Le film suit les trois jeunes photographes américains dans leur processus créatif. Construit comme un tryptique axé sur chacun des artistes, ce film de 90 minutes évoque tour à tour l’originalité, la sexualité et les relations familiales en passant par le rapport au monde, aux autres et à soi-même. Les scènes filmées et les interviews sont entrecoupées de photographies des différents artistes.
Dans la première partie, nous suivons Tanyth Berkeley. Portraitiste typique, ce qui l’intéresse et l’attire dans la photographie, c’est de voir et comprendre comment les gens vivent leur vie. Elle déambule dans les rues de New York City et photographie les passants qui se prêtent aisément au jeu. Mais ce qu’elle aime plus que tout, c’est amplifier les différences de ses modèles, c’est les rendre incroyablement uniques. Ses mannequins, nous n’en rencontrerons que deux : d’une part Linda, vieille femme anti-féministe aux allures de drag-queen, obsédée par la peur d’être oubliée et désireuse d’obtenir, grâce à ces photos, une certaine immortalité, et de l’autre Grace, jeune femme albinos plus habituée aux termes « monstre » et « effrayant » que « beauté » et « fascination ». Comme une réflexion sur soi-même, son art fait ressortir ce qu’il y a de plus unique, de plus original et de plus dérangeant chez chacun d’entre nous et nous pousse à cultiver nos différences.
La seconde partie suit Traci et Ashley, ou plutôt « Rose et Olive », deux jeunes photographes à la relation passionnelle qui travaillent ensemble. Au détour de séances photo organisées dans leur jardin nous rencontrons quelques uns de leurs modèles mais l’on apprend vite que les deux jeunes femmes sont aussi souvent devant que derrière leur appareil. L’essentiel de leur travail est basé sur l’explicite du corps et leurs photographies mêlent sexe, nudité et violence, à la recherche d’une « beauté » inhabituelle, à l’opposée du traditionnel. Pour elles, l’interaction physique est la seule vérité. Les séances photos semblent toujours résulter d’une douloureuse expérience où se rencontrent plaisir et souffrance, le tout dans des lieux hostiles et dénués de présence humaine.
Le troisième et dernier volet de ce film intitulé « intimacy » (ndlr : intimité) suit Elinor Carucci dans son introspection familiale. Elle photographie les gens qu’elle aime et la relation qui la relie à eux avec l’expérience et le regard qui lui sont propres. On la découvre en compagnie de ses enfants ou de son mari, dans sa vie de tous les jours et tous les instants. A travers ses photos, on vit avec elle sa grossesse, la transformation de son corps, les cicatrices et les rides, les journées au parc en famille.
Rien de provocant dans son œuvre, juste le désir de montrer une vision personnelle de moments universels, intimes de la vie privée de chacun.
Si le film n’apprend que peu de choses dans son ensemble et que le but de l’entreprise demeure mystérieux, ces 90 minutes donnent l’occasion de découvrir trois artistes parmi tant d’autres avec leurs processus créatifs propres. Le visionnage n’est pas indispensable et les leçons que l’on peut en tirer sont maigres mais la démarche est intéressante.
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