nouveau miniature. Montagnes, projection troublante, le spectateur est une fois encore happé par la mythologie de l’artiste et plongé dans un univers onirique. Leonid Tishkov insiste sur la dimension autobiographique de ses oeuvres, sur l’importance de la mémoire magnifiée par l’imagination. Dans le paysage de son passé, il décrit ainsi des visions des montagnes de l’Oural, un enfant sur la route enneigée de l’école…
Le voyage se poursuit dans les différents espaces de la galerie, avec des dessins, des installations de seaux irradiant de la lumière, de sacs poubelles remplis d’étoiles, autant d’éléments issus du plus simple quotidien,
empruntant parfois au folklore russe. Enfin, au dernier étage, Leonid Tishkov renoue avec sa muse, la lune, qu’il s’est appropriée au fil de son vaste projet Private Moon, mené depuis 2003. Ses mises en scène vidéos ou photographiques, réalisées avec la complicité du photographe Tim Parchikov, sur la base de dessins et de scénarios, associent un croissant de lune à une scène et à un personnage, incarné par l’artiste. Traditionnellement symbole du changement et du
retour, associé à Artémis dans la mythologie et à la Vierge dans l’iconographie religieuse, le croissant de lune est pour l’artiste le symbole de la solitude. Tishkov réactive le procédé avec une nouvelle série spécifiquement parisienne. Sa venue dans la capitale française lui donne l’occasion d’y créer un scénario adapté au lieu. Dans cette suite inédite de Private Moon, il prend possession de Paris, des Tuileries à Montmartre, et y conte une nouvelle histoire.
Dans une atmosphère très intime, le visiteur est ainsi invité à pénétrer dans un art contemporain rêvé, composé de lumière et de poésie, où tradition et modernité dialoguent malicieusement.
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