Depuis 1990 et jusqu’en 2010, à cheval sur la frontière symbolique du millénaire, Guy Durand a décidé d’être le sismographe des tremblements de terre politique de notre planète. Embusqué dans l’obscurité de la nuit, prêt à saisir la lumière éclatante d’un sourire, d’un regard ou d’un baiser, il abolit les frontières d’une nuit, le temps d’un changement d’année. L’idée est forte parce qu’elle symbolise à la fois nos envies d’ailleurs, notre soif de renouveau, notre quête de bonheur sans limites.
Dans cette démarche de capture du symbolisme humain, dans cette imprégnation de la force d’un lieu, Guy Durand à souhaité éviter le cliché conventionnel, la photo admise, l’angle vendeur.
Ce n’est pas le mur de Berlin qui s’effondre aux derniers jours de 1989, mais un magma humain qui le recouvre de son incandescence libérée… ce n’est pas la fugacité du dernier rassemblement interdit sur la place rouge qui symbolise l’année 1991, mais l’apparition fantomatique d’un moujik hors du temps.
Ce n’est pas Fidel Castro et l’ombre du Che qui accompagnent 1998 et le 40e anniversaire de la révolution cubaine, mais la chaude moiteur d’un café où l’on pourrait lire la dance des corps.
A l’affût de tous ces changements qui bouleversent la vie des peuples aux quatre coins de la planète, balloté au vent de ces transhumances festives, Guy Durand traque l’infiniment petit, l’infiniment humain pour en dégagé le langage universel.
Mais ce n’est peut être pas seulement le monde changeant et les années fugaces que Guy Durand photographie.
C’est peut-être aussi sa propre transformation d’homme au fils du temps. Dans ces cadrages serrés, dans ces regards pudiques, dans ces moments d’abandon, dans ces lumières ajoutées, dans ces flous incertains. Dans ces sourires d’hier qui meurent un lendemain… Patrick Chaillou
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